Blogue Axel Evigiran

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La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à se perdre dans les labyrinthes de l'esprit dilettante ?


A la vérité, rien n’est plus savoureux que de muser parmi les sables du farniente, sans autre esprit que la propension au butinage, la légèreté sans objet prédéterminé.

Broutilles essentielles. Ratages propices aux heures languides...


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27 mai 2026

la spatule et le bœuf, la fable de l'IA


La spatule et le boeuf (photo par Axel)

J’entends les débats autour de L’IA. L’irréconciliable des thèses en totale opposition, passant par les verbeux surnuméraires.

Pour ma part, utilisateur novice et très occasionnel, je n’ai pas d’avis tranché sur le sujet. Par jeu, ayant pris une photo dans un marais proche de la baie de Somme ou l’on voit une spatule blanche occupée à se nourrir, sous le regard d’un bœuf, j’ai demandé à l’iA : 

 Fais-moi une fable à la façon Jean de la Fontaine : la spatule et le bœuf. Voici le résultat, obtenu en quelque secondes. Chacun sera fera un avis :

La Spatule blanche et le Bœuf

 

Sur les bords d’un étang, où l’eau claire sommeille,

Vivait une Spatule, au plumage vermeil.

Fière de son bec long, courbé comme un outil,

Elle pêchait menus poissons avec grand bruit.

Un Bœuf, dans le pré proche, observait la scène,

Pensif, ruminant l’herbe, et trouvant chose vaine

Que d’un si mince effort l’oiseau, tout glorieux,

S’épuise pour si peu de festin dans les cieux.

— « Que fais-tu là, compagne ? à barboter sans cesse !

Ton bec se trempe, et ta robe s’affaisse.

Regarde-moi : point de hâte, point de fureur ;

Je broute, je me chauffe, et dors sans labeur. »

— « Ami, » dit la blanche Spatule, « chacun s’ingénie

Selon sa nature et sa compagnie.

Le Ciel me fit légère, et fit ton corps pesant ;

Ce que j’attrape en l’eau, tu le trouves au champ.

Si je m’agite, c’est pour vivre à ma manière :

Mieux vaut petit gain libre, que grand sous la barrière. »

Le Bœuf sourit, troublé de cette vérité :

L’oiseau reprit son vol et sa liberté.

Moralité :

N’enviez point le sort des gens loin de vos plaines ;

Leurs plaisirs sont légers, mais leurs peines soudaines.


5 févr. 2021

La sitelle et le pic

 

Sittelle Torchepot (Photo par Axel)


Miroiser, c’est aimer la compagnie des oiseaux. Les observer sans les déranger, les photographier parfois. Lorsqu’on commence à les dénombrer, suivre le cycle de leur migration et les étudier cela devient de l’ornithologie. Les deux approches sont souvent intriquées – difficile de scinder tout à fait l’une de l’autre.

 

Chemin faisant, avec un peu de chance, d’acuité ou de persévérance, il arrive d’entrer dans l’intimité de leurs comportements.

Ainsi, ce qui pourrait ressembler à une fable de la Fontaine, à mi-chemin entre le Corbeau et le Renard, et une autre fable mettant en scène un volatil opportuniste.

 _________

Sittelle Torchepot (photo parAxel)


Voici donc l’histoire de la Sitelle et du Pic.

 

Dame sittelle sur son tronc accrochée, tenait dans son bec un beau gland.

Besogneuse, elle le coinça dans un creux de l’écorce, entreprenant de le fendre à coup de bec.

Sans rechigner à l’effort, frapper et frapper encore.

Puis soudain inquiète, dresser son corps pour guetter alentours.

Sa belle livrée rouge et bleue dans le vent…

Et rassurée de poursuivre son œuvre.

 

Làs, le bruit attira un pic épeiche.

Une dame[1] toute fringante et impérieuse dans son désir de gland.

Qui d’un froissement d’aile, sans autre forme de procès,

Chassa la sittelle, sans avoir besoin de la menacer.

