Blogue Axel Evigiran

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La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à se perdre dans les labyrinthes de l'esprit dilettante ?


A la vérité, rien n’est plus savoureux que de muser parmi les sables du farniente, sans autre esprit que la propension au butinage, la légèreté sans objet prédéterminé.

Broutilles essentielles. Ratages propices aux heures languides...


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29 avr. 2015

En fiacre.... Zeus, Leda, Prometheus and Pegasus visit Bruges

Ivresse du fiacre... (Photo par Axel)
[cliquer sur la légende pour la photographie en grand format]
Jef Claerhout (1982) 


" Zeus is represented as the Swan (a rather unusual looking one at that).
Leda in her exhuberance to be visiting the Walplein (naked) is leaning back
on the Swan and smiling at the sky. Prometheus is wearing an anachronistic
suit and bowler hat and waving to the nonexistent crowd, and Pegasus is
drawing the carriage while smiling at the photographer. A totally zany
sculpture providing a fitting climax to this portfolio on Bruges.

_____________

FIACRE
(Dictionnaire Libertin - Patrick Wald Lasowski)

(...)
Parmi les origines possibles du mot, Hurtaut et Magny soutiennent que "le premier de ces carosses qui ait paru à Paris appartenait et était conduit par un nommé Fiacre, qui demeurait rue Saint-Fiacre, et à l'image de saint Fiacre, d'où le nom est resté à ces sortes de voitures'.
D'illustre famille, d'origine irlandaise, saint Fiacre s'installe en France pour se consacrer à la prière dans une forêt de la Brie, où il meurt vers 670. Anne d'Autriche se persuade que la naissance de louis XIV est l'effet de sa dévotion à saint Fiacre.  Patron des jardiniers - qui l'honorent le 30 août -, saint Fiacre préside à la génération. Le traité Des divinités génératrices ou Du culte du phallus de Dulaure (1805) rapelle que la chaire de l'église du village de Saint-Fiacre, près de Monceaux, forme une pierre réputée sur laquelle s'asseyent les femmes stériles. De sorte que derrière l'image de saint Fiacre figure secrètement un phallus. Prendre un fiacre, c'est rendre hommage à Priape.
Du reste, pour Leroux, tout fiacre est "un bordel ambulant'. La Hequet, maquerelle célèbre, affiche l'origine en tenant maison rue du cul-de-sac Saint Fiacre.
(...)


pp 195-196
Dictionnaire Libertin. La langue du plaisir au siècle des Lumières
Patrick Wald Lasowski
Gallimard, 2011
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La Dame Utile de Jean Georges Béraud (1849 - 1935)

A propos de Fiacre, ce serait une faute que d'oublier au passage le fameux passage de Madame Bovary :

Cependant le fiacre n'arrivait pas. Léon avait peur qu'elle ne rentrât dans l'église. Enfin le fiacre parut.
— Sortez du moins par le portail du nord ! leur cria le Suisse, qui était resté sur le seuil, pour voir la Résurrection, le Jugement dernier, le Paradis, le roi David, et les Réprouvés dans les flammes d'enfer.
— Où monsieur va-t-il ? demanda le cocher.
— Où vous voudrez ! dit Léon poussant Emma dans la voiture ; et la lourde machine se mit en route.
Elle descendit la rue Grand-Pont, traversa la place des Arts, le quai Napoléon, le pont Neuf, et s'arrêta court devant la statue de Pierre Corneille.
— Continuez ! fit une voix qui sortait de l'intérieur.
La voiture repartit ; et se laissant, dès le carrefour Lafayette, emporter par la descente, elle entra au grand galop dans la gare du chemin de fer.
— Non ! tout droit ! cria la même voix.
Le fiacre sortit des grilles, et bientôt arrivé sur le Cours, trotta doucement, au milieu des grands ormes. Le cocher s'essuya le front, mit son chapeau de cuir entre ses jambes et poussa la voiture en dehors des contre-allées, au bord de l'eau, près du gazon.
Elle alla le long de la rivière, sur le chemin de halage pavé de cailloux secs, et longtemps, du côté d'Oyssel, au-delà des îles.
Mais, tout à coup, elle s'élança d'un bond à travers Quatremares, Sotteville, la grande Chaussée, la rue d'Elbeuf, et fit sa troisième halte devant le jardin des Plantes.
— Marchez donc ! s'écria la voix plus furieusement.
Et aussitôt, reprenant sa course, elle passa par Saint-Sever, par le quai des Curandiers, par le quai aux Meules, encore une fois par le pont, par la place du Champ de Mars et derrière les jardins de l'hôpital, où les vieillards en veste noire se promènent au soleil, le long d'une terrasse toute verdie par des lierres. Elle remonta le boulevard Bouvreuil, parcourut le boulevard Cauchoise, puis tout le Mont-Riboudet jusqu'à la côte de Deville.
Elle revint ; et alors, sans parti pris ni direction, au hasard, elle vagabonda. On la vit à Saint-Pol, à Lescure, au mont Gargan, à la Rouge-Mare, et place du Gaillarbois ; rue Maladrerie, rue Dinanderie, devant Saint-Romain, Saint-Vivien, Saint-Maclou, Saint-Nicaise, – devant la Douane, à la basse Vieille-Tour, aux Trois-Pipes et au Cimetière monumental ! De temps à autre, le cocher sur son siège jetait aux cabarets des regards désespérés. Il ne comprenait pas quelle fureur de la locomotion poussait ces individus à ne vouloir point s'arrêter. Il essayait quelquefois, et aussitôt il entendait derrière lui partir des exclamations de colère. Alors il cinglait de plus belle ses deux rosses tout en sueur, mais sans prendre garde aux cahots, accrochant par-ci par-là, ne s'en souciant, démoralisé, et presque pleurant de soif, de fatigue et de tristesse.
Et sur le port, au milieu des camions et des barriques, et dans les rues, au coin des bornes, les bourgeois ouvraient de grands yeux ébahis devant cette chose si extraordinaire en province, une voiture à stores tendus et qui apparaissait ainsi continuellement, plus close qu'un tombeau et ballottée comme un navire.
Une fois, au milieu du jour, en pleine campagne, au moment où le soleil dardait le plus fort contre les vieilles lanternes argentées, une main nue passa sous les petits rideaux de toile jaune, et jeta des déchirures de papier qui se dispersèrent au vent, et s'abattirent plus loin, comme des papillons blancs, sur un champ de trèfles rouges tout en fleurs.
Puis, vers six heures, la voiture s'arrêta dans une ruelle du quartier Beauvoisine, et une femme en descendit qui marchait le voile baissé, sans détourner la tête.

