Blogue Axel Evigiran

Blogue Axel Evigiran
La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à se perdre dans les labyrinthes de l'esprit dilettante ?


A la vérité, rien n’est plus savoureux que de muser parmi les sables du farniente, sans autre esprit que la propension au butinage, la légèreté sans objet prédéterminé.

Broutilles essentielles. Ratages propices aux heures languides...


10 juin 2019

Parmi les oiseaux...; Toujours !

De la gorgebleue à l’habit citron de la bergeronnette ; parmi les joncs ou dans le friselis des herbes hautes…Le phragmite, le tarier