Fière de sa bonne fortune, de se poser à la place de l’oiselle éconduite.

Et aussitôt percer la gangue du fruit pour s’en délecter.

 

Pic épeiche (photo par Axel)

Je laisse imaginer la morale de l’histoire à l’appréciation de chacun…



[1] La femelle du pic épeiché se reconnait à l’absence de marque rouge sur la nuque.

11 nov. 2020

Teintures d'un matin de novembre

 



Larmes posées sur un matin brumeux de novembre
Ce vert et ce rouge qui contraste avec le ciel
Salue la nature exténuée...

Et les hommes demeurent confinés
Moitié rebelles, moitié dociles
Englués dans la toile de leurs désirs
A tousser d'inquiétude sur ce monde qu'ils déciment à pleines bouchées sanglantes

Pourtant, la beauté d'une feuille
Suffit parfois, le temps d'un clic d'horloge
A essorer la pire démesure !









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Toute les photographies, furent prises ce matin en un minuscule jardin de la banlieue de Lille; sous l'œil goguenard des étourneaux... 

19 nov. 2019

Jour de Novembre…





Lorsque je me perds dans vos yeux il me prend à rêver de ces contrées merveilleuses ;
Ce pays où le cœur des amants palpite ses plus douces mélodies ;
Où les rivières se muent en des lits de baisers ;
Où les « bonjour » se tissent de caresses enflammées ;
Ces « Je t’aime » accrochés à nos corps emmêlés, ivres de vie ;
Lorsque je me perds dans vos yeux je voudrais saisir l’éternité aux saveurs délicieuses ;


Et me blottir contre vous
Et vous sentir contre moi
Félicité des jours heureux
Légèreté des novembres radieux


Lorsque allongés tous les deux, je m’abandonne éperdu à vos sourires en allégresse ;
Cet instant d’extase où l’âme des amants se consume dans l’éternité ;
Où les fleuves embrassent l’océan – ivresse de l’amour ;
Où les « au revoir » se muent en promesses – magie des toujours ;
Ces « je t’aime » murmurés au creux de l’oreiller, saisis de beauté ;
Lorsque allongés tous les deux, je me love sur votre sein éperdu de tendresse ;


Et me blottir contre vous
Et vous sentir contre moi
Félicité des jours heureux
Légèreté des novembres radieux


Il ne pleut pas sur mon cœur
Il ne neige pas sur mon âme
Il ne vente pas sur mes yeux
C'est la légèreté des novembres radieux ...



14 mars 2019

Midway Atoll, Baudelaire et l’albatros...



(Film trailer)

Entre l’homme et l’albatros c’est une vieille histoire…
Mais avec Midway nous sommes loin de sévices que faisaient endurer au ‘prince des nuées’ quelques marins désœuvrés.


Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

À peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.


Charles Baudelaire (1821-1867), Les Fleurs du Mal (1857), II.



A Midway personne ne cherche à nuire au grand oiseau blanc ; mais le désœuvrement de l’espèce humaine s’y coagule sous forme de millions de tonnes de déchets.
Le poète dans la société serait-il semblable à l’albatros ? C’est une possibilité. Pour s’en assurer il n’est qu’à sonder ses entrailles….
Funestes augures !

Pour le reste, les images se passent de commentaires.


Qu’est-ce que Midway ?

