Blogue Axel Evigiran

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La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à se perdre dans les labyrinthes de l'esprit dilettante ?


A la vérité, rien n’est plus savoureux que de muser parmi les sables du farniente, sans autre esprit que la propension au butinage, la légèreté sans objet prédéterminé.

Broutilles essentielles. Ratages propices aux heures languides...


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27 mai 2026

la spatule et le bœuf, la fable de l'IA


La spatule et le boeuf (photo par Axel)

J’entends les débats autour de L’IA. L’irréconciliable des thèses en totale opposition, passant par les verbeux surnuméraires.

Pour ma part, utilisateur novice et très occasionnel, je n’ai pas d’avis tranché sur le sujet. Par jeu, ayant pris une photo dans un marais proche de la baie de Somme ou l’on voit une spatule blanche occupée à se nourrir, sous le regard d’un bœuf, j’ai demandé à l’iA : 

 Fais-moi une fable à la façon Jean de la Fontaine : la spatule et le bœuf. Voici le résultat, obtenu en quelque secondes. Chacun sera fera un avis :

La Spatule blanche et le Bœuf

 

Sur les bords d’un étang, où l’eau claire sommeille,

Vivait une Spatule, au plumage vermeil.

Fière de son bec long, courbé comme un outil,

Elle pêchait menus poissons avec grand bruit.

Un Bœuf, dans le pré proche, observait la scène,

Pensif, ruminant l’herbe, et trouvant chose vaine

Que d’un si mince effort l’oiseau, tout glorieux,

S’épuise pour si peu de festin dans les cieux.

— « Que fais-tu là, compagne ? à barboter sans cesse !

Ton bec se trempe, et ta robe s’affaisse.

Regarde-moi : point de hâte, point de fureur ;

Je broute, je me chauffe, et dors sans labeur. »

— « Ami, » dit la blanche Spatule, « chacun s’ingénie

Selon sa nature et sa compagnie.

Le Ciel me fit légère, et fit ton corps pesant ;

Ce que j’attrape en l’eau, tu le trouves au champ.

Si je m’agite, c’est pour vivre à ma manière :

Mieux vaut petit gain libre, que grand sous la barrière. »

Le Bœuf sourit, troublé de cette vérité :

L’oiseau reprit son vol et sa liberté.

Moralité :

N’enviez point le sort des gens loin de vos plaines ;

Leurs plaisirs sont légers, mais leurs peines soudaines.


13 mai 2026

Au Crotoy, encore …

 

Me voici au Crotoy, pour une semaine hors du temps comptable.

Et de me livrer à l'observation des oiseaux ; en baie du côté de la Maye, dans les chemin côtiers, là où poussent les argousiers, dans les roselières à panures ou encore en forêt de Crécy, située pas très loin – lieu d'une cuisante défaite, la chevalerie française fauchée par les arbalétriers anglais …


De touchantes rencontres … Le meilleur des remèdes !

A ce jour, plus de 80 espèces en contacts visuel. Quelques instants volés par l'objectif.


Chevalier Guignette 


Grèbe à cou noir (plumage nuptial)


Busard des roseaux (mâle)

Phragmite des joncs


Bruant des roseaux (mâle)


Bergeronnette printanière (mâle)


Grande aigrette


28 sept. 2025

En thérapie …

 

Héron cendré (Photo par Axel)

Au sortir de l’adolescence, ayant lu je ne sais où, que la langue commune pour désigner les oiseaux était le latin, j’avais appris les noms scientifiques d’une bonne vingtaine d’oiseaux parmi ceux que j’avais déjà observé. Je trouvais ça classe ! Et puis il y a une certaine poésie, une certaine musicalité dans le latin. Ainsi, je ne sais trop par quel mystère, aujourd’hui, à plus de 40 ans d’écart, ma mémoire a conservé les pépites latines de quelques volatils :

Turdus merula, pour le merle noir – d’un noir plus noir que le noir diraient les alchimistes.

