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| La spatule et le boeuf (photo par Axel) |
La Spatule blanche et le Bœuf
Sur les bords d’un étang, où l’eau claire
sommeille,
Vivait une Spatule, au plumage vermeil.
Fière de son bec long, courbé comme un
outil,
Elle pêchait menus poissons avec grand
bruit.
Un Bœuf, dans le pré proche, observait la
scène,
Pensif, ruminant l’herbe, et trouvant
chose vaine
Que d’un si mince effort l’oiseau, tout
glorieux,
S’épuise pour si peu de festin dans les
cieux.
— « Que fais-tu là, compagne ? à barboter
sans cesse !
Ton bec se trempe, et ta robe s’affaisse.
Regarde-moi : point de hâte, point de
fureur ;
Je broute, je me chauffe, et dors sans
labeur. »
— « Ami, » dit la blanche Spatule, «
chacun s’ingénie
Selon sa nature et sa compagnie.
Le Ciel me fit légère, et fit ton corps
pesant ;
Ce que j’attrape en l’eau, tu le trouves
au champ.
Si je m’agite, c’est pour vivre à ma
manière :
Mieux vaut petit gain libre, que grand
sous la barrière. »
Le Bœuf sourit, troublé de cette vérité :
L’oiseau reprit son vol et sa liberté.
Moralité :
N’enviez point le sort des gens loin de
vos plaines ;
Leurs plaisirs sont légers, mais leurs
peines soudaines.