Midway Atoll is located near the apex of what is being called the Pacific Garbage Patch, a swirling soup of millions of tons of plastic pollution. In fact, much of this plastic can not be seen at, but it can’t be avoided as it comes ashore on these pristine beaches and in the stomachs of the birds. The islands are literally covered with plastic garbage, illustrating on several levels the interconnectedness and interdependence of the systems on our finite planet


26 avr. 2018

Le parlement volatil



Singulier poème médiéval, où les oiseaux n’interviennent qu’à mi-route – mais s’y s’imposent ensuite sur des motifs triviaux parés de sublime. Texte consumé d’un catholicisme hanté de paganisme ; avec le panthéon grec incarné par le rêve d’un romain… La traduction, bonne ou mauvaise je ne saurai juger – mais des propos sibyllins agréables à oreille toujours… Cependant une préface sous la forme d’une invite à la méfiance : car écrire « Et, écrivant de ces choses en ce jour de la Saint-Valentin, ça me remet sous le nez le ragoût athéiste qu’on essaie de vendre de nos jours à la cantine populaire », implique l’exposition au reproche à rebours : Quid du ragoût déicole, frelaté jusqu’à nausée ?

Mais on retiendra les muses volatiles, au nombre de neuf : le petit grèbe ; le torcol ; le petit faucon ; le geai ; le verdier ; la linotte ; le canard ; le pic (disons syriaque) ; et le pigeon… Liste accompagné d’onomatopées sensées reproduire les chants desdits volatils (Delachaux et Niestlé 1954 – comme s’il n’y avait d’édition encore plus vintage !) . Bref la démonstration d’une fausse érudition en la matière – de la poudre aux yeux.

Mieux vaut aller au texte !
Et lire…
Linotte mélodieuse (photo par Axel)

« C’est là qu’on pouvait trouver l’aigle royal
Qui de son regard aigu perce le soleil
Et d’autres aigles de plus humble sorte,
De qui les clercs habilement devisent.
Il y avait un tyran au plumage fauve
Et gris, l’autour si redouté
Des oiseaux pour sa terrible rapacité.

Le noble faucon, qui de ses griffes agrippe
La main royale ; et le hardi épervier,
L’ennemi des cailles ; l’Emérillon sans
Cesse à la poursuite de l’alouette ;
Et ily avait la colombe aux yeux doux ;
Le cygne jaloux, qui chante sa propre mort ;
Et le hibou, de la mort annonciateur.

La grue, une géante à son de trompette ;
Le crave, ce voleur ; et la pie babillarde ;
Le geai crâneur : le héron, terreur des anguilles ;
Le traitre vanneau, tout plein de tricheries ;
L’étourneau qui tout secret peut trahir ;
Le rougegorge ami, le milan peureux ;
Le coc qui est l’horloge des lieux-dits ;

Le moineau, fils de Vénus ; le rossignol,
Qui chante la verdeur de la feuille nouvelle ;
L’aronde, meurtrière des petites folles
Qui font leur miel des fleurs fraiches de rosée ;
La tourterelle fidèle en son mariage ;
Le paon dont les plumes angéliques brillent ;
Le faisan qui se rit du coq pendant la nuit ;

Vigilante, l’oie ; et le coucou peu aimable ;
Le perroquet luxurieux ;
Le malard, destructeur de sa propre espèce ;
La cigogne vengeresse de l’adultère ;
Le cormoran tout à sa gloutonnerie ;
Le corbeau sage ; la grolle au cri soucieux ;
La grive sans âge ; la litorne des glaces.

Cigognes blanches en amour...  (photo par Axel)


1 févr. 2018

Dans le jardin… Une causerie entre amis

Du jardin planétaire au petit lopin de terre ou poussent des herbes folles… Le ton d’une causerie entre amis. Docte mais sans prétentions. Avec la nature à chaque page ; la poésie du verbe…
Déambulations parmi les mondes éphémères.

« Le mot jardin vient de Garten qui veut dire enclos. Il s’agit bien d’un enclos comme pour le parc, mais celui-ci jouit d’un statut privilégié (…) Le jardin est toujours immense car il porte la dimension du rêve… »
Une immensité parfois microscopique, égarée dans les limbes de nos cosmos ou de nos chaos. La personnalité des lieux dévoilent une intimité ; cet ordre teinté de douce folie.


Un précieux cadeau. 