Ou encore Ardea cinerea, pour le héron cendré. Ce héron qui m’amène, d’une digression l’autre, à évoquer les stratégies pour contrarier la propagation dans mon organisme de Borrelia burgdorferi (étrangement ce nom ne sonne pas avec musicalité dans ma tête). Et de considérer bonne la thérapie par l’amour des oiseaux – avec une dose certaine d’antibiotiques. Salutaire aussi la thérapie par la redécouverte de l’écriture, par la marche, carnet en poche pour noter mes observations, appareil photo en main pour remuscler les bras et surmonter les cliquetis de mon squelette …

 

Aussi de me rendre hier en une zone marécageuse situé à proximité de la métropole lilloise ; y respirer le soleil pâle de l’automne – et de me dire que cela faisait bien trop longtemps que je n’y avais remis les pieds. Avoir un contact visuel avec presque 30 espèces d’oiseaux. Et d’éprouver le plaisir de fixer dans mon objectif ce héron cendré parfumé du vocable latin ardea cinerea. Et de citer un court extrait de l’excellent ouvrage « L’étymologie des noms d’oiseaux »[1] :

« Pour les auteurs moyenâgeux, le héron est un oiseaux qui craint l’orage et s’envole en conséquence au-dessus des nuées menaçantes. C’est l’image de l’élu qui fuit les tentations du siècle au profit des joies célestes. »

 

Le blogue reprend vie… J’espère sous de meilleurs augures ; à destra plutôt qu’un vol de colombes à sinistra.



[1] L’Etymologie des noms d’oiseaux par Pierre Cabard et Bernard Chauvet, Belin

22 mars 2024

Instants photographiques 1 – Oiseaux 2018 – 2020

Voici le partage de quelques instants choisis, saisis en la compagnie des oiseaux. Chacun de ces clichés a son histoire.

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Fin mars 2019, seul au large de la baie de somme, après 8 km de marche j’atteint le banc de l’Islette. Derrière les dunes qui coupent le vent, dans une zone relativement plate, parmi les oyats et la végétation rase je tombe sur un groupe de passereaux au nourrissage – ils sont au moins trente. Mon sang ne fait qu’un tour : ce sont des alouettes hausse-col ! Une première photographique pour moi. (L’espèce est migratrice et l’on n’en rencontre que peu en hiver dans les zones côtières fort localisées).

 

Alouette Hausse-col (photo par Axel)

Alouette Hausse-col (photo par Axel)

Toujours en baie de Somme, cette fois en mai 2019, au sortir du chemin côtier situé non loin de Queend-plage, je distingue depuis le sommet des grandes dunes qui dominent le paysage un groupe d’oiseaux. Des limicoles au « jizz » (1)  caractéristique : des barges ! Elles sont sur la ligne de la marée, fort haute. J’ai la chance d’être seul. Je m’approche et précise : des barges rousse – mais un promeneur que je n’avais pas vu se rapproche et les échassiers s’envolent à contre vent, un instant faisant du sur place avant de virer de bord. Je fixe la rencontre dans mon objectif !

 

Barges rousses en vol (photo par Axel)

Barge rousse (photo par Axel)

En mai 2020, dans le Pévèle, sur les petits sentiers que je connais bien autour de la ville de Templeuve. C’est la saison des amours chez les bergeronnettes printanières. Elles me devancent le long du sentier ; s’envolant à mon approche, avant de se reposer un peu plus loin. C’est alors qu’un mâle en plumage nuptial se perche sur piquet dont la teinte rappelle celle de l’oiseau ! 

 

Bergeronnette printanière (Photo par Axel)

Je suis en forêt, dans le parc des 5 Tailles, non loin de Thumeries. C’est la fin juillet 2018. Un rapace criaille au-dessus de moi. Son comportement est singulier : visiblement je le dérange (un nid pas loin peut-être ?). Il cercle vraiment bas. Je fais quelques clichés avant de m’éloigner pour éviter de trop le gêner. Je regarde le résultat : ce que j’avais pris pour une buse variable est en fait une bondrée apivore, un visiteur d’été sous nos latitudes.