Gustave Flaubert, Madame Bovary

Rouen au temps de Madame Bovary; parcours du fiacre

27 avr. 2015

Cavaliers de l'apocalypse sous le ciel de Bruges...

Cavaliers de l'apocalypse - Photo par Axel

« Le pouvoir leur fut donné sur le quart de la terre, pour faire périr les hommes par l'épée, par la famine, par la mortalité, et par les bêtes sauvages de la terre. »

Droit vers le ciel (photo par Axel)

Les quatre cavaliers de l'Apocalypse
Par Rik Poot, 1987
Jardin Hof Arentsde Bruges


En grande furie... (photo par Axel)
Variation apocalyptique I (Photo par Axel)

Variation apocalyptique II (Photo par Axel)


Ce spectre singulier n'a pour toute toilette,
Grotesquement campé sur son front de squelette,
Qu'un diadème affreux sentant le carnaval.
Sans éperons, sans fouet, il essouffle un cheval,
Fantôme comme lui, rosse apocalyptique
Qui bave des naseaux comme un épileptique.
Au travers de l'espace ils s'enfoncent tous deux,

Et foulent l'infini d'un sabot hasardeux.
Le cavalier promène un sabre qui flamboie
Sur les foules sans nom que sa monture broie,
Et parcourt, comme un prince inspectant sa maison,
Le cimetière immense et froid, sans horizon,
Où gisent, aux lueurs d'un soleil blanc et terne,
Les peuples de l'histoire ancienne et moderne.

Une gravure fantastique
Charles Baudelaire
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Echo

Gustave Moreau

LA PARQUE ET L'ANGE DE LA MORT


" Atropos, est la plus vieille, la plus terrible des trois Parques. Maîtresse de l’Avenir, c’est elle qui coupe à l’aide de ciseaux le fil de la vie filée par Clôthô et dévidée par Lachesis. Ici, elle tient par la bride le destrier d’un Ange de la Mort à qui l’artiste a donné, de même qu’à son Démon tentateur (Cat. 52, Cat. 238)  ou à son Génies du Mal (Cat. 54), des ailes rouges. L’inquiétante silhouette de ce cavalier décharné rappelle certains Don Quichotte d’Honoré Daumier. Comme souvent chez Moreau, le mythe grec est mâtiné de christianisme. Ainsi fait-il se côtoyer Atropos – fille de la Nuit ou de Jupiter et Thémis – une figure  mythologique et l’ange noir brandissant l’épée de feu qui, n’était-ce la robe noire de sa monture, pourrait bien être le quatrième cavalier de l’Apocalypse : « […] je vis paraître un cheval pâle, et celui qui était monté dessus s’appelait la Mort, et l’enfer le suivait ; et le pouvoir lui fut donné sur la quatrième partie de la terre, pour y faire mourir les hommes par l’épée, par famine, par mortalité, et par les bêtes sauvages. » (Apocalypse de Saint Jean, chap. VI, v. 8). Moreau inscrit ces personnages au centre d’un paysage désolé, de fin du monde. Il détache leurs silhouettes sur un ciel nocturne troué par une lune ensanglantée et par l’auréole de l’ange qui, dénué de visage, inspire la terreur. Les contours de sa monture rappellent ceux d’un cavalier dans La Découverte du meurtre d’Holopherne de Botticelli qu’il avait copié en août 1858 à la Galerie des offices à Florence. La Parque penchée, écrasée par son lourd vêtement de deuil, a l’aspect d’une pleureuse."
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