Dans la vallée, biodiversité, art et paysage…

Gilles Clément est paysagiste, écrivain et jardinier…
Gilles A. Tiberghien est philosophe

« … ce paysage existe en tant qu’objet, sa matière existe. Quand nous inventons le mot « paysage », nous commençons à l’étudier en tant qu’objet mis à distance ».

Dans le jardin...


A Templeuve...

8 janv. 2018

Jean de La Fontaine, les animaux ne sont pas des machines…

La compagnie des auteurs, en novembre dernier, proposait un cycle sur Jean de la Fontaine (1621- 1695). Pour la quatrième émission, était invité le poète et promeneur Jacques Réda, auteur de La Fontaine, « Les auteurs de ma vie ».
Au cours de l’émission j’ai relevé ce passage :

Jacques Réda :
« La Fontaine…. marquant son avis contre certaines positions de Descartes (1596 – 1650), à propos de l’animal-machine …. Comme le disait à fort juste titre Borges, il y a une influence des auteurs nouveaux sur les auteurs anciens : par exemple l’influence de Kafka sur tel auteur bien antérieur (…) On dit : ‘n’avait-il pas pressenti, deviné, ou annoncé d’une certaine façon ces choses-là’… »

Mathieu Garrigou-Lagrange :
« Sur Descartes, il y a tout le rapport à la nature de La fontaine qui disait : ‘je suis chêne, je suis roseau de la même façon qu’aigle ou singe’… Et c’est tout le contraire de cette idée de l’animal-machine de Descartes, il y a une prise de position qui est presque visionnaire… »

Jacques Réda :
« C’est dans le contexte même du discours à Mme de la Sablière (Que nous venons d’écouter) »…
  
D’où l’envie d’aller lire ce discours…

Discours à Madame de la Sablière
 Livre IX - Fable 20 (Extrait)