 

Bondrée apivore (photo par Axel)

En août 2018, en Corse, j’ai pris l’habitude le matin avant de partir en balade, ou le soir une fois rentré, de me poster sur la terrasse de notre bungalow, et observer les oiseaux passant à proximité. Il y a en général pas mal de gobe-mouches gris et les mésanges habituelles. Mais dans un arbuste un peu plus loin mes jumelles s’ajustent sur un passereau inhabituel pour moi. C’est un granivore… Par élimination je le range parmi les bruants. J’immortalise l’instant dans mon zoom. Et après avoir compulsé mon guide Ornitho j’en déduis un bruant zizi. Une coche !   

Bruant Zizi (photo par Axel)

Février 2019. Avec mon pote d’enfance avons décidé de nous rendre Belgique près d’un lieu dénommé Harelbeke, dans une zone marécageuse où se trouve un observatoire. Nous restons là planqués à l’affut une bonne partie de la matinée. Et tandis que vais me soulager dans un buisson plus loin se pointe un butor étoilé, une espèce qui m’échappe toujours (on a chacun ses espèces pas forcément rares mais qu’on ne parvient jamais à observer – nos petites malédictions de miroiseur). L’anecdote le fait bien marrer. Mais je tirer vengeance peu après en photographiant pendant sa courte absence une buse variable, passée en vol juste devant mon nez !

 

Buse variable (photo par Axel)

Avril 2018 dans le parc du Marqueterre, fort peu fréquenté. Le ciel est bleu limpide. Je savoure ces moments privilégiés. Sur l’eau les oiseaux batifolent : sarcelles d’hivers, canards siffleurs, souchets et pilets … Une journée avec une quarantaine d’espèces croisées 

Groupe d'anatidés ( photo par Axel)

A la réserve du Pont de Gau en Camargue en aout 2019 … Les flamants roses sont rois ! Etrangement ce ne sont pas pour moi les oiseaux les plus faciles à photographier. Il me faudra de nombreux essais avant d’obtenir un cliché qui me satisfasse … 

 

Flamand rose (photo par Axel)

Toujours en août 2019. Au Grau du roi, le soir nous avons, devant notre terrasse, un visiteur régulier. Il s’agit d’un hardi goéland Leucophée, le cousin méridional du goéland argenté. L’individu, un immature, a pris l’habitude de venir quémander de la nourriture – les quelques soirée ou il ne vient pas, sa présence nous manque … 

Goéland Leucophée (photo par Axel)

Début mai 2019, sur l’arrière de la Baie de Somme, non loin des rails du train à vapeur qui relie la commune du Crotoy à celle de Saint-Valery, dans un secteur un peu trop connu des photographes, se rencontrent la panure à moustache ainsi que la fameuse gorgebleue à miroir. Il s’agit d’une espèce migratrice qui vient nicher dans nos contrées et arrivant dans les Hauts-de-France dès le mois de mars. Ici un beau mâle occupé à nourrir sa progéniture … 


Gorgebleue à miroir (photo par Axel)

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(1) Pour une définition du mot :

 https://www.ornithomedia.com/pratique/debuter/definition-jizz-00392/

2 janv. 2024

Mythes, Jung et synchronicité … Le plongeon cosmogonique


Dans les années 1990 j’éprouvais une fascination pour l’œuvre de Jung. De lui j’ai dû lire à cette époque une bonne vingtaine d’ouvrages, parmi lesquels figurent en bonne place « Psychologie et alchimie », « Réponse à Job », « Psychologie et religion » ou encore « Métamorphose de l’âme et ses symboles » - sans oublier évidement l’autobiographie saisissante du sage de Bollingen (je ne pris conscience que bien plus tard des arrangements avec le réel d’un texte où Jung édifiait sa propre statue).

Bref, l’œuvre du fondateur de la psychologie analytique expliquait l’inexplicable par un système cohérent. Et les concepts d’inconscient collectif, d’individuation, d’archétype ou de synchronicité m’apparaissaient solides, sinon irréfutables. Il faut dire que pétris moi-même à cette époque d’ésotérisme et d’occultisme, je trouvais dans la prose absconse du maître, matière à flatter mon propre goût du mystère – et faisait de moi en quelque sorte un « initié », un explorateur de nos profondeurs, allant au-delà du voile des apparences.   

