Blogue Axel Evigiran

Blogue Axel Evigiran
La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à se perdre dans les labyrinthes de l'esprit dilettante ?


A la vérité, rien n’est plus savoureux que de muser parmi les sables du farniente, sans autre esprit que la propension au butinage, la légèreté sans objet prédéterminé.

Broutilles essentielles. Ratages propices aux heures languides...


3 nov. 2023

A la pointe du Hourdel

 

La pointe du Hourdel, à marée haute (photo par Axel)

Se rendre à la pointe du Hourdel le dernier jour d’octobre, par un temps capricieux… Chatoyance de couleurs, nuances de gris et de bleu – essuyées sur le noir des nuages. Crevants parfois d’un trop plein de larmes. 

Prendre le sentier qui sinue le long de la côte, entre amas de galets et massif dunaire criblé d’argousiers, sous le regard curieux d’un phoque ; son œil rond embrasse l’immensité avec nonchalance. Marcher en direction du phare de Brighton ; fuseau rouge et blanc dans ce paysage barré au loin par les falaises d’Ault, mince trait de craie prolongé par l’infinie perspective de la mer … Il s’agit ici bien sûr, non pas de la station balnéaire anglaise mais du hameau Brighton-les pins, rattaché à Cayeux-sur-mer …


Vue sur le phare de Brighton (photo par Axel)


Ombre (photo par Axel)

Arc-en-ciel (photo par Axel)

Les pipits maritimes et les traquets pâtres s’affairent … Au loin des limicoles en nuée s’en vont au reposoir sur une langue de galets. Des bécasseaux Sanderling pour la plupart sans doute, accompagnés d’un ou deux grands gravelots. Les taches blanches des aigrettes picorent dans les mares éphémères. Goélands marins et argentés les accompagnent. Des mouettes rieuses encore, en plumage hivernal.


Banc de galets (photo par Axel)

En chemin ramasser et mettre en poche un minuscule galet aux reflets noirs, trouver une branche moussue, un coquillage … Ancres émotionnelles qui bientôt attiseront la nostalgie des instants évaporés. Et ce ciel ! Immense et changeant d’un instant l’autre.

La marée est très haute, le sentier inondé. Le blockhaus affaissé pris dans les flots se recueille … Il songe peut-être à sa jeunesse guerrière, sa vieillesse apaisée – Vigie de la plage son délabrement résume l’horizon.

Vue du Blockhaus (photo par Axel)

Marcher sur les galets (photo par Axel)


16 oct. 2023

Delphes et la Pythie

Vue de Delphes - Le théâtre (photo par Axel)

A Delphes, le paysage en cascade accroché à flanc de colline, abrite de vestiges hallucinés. Là, dans les parages du mont Parnasse se trouverait le nombril du monde, l’Omphalos. Voici ce qu’en dit Pausanias :  

« Ce que les habitants de Delphes appellent omphalos est en fait une pierre blanche et considérée comme se trouvant au centre de la terre, et Pindare, dans une de ses Odes, confirme cette opinion. »

 

Dans le musée archéologique de Delphes -Sphinx des Naxiens(photo par Axel)

Parmi les ruines du sanctuaire rôdent les fumerolles de sentences célèbres ; ainsi Gnothi seauton (en grec ancien Γνῶθι), signifiant « connais-toi toi-même ». Maxime qui était gravée à l'entrée du temple d'Apollon et qui à l’époque était une mise en garde contre l’hubris humaine … De ce temple ne restent aujourd’hui que quelques colonnes – tout passe …

 

Temple d'Apollon (photo par Axel)

La Tholos, rotonde du IVe s. av. J. (photo par Axel)


Delphes abritait aussi la célèbre Pythie.

J’emprunte le texte qui suit à Mélanie, dont je ne saurai trop conseiller d’aller s’abonner à sa page :

« La divinisation est une pratique qui existe depuis l’antiquité. Pour les grecs il y a une grande médium qu’il faut consulter c’est la Pythie, une prêtresse qui était présente dans le sanctuaire de Delphes et qui pouvait être occasionnellement consultée par les grands dirigeants grecs, contre des offrandes. Selon les textes la Pythie entrerait en contact direct avec Appolon, et pour se faire a besoin d’un peu d’aide. Selon les sources elle était l’influence de vapeur de laurier – pour information le laurier c’est une plante toxique quand on la fume. Tu m’étonnes qu’elle avait des visions. Malgré cela la pythie était assez nébuleuse. Tant est si bien que des prêtres étaient chargés d’interpréter la vision et devaient rédiger sous forme de vers la prophétie avant de la donner aux commanditaires. »



Dans le musée archéologique (photo par Axel)

Vue de Delphes (photo par Axel)


9 sept. 2023

Visiter l'au-delà en compagnie de Paul Veynes

 


En 2015, j'écrivais, en première page de l'ouvrage, selon une manie qui m'est propre, « Lire Paul Veynes, c'est comme boire une liqueur sous le soleil ».. Je venais d'ouvrir « L'empire gréco-romain ».

Mais il est des monuments qui ne peuvent se lire qu'avec parcimonie – du moins chez moi. Aussi ai-je ajouté en 2021 : « J'en reprends une gorgée, dans le jardin (reprise page 209) ». Il faut savoir que cet essai ne comporte pas moins de 1044 pages.

J'en reviens donc, en ce samedi de canicule de septembre de reprendre le fil de cette lecture à la page 640.

Et de me dire, sans que ce cela soit ici d'aucune utilité, que finalement je n'aurai pas réussi à finir ce livre avant la mort de son auteur (29 septembre 2022). Car je suis précisément arrivé à un passage où il est question de trépas. Une problématique qui dépasse le strict cadre de l'empire gréco-romain. J'en relève sur le fil quelques fragments, et les abandonne à l'attention des quelques improbables arpenteurs de chimères qui se perdront sur cette page :

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Figure féminine, probablement Vénus, provenant d'une tombe romaine de Fondo Fraia, Pozzuoli, vers 40-100 ap. J-C


« Les mythes orphiques ou les initiations dionysiaques auxquels accédaient une minorité de riches lettrés promettaient d'obtenir les faveurs des dieux dans l'au-delà (…) Mais ce paradis souterrain ne comportait pas d'enfer éternel (…) Le grand dilemme chrétien du salut ou de la damnation éternels ne se posait pas » (p 641)

« Quant à l'imagination populaire (…) Elle se représentait le séjour des morts comme un lieu triste et ombreux où la vie était ralentie et morne » (p 642)

«  … le scepticisme des classes lettrées ; César, grand pontife, pouvait sans impiété ni scandale affirmer en plein Sénat qu'il n'y avait rien après la mort » (p 644)

« … lorsque nous-mêmes mettons des fleurs sur une tombe ou quand les anciens y plaçaient de la nourriture, eux et nous ne pensons pas pour autant que les morts viendront en humer le parfum... » (p 645)

« Les rites funéraires (…), ne sont que des gestes consolateurs, des façon d'honorer le défunt ou les métaphores du dévouement qu'inspire son souvenir ». (p 646)

« … certaines personnes vont 'visiter' (comme on dit) leurs défunts au cimetière parce que, sans croire à la survie du mort, elles ne veulent pas abandonner leur défunt, le laisser seul, le négliger ; elles éprouvent de l'émotion devant la tombe ... » ( p 646/647)

«  La sensibilité est première lorsqu'un de nos contemporains dépose dans le cercueil d'un de ses proches le livre ou le disque préféré du défunt ; il ne croit pas pour autant que le disparu le lira ou l'écoutera : il répond à sa sensibilité et non à une croyance qu'il n'a pas » (p 649