Sur différentes fleurs l'abeille s'y repose,

Et fait du miel de toute chose.
Ce fondement posé, ne trouvez pas mauvais
Qu'en ces fables aussi j'entremêle des traits
De certaine philosophie, Subtile, engageante et hardie.
On l'appelle nouvelle: en avez-vous ou non
Ouï parler? Ils disent donc
Que la bête est une machine;
Qu'en elle tout se fait sans choix et par ressorts:
Nul sentiment, point d'âme; en elle tout est corps.
Telle est la montre qui chemine
A pas toujours égaux, aveugle et sans dessein.
Ouvrez-la, lisez dans son sein:
Mainte roue y tient lieu de tout l'esprit du monde;
La première y meut la seconde;
Une troisième suit: elle sonne à la fin.
Au dire de ces gens, la bête est toute telle:
" L'objet la frappe en un endroit;
Ce lieu frappé s'en va tout droit,
Selon nous, au voisin en porter la nouvelle.
Le sens de proche en proche aussitôt la reçoit.
L'impression se fait." Mais comment se fait-elle?
Selon eux, par nécessité,
Sans passion, sans volonté:
L'animal se sent agité
De mouvements que le vulgaire appelle
Tristesse, joie, amour, plaisir, douleur cruelle,
Ou quelque autre de ces états.
Mais ce n'est point cela: ne vous y trompez pas.
Qu'est-ce donc? Une montre. Et nous? C'est autre chose.
Voici de la façon que Descartes l'expose;
Descartes, ce mortel dont on eût fait un dieu
Chez les païens, et qui tient le milieu
Entre l'homme et l'esprit; comme entre l'huître et l'homme
Le tient tel de nos gens, franche bête de somme;
Voici, dis-je, comment raisonne cet auteur:
Sur tous les animaux, enfants du Créateur,
J'ai le don de penser; et je sais que je pense.
Or, vous savez, Iris, de certaine science,
Que, quand la bête penserait,
La bête ne réfléchirait,
Sur l'objet ni sur sa pensée.
Descartes va plus loin, et soutient nettement
Qu'elle ne pense nullement.
Vous n'êtes point embarrassée
De le croire; ni moi.
Cependant, quant aux bois
Le bruit des cors, celui des voix,
N'a donné nul relâche à la fuyante proie,
Qu'en vain elle a mis ses efforts
A confondre et brouiller la voie,
L'animal chargé d'ans, vieux cerf, et de dix cors,
En suppose un plus jeune, et l'oblige, par force,
A présenter aux chiens une nouvelle amorce.
Que de raisonnements pour conserver ses jours!
Le retour sur ses pas, les malices, les tours,
Et le change, et cent stratagèmes
Dignes des plus grands chefs, dignes d'un meilleur sort.
On le déchire après sa mort:
Ce sont tous ses honneurs suprêmes.
Quand la perdrix
Voit ses petits
En danger, et n'ayant qu'une plume nouvelle
Qui ne peut fuir encor par les airs le trépas
Elle fait la blessée, et va traînant de l'aile,
Attirant le chasseur et le chien sur ses pas,
Détourne le danger, sauve ainsi sa famille;
Et puis, quand le chasseur croit que son chien la pille,
Elle lui dit adieu, prend sa volée, et rit
De l'homme qui, confus, des yeux en vain la suit.
Non loin du Nord, il est un monde
Où l'on sait que les habitants
Vivent, ainsi qu'aux premiers temps,
Dans une ignorance profonde:
Je parle des humains, car, quant aux animaux,
Ils y construisent des travaux
Qui des torrents grossis arrêtent le ravage,
Et font communiquer l'une et l'autre rivage.
L'édifice résiste, et dure en son entier:
Après un lit de bois est un lit de mortier.
Chaque castor agit: commune en est la tâche;
Le vieux y fait marcher le jeune sans relâche;
Maint maître d'œuvre y court, et tient haut le bâton.
La république de Platon
Ne serait rien que l'apprentie
De cette famille amphibie.
Ils savent en hiver élever leurs maisons,
Passent les étangs sur des ponts,
Fruit de leur art, savant ouvrage;
Et nos pareils ont beau le voir,
Jusqu'à présent tout leur savoir
Est de passer l'onde à la nage.
Que ces castors ne soient qu'un corps vide d'esprit,
Jamais on ne pourra m'obliger à le croire:
Mais voici beaucoup plus; écoutez ce récit,
Que je tiens d'un roi plein de gloire.
Le défenseur du Nord vous sera mon garant:
Je vais citer un prince aimé de la Victoire;
Son nom seul est un mur à l'empire ottoman.
C'est le roi polonais. Jamais un roi ne ment.
Il dit donc que, sur sa frontière,
Des animaux entre eux ont guerre de tout temps:
Le sang qui se transmet des pères aux enfants
En renouvelle la matière.
Ces animaux, dit-il, sont germains du renard.
Jamais la guerre avec tant d'art
Ne s'est faite parmi les hommes,
Non pas même au siècle où nous sommes.
Corps de garde avancé, vedettes, espions,
Embuscades, partis, et mille inventions
D'une pernicieuse et maudite science,
Fille du Styx, et mère des héros,
Exercent de ces animaux
Le bon sens et l'expérience.
Pour chanter leurs combats, l'Achéron nous devrait
Rendre Homère. Ah! s'il le rendait,
Et qu'il rendît aussi le rival d'Epicure,
Que dirait ce dernier sur ces exemples-ci?
Ce que j'ai déjà dit: qu'aux bêtes la nature
Peut par les seuls ressorts opérer tout ceci;
Que la mémoire est corporelle;
Et que, pour en venir aux exemples divers,
Que j'ai mis en jour dans ces vers,
L'animal n'a besoin que d'elle.
L'objet, lorsqu'il revient, va dans son magasin
Chercher, par le même chemin,
L'image auparavant tracée,
Qui sur les mêmes pas revient pareillement,
Sans le secours de la pensée,
Causer un même événement.
Nous agissons tout autrement:
La volonté nous détermine,
Non l'objet, ni l'instinct. Je parle, je chemine:
Je sens en moi certain agent,
Tout obéit dans ma machine
A ce principe intelligent.
Il est distinct du corps, se conçoit nettement,
Se conçoit mieux que le corps même.
De tous nos mouvements c'est l'arbitre suprême;
Mais comment le corps l'entend-il?
C'est là le point. Je vois l'outil
Obéir à la main: mais la main, qui la guide?
Eh! qui guide les cieux et leur course rapide!
Quelque ange est attaché peut-être à ces grands corps.
Un esprit vit en nous, et meut tous nos ressorts;
L'impression se fait: le moyen, je l'ignore;
On ne l'apprend qu'au sein de la Divinité;
Et, s'il faut en parler avec sincérité,
Descartes l'ignorait encore.
Nous et lui là-dessus nous sommes tous égaux:
Ce que je sais, Iris, c'est qu'en ces animaux
Dont je viens de citer l'exemple,
Cet esprit n'agit pas; l'homme seul est son temple.
Aussi faut-il donner à l'animal un point,
Que la plante, après tout, n'a point:
Cependant la plante respire.
Mais que répondra-t-on à ce que je vais dire?
  