 

Parmi les sujets étudiés par Jung, l’alchimie dont les adeptes disaient que leur or n’était pas l’or du vulgaire (arum non vulgi), et que leur quête était en réalité la recherche de la pierre philosophale, remède universel. Il faut dire que l’art hermétique par ses obscurités foisonnantes, sa « langue nébuleuse » associé à une symbolique tant qu’une iconographie chatoyantes, a de quoi fasciner et offrir un champ infini d’interprétation et d’analogies ; une mystique échevelée propre à égarer le récipiendaire dans les labyrinthes d’une phraséologie alambiquée, assorties de sentences ultimes du style : « L’athanor est ton esprit ». De là à voir dans l’alchimie un processus psychique, et plus précisément un « processus d’individuation » il n’y a qu’un pas. Et d’étayer la thèse par de fastidieuses démonstrations savantes (puisque c’est compliqué cela doit être vrai) quelque peu fuligineuses. Pour exemple voici deux mince passages pris dans des livres de Jung tout à fait au hasard :

 

« La terre alchimique est, comme nous l’avons vu, la substance mystérieuse qui est ici mise en relation d’une part avec le corps du Christ, et d’autre part, en tant qu’adamah, avec la terre rouge du paradis. Une très ancienne étymologie fait en effet dériver le nom d’Adam d’adamah, et c’est la raison pour laquelle la terre du paradis est également rattachée au corps mystique »[1]

 

« Le vieux traité Consilium coniugii explique que l’homme philosophique est composé de quatre natures de pierre. Trois d’entre-elles sont terrestres ou dans la terre, mais la quatrième nature est l’eau de la pierre, c’est-à-dire l’or visqueux appelé gomme rouge et avec lequel les trois natures terrestres sont teintes. Nous apprenons ici que la gomme est (…) double, c’est-à-dire masculine et féminine, mais elle est en même temps l’aqua mercurialis une et unique. L’union des deux est donc une sorte d’autofécondation, ce qui est précisément une des propriétés qu’on attribue toujours au dragon mercuriel. En partant de ces éléments il est facile de voir qui est l’homme philosophique : c’est l’androgyne originel, l’Anthropos du gnosticisme dont le parallèle en Inde est le purusha ».[2]

 

De quoi faire tourner la tête !

Mais j’évoquais Jung car il y a de cela quelques semaines, sans trop savoir pourquoi, je me suis procuré « Jung, un voyage vers soi » commis par Frédéric Lenoir, alors que je flânais dans les rayons d’une grande librairie lilloise. A l’affirmation d’une impossibilité à expliquer mon geste, il serait plus juste de reconnaitre m’être trouvé, à la vue de cet essai, titillé par cette lancinante question : Après avoir jadis vénéré l’œuvre de Jung, puis l’avoir délaissée peu à peu, jusqu’à  ensuite l’avoir totalement jetée aux orties, la classant parmi mes superstitions de jeunesse, je voulais faire le point, savoir l’effet que me ferai un nouveau bain dans les eaux jungiennes, et ceci au travers d’une synthèse écrite par quelqu’un reconnaissant que Jung était l’un des auteurs l’ayant le plus marqué et influencé.

Au fond je me disais : « et si j’avais relégué un peu trop vite, et trop entièrement, les concepts de Jung au rang des fumisteries brillantes ? Quel crédit, quel caractère de scientificité pouvait-on accorder aujourd’hui à des thèses telles, par exemple, la notion centrale de l’inconscient collectif ?

 

Et par un effet de ce que Jung aurait appelé sans nul doute synchronicité, l’émission du 23 décembre de Carbone 14 sur France-Culture, intitulée « Archéologie des mythes » avec en invité Jean-Loïc Le Quellec, anthropologue et préhistorien, y répondait, au travers d’un l’exemple d’un mythe, celui du plongeon (l’oiseau)cosmogonique :

 



« C’est un mythe qui nous explique l’origine de la Terre et qui raconte que tout à fait au début il n’y avait que de l’eau (grand thème commun à de nombreuses mythologies du monde). Ne peuvent vivre que des animaux aquatiques et des oiseaux qui peuvent voler au-dessus de l’eau. Parmi les oiseaux il y a une catégorie particulière qui sont les oiseaux aquatiques qui peuvent se poser sur l’eau et y plonger. Le mythe brode là-dessus en disant que le dieu créateur, qui commençait à s’ennuyer dans un monde un peu terne, a demandé à un oiseau réputé pour sa capacité à plonger, le grand plongeon, de plonger pour aller chercher du limon au fond de l’océan primordial afin de créer la Terre. Le grand plongeon, pourtant bien équipé a raté, il n’a pas réussi et il est remonté presque asphyxié sans ramener le limon. Alors un autre oiseau plus petit a plongé à son tour mais il a échoué également – il a été plus loin mais il a échoué. Finalement il y a un tout petit oiseau, dont personne a pensé qu’il allait réussir (mais c’est très souvent comme ça dans les mythes et dans les contes) ramène le limon à la surface et le dieu créateur le disperse sur l’océan primordial, le limon forme une espèce de gel qui se solidifie. Les oiseaux se réunissent et battent des ailes pour que le gel prenne, et ça forme la Terre sur laquelle nous marchons »

 

Question de Vincent Charpentier :

« On a recensé 487 mythes de ce plongeon à travers le monde. Comment Expliquer que ce mythe retrouvé en Amérique soit aussi présent en Eurasie. Pourrait-il y avoir plusieurs points de création ? Serait-il dû à la structure particulière de notre esprit comme le pensait Jung ?

 

C’est une vieille question. Quand on a des mythes complexes, des histoires assez longues à raconter, qui se trouvent en des endroits très différents du globe, on s’est dit depuis longtemps : mais comment se fait-il ? Est-ce une coïncidence ?

Une idée c’est que notre esprit est fait d’une telle manière que ces histoires-là jaillissent spontanément partout sur le globe, peu importe les cultures, les époques. Partout ça va surgir, parce que nous avons tous le même cerveau, le même esprit. Ça c’est la thèse de Jung, la thèse des archétypes.

Mais justement l’intérêt de faire des cartes, ça permet de voir exactement de quoi on parle.  Si on fait une carte de répartition du mythe du plongeon cosmogonique on s’aperçoit qu’il est absolument absent en Afrique, il est absent en Amérique du Sud, il est absent en Australie. Il y a des continents entiers dans lesquels ce mythe n’est pas du tout attesté, alors que les gens qui peuplent ces continents ont bien le même cerveau, le même esprit. Donc cette explication ne tient pas. Ce n’est pas quelque chose qui tient à la structure de notre esprit. Et l’explication la plus probable c’est que ces mythes se sont répandus en même temps que les gens qui les racontaient. Le monde a été peuplé progressivement, notamment on sait bien que l’Amérique n’a pas été peuplée de tout temps ; elle a été peuplée à partir de l’extrême nord de l’Amérique et les gens qui sont y arrivés en provenance de l’extrême pointe de l’Eurasie sont arrivés avec les histoires des mythes d’origine qu’ils avaient dans la tête, que leurs ancêtres leur avaient racontées ; cela remonte il y a à peu près 20.000 ans. »

 

C’est sans doute là une explication plus terre-à terre, moins merveilleuse que celle proposée par Jung, mais beaucoup plus probable !

 

Johann Heinrich FüssliLe Cauchemar, 1781.

Quant au livre de Frédéric Lenoir : La première partie, filant la trame biographique de Jung, m’a plutôt intéressé, malgré quelques passages assez hallucinants tels : « Jung était entouré de personnes qui avaient des dons médiumniques », ou encore « Loin de se démonter par le scepticisme acerbe des autres étudiants, Jung se livre chaque samedi à des expériences de tables tournantes, notamment en compagnie de sa jeune cousine Hélène, qui semble être une remarquable médium ».