Aux détours des XVI et XVIIe siècle le sujet de « L’âme des bêtes » et un sujet controversé. Parmi les contradicteurs de la thèse cartésienne des animaux-machines, Pierre Gassendi (1592 - 1655), mais aussi avant lui, et par anticipation Montaigne (1533 - 1592).

Un billet fort intéressant sur le sujet sur site consacré à Pascal, dont je reprends ci-dessous des extraits

Du premier :
« Gassendi PierreDisquisitio metaphysica seu dubitationes et instantiae adversus Renati Cartesii metaphysicam et responsa, éd. Rochot, Paris, Vrin, 1962, p. 148 sq. Si l’âme est une chose qui sent, il faut attribuer une âme aux bêtes. Les bêtes ont leur raison : p. 150 sq. Réfutation de l’idée que les bêtes ne pensent pas : p. 154. Gassendi propose même un raisonnement par lequel on prouve l’esprit des bêtes à partir des principes de Descartes : la chose qui pense est une chose qui sent ; la bête est une chose qui sent ; donc la bête est une chose qui pense »

Du second :
« Montaigne, Essais, II, 12, Apologie de Raymond Sebond, éd. Garnier, t. 1, p. 502 sq. Voir l’éd. Pléiade, p. 498 sq. Entre les bêtes, il y a communication : elles sont capables de s’entre-appeler au secours : p. 499. Montaigne donne des exemples des actions des animaux qui montrent qu’ils sont capables d’une pensée ordonnée. La police des abeilles est réglée avec beaucoup d’ordre : p. 500. Les migrations des hirondelles, les bâtiments des oiseaux. »

Le sujet ne semble pas neuf puisque parmi les premières occurrences à propos de l’âme ou de la raison des bêtes, on pourrait remonter au courant du scepticisme : 
« Parmi les sources, on peut citer Sextus Empiricus, Esquisses pyrrhoniennes, I, 14, 66-71, éd. P. Pellegrin, p. 91 sq. Le chien use du cinquième principe indémontrable. « On pourrait dire avec vraisemblance que les animaux dits sans raison ont aussi part à la raison exprimée » : 14, 75, p. 95. »

Le matérialisme antique n’est pas en reste, avec Lucrèce :
« Les partisans de l’âme des bêtes cherchent donc tout naturellement à prouver que les bêtes parlent à leur manière. Lucrèce prétend que les bêtes parlent, quoique nous n’entendions pas leur langage ; cité par Montaigne, Essais, Pléiade, p. 505, pour le De natura rerum, V, v. 1077. »

Mais pour en revenir à la Fontaine prenons un autre exemple, avec Les Souris et du Chat-huant. On peut y lire du hibou, que « Cet Oiseau raisonnait, il faut qu’on le confesse. » Une singulière histoire qui nous ramène à la ‘fable’ cartésienne de l’animal-machine. Car force est de le constater :

« Puis, qu’un Cartésien s’obstine
A traiter ce Hibou de montre et de machine !
Quel ressort lui pouvait donner
Le conseil de tronquer un peuple mis en mue ?
Si ce n’est pas là raisonner,
La raison m’est chose inconnue. »


Voici l’histoire en son entier :

« Il ne faut jamais dire aux gens :
Ecoutez un bon mot, oyez une merveille.
Savez-vous si les écoutants
En feront une estime à la vôtre pareille ?
Voici pourtant un cas qui peut être excepté :
Je le maintiens prodige, et tel que d’une fable
Il a l’air et les traits, encor que véritable.
On abattit un pin pour son antiquité,
Vieux Palais d’un hibou, triste et sombre retraite
De l’oiseau qu’Atropos prend pour son interprète.
Dans son tronc caverneux, et miné par le temps,
Logeaient, entre autres habitants,
Force Souris sans pieds, toutes rondes de graisse.
L’Oiseau les nourrissait parmi des tas de blé,
Et de son bec avait leur troupeau mutilé ;
Cet Oiseau raisonnait, il faut qu’on le confesse.
En son temps aux Souris le compagnon chassa.
Les premières qu’il prit du logis échappées,
Pour y remédier, le drôle estropia
Tout ce qu’il prit ensuite. Et leurs jambes coupées
Firent qu’il les mangeait à sa commodité,
Aujourd’hui l’une, et demain l’autre.
Tout manger à la fois, l’impossibilité
S’y trouvait, joint aussi le soin de sa santé.
Sa prévoyance allait aussi loin que la nôtre :
Elle allait jusqu’à leur porter
Vivres et grains pour subsister.
Puis, qu’un Cartésien s’obstine
A traiter ce Hibou de montre et de machine !
Quel ressort lui pouvait donner
Le conseil de tronquer un peuple mis en mue ?
Si ce n’est pas là raisonner,
La raison m’est chose inconnue.
Voyez que d’arguments il fit :
Quand ce peuple est pris, il s’enduit :
Donc il faut le croquer aussitôt qu’on le happe.
Tout : il est impossible. Et puis, pour le besoin
N’en dois-je pas garder ? Donc il faut avoir soin
De le nourrir sans qu’il échappe.
Mais comment ? Otons-lui les pieds. Or, trouvez-moi
Chose par les humains à sa fin mieux conduite.
Quel autre art de penser Aristote et sa suite
Enseignent-ils, par votre foi ? »
 
Et voilà comment, de l’écoute distraite d’un podcast matinal, se rendant au Tripalium, on se trouve au détour d’une phrase éveillé de nos songeries, invite à dériver parmi les méandres de l’histoire des idées…  Le sujet est loin d’être épuisé.

Pour enfin finir en beauté, je ne résiste pas au plaisir de reprendre ici le joli passage de Montaigne à propos des hirondelles :

« Les arondelles, que nous voyons au retour du printemps fureter tous les coins de nos maisons, cherchent elles sans jugement et choisissent elles sans discrétion, de mille places, celle qui leur est la plus commode à se loger? Et, en cette belle et admirable contexture de leurs bâtiments, les oiseaux peuvent ils se servir plutôt d'une figure quarrée que de la ronde, d'un angle obtus que d'un angle droit, sans en savoir les conditions et les effets ? Prennent-ils tantôt de l'eau, tantôt de l'argile, sans juger que la dureté s'amollit en l'humectant ? Planchent-ils de mousse leur palais, ou de duvet, sans prévoir que les membres tendres de leurs petits y seront plus mollement et plus à l'aise? Se couvrent-ils du vent pluvieux, et plantent leur loge à l'Orient, sans connoistre les conditions différentes de ces vents et considérer que l'un leur est plus salutaire que l'autre ? »

Montaigne, Essais, II, 19, “Apologie de Raymond Sebond”

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