Puis j’ai perdu pied peu à peu lors de la seconde partie de l’ouvrage intitulée « l’expérience intérieure », retrouvant ce jargon désagréable à la sauce jungienne ; une suite d’affirmations plus ou moins saisissantes ayant la saveur d’une pseudo-science.



[1] C.G Jung, Mysterium Conjunctionis, tome 2 page 226

[2] C.G Jung, Psychologie et alchimie, page 211

22 déc. 2023

Rencontre en baie de Somme

En baie de Somme ... (photo par Axel)

La baie de Somme et ses grands espaces …

Un lieu magique qui offre le privilège, pour peu que l’on s’y rende hors saison, de pouvoir savourer quelques lampées de solitude choisie ; d’être opportunément tenu éloigné des fauteurs de bruits pour qui tout n’est qu’environnement et défouloir …


Parcours ...

Ainsi ce jour de début décembre, jour de neige, où il me fut loisible de croiser sur la journée, lors d’une boucle de 21 km à un rythme de tortue, plus de 40 espèces d’oiseaux – et si peu de mes congénères. Et d’admirer ces paysages au vaste ciel contrasté ; un véritable bain de couleurs. Un parcours rituel qui s’ouvre sur 3 km entre pins, lande et massif dunaire, avant de rejoindre la plage et ses alignements de piquets à moule, visibles à marée basse. Et de là, plonger au sud vers la baie et dépasser le banc de l’Islette, empruntant un petit sentier qui serpente entre dunes et maquis, inondé et pris de glace, pour aller enfin lorgner du côté de l’observatoire du Marquenterre situé côté baie.

 

Sentier gelé (Photo par Axel)

Sentier gelé (Photo par Axel)

La plage (Photo par Axel)

Y rester plus d’une heure, tranquille, à contempler le bruissement de la nature. S’émouvoir de la venue d’un martin-pêcheur, prenant la pose dans un rayon de lumière, tandis que sur le plan d’eau et dans la roselière la vie s’ébroue … Parmi les espèces notables, deux visiteurs d’hiver, des anatidés : le garrot à-œil-d ’or et le harle piette – j’en compte trois (2 mâles et une femelle). Passe à deux reprises, d’un vol chaloupé, une femelle ou un immature de busard des roseau … La réserve est fermée, tout est calme, le temps suspendu à un vol de bruant des neiges …

Busard des roseaux (photo par Axel)

Harle piette (Photo par Axel)

Huitrier-pie (photo par Axel)

Martin-pêcheur (photo par Axel)

Mais en cette saison les jours se font courts, et dès le début de l’après-midi il faut songer à rebrousser. Cela tombe bien car c’est la marée haute ; un faible coefficient cependant et, pour se mêler aux limicoles, il faut prendre droit vers le large pour rejoindre le fil des vaguelettes, là où elles grignotent le sable …  Posés sur l’horizon des bancs de goélands où se mêlent quelques cormorans. Plus loin une nuée d’huitriers-pies vient au reposoir, accompagnés de trois ou quatre pluviers argentés. Sachant les pies de mer plutôt farouches je les contourne afin de ne pas les fatiguer, et cherche dans mes jumelles les petites boules nerveuses des bécasseaux. Ceux-là, pour peu que l’on y mette les formes, se laissent approcher parfois à quelques mètres de distances, poursuivant fébriles leur activités, indifférents au photographe accroupis à quelques pas.

Oie cendrée & phoque (photo par Axel)

C’est alors qu’au loin j’aperçois dans mes jumelles deux masses sombres qui se détachent sur le plat de la baie, à la limite des flots. Je dois être à 400 où 500 mètres de distance. Je dirige mes pas droit sur l’objet de l’intrigue, faisant des arrêts réguliers. Et d’élucider bientôt l’un des deux mystères :  une oie cendrée ! L’autre me semblant être un gros morceau de bois amené par la marée.

A mon approche l'oie se résout à s'éloigner en nageant. Sa présence, solitaire à cet endroit et son comportement me fait songer à un oiseau blessé, incapable de voler. Quant au bout de bois il me semble bouger légèrement. Un phoque !

Phoque (photo par Axel)

Soleil descendant sur la baie (photo par Axel)

Lumières de la baie (photo par Axel)

L'animal est de dos et je m’approche à une dizaine de mètres, signalant ma présence en faisant du bruit. Il tourne sa tête dans ma direction et avec maladresse se dirige sur moi. Surpris par ce comportement je songe à un individu en détresse. Il pousse parfois des petits cris me fixant de ses grands yeux tristes, basculant sur le flanc, puis vient pratiquement se blottir entre mes bottes. Que faire ? …  Faute de réseau, je le géolocalise et me convainc, au bout d’un bon quart d’heure de tergiversation, de partir avec l’idée de croiser quelqu'un pour lui exposer la situation – je me retourne à plusieurs reprises ; j’ai le sentiment de l’abandonner ... Autour de lui s’activent des bandes de bécasseaux Sanderling, auxquels je ne prête que peu d’attention, obnubilé que je suis par l’animal. Au bout d’un gros kilomètre, je fini par croiser deux jeunes femmes qui, motivées par mon récit, m'accompagnent jusqu'à l'animal, ayant réussi à appeler les pompiers. Ces derniers nous mettent alors en relation avec l'association locale qui gère ce genre de cas. Gros soulagement !



Mais le ciel commence déjà à se teinter de sombreur et je me décide à rentrer, afin d’arriver avant la nuit – la fatigue et le froid se font sentir ... Quant aux deux femmes, elles préfèrent rester encore un peu au chevet du phoque – désormais localisé et pris en charge. L’une d’elle me promet de me donner des nouvelles.

 

(photo par Axel)

De fait, je reçois en soirée un message où elle m’explique qu’elles ont été rappelées par la responsable de l’association locale de la protection de la nature, et qu’il s’agit, au vu des photographies, d’un bébé ayant été déjà signalé la veille. Que les naissances de phoques gris dans la baie de Somme étaient rares mais pas inhabituelles. Qu'il n'était pas anormal qu'il soit seul pour une durée de 1 à 3 jours, la mère étant occupée à chasser. Bref il n'avait pas besoin d'assistance et se trouvait en bonne santé, que bientôt il ferait ses 35 kg …

 

Une histoire banale et à la fois singulière. Touchante.

1 sept. 2023

Le premier septembre, à marée haute

 

Baie de Somme à marée haute (photo par Axel)

Baie de Somme à marée haute (photo par Axel)

Arriver à l'heure du midi par un sentier dunaire en Baie de Somme. Se retrouver seul, isolé du reste du monde à marée montante sur un mince cordon de sable, entre les argousiers et les oyats. Attendre que la marée soit haute et ferme toute retraite possible (et surtout tout accès aux éventuels fâcheux).

Baie de Somme à marée haute (photo par Axel)

Baie de Somme à marée haute (photo par Axel)


Ne penser à rien … Assis face aux vagues qui viennent mourir à vos pieds. Juste ressentir. Dans haut le ciel passent les goélands et les mouettes. Quelques aigrettes blanc de neige aussi … Au ras des flots filent d'intrépides hirondelles. Et rester à attendre que rien ne se passe, sous la caresse du pâle soleil du premier jour de septembre.


Seul sur ce fragment de rivage ? Pas tout à fait … Le rêveur éveillé a pour compagnie trois grands gravelots et un tournepierre à collier. Ce dernier qui porte bien son nom, s'active, retournant avec assiduité coquillages et cailloux qui jonchent le rivage. Ses compagnons sont plus tranquilles et profitent du reposoir pour bailler.

Grands gravelots (photo par Axel)

Grand gravelot (photo par Axel)

Tournepierre à collier (photo par Axel)


Tout ce petit monde cohabite dans un bel esprit et il fait plaisir au rêveur éveillé de partager son îlot avec les oiseaux.

Mais rien n'est fait pour durer... Les flots s'essoufflent et la marée se met à décroître. Imperceptiblement tout d'abord. Puis plus nettement. Au loin une traînée de promeneurs intempestifs se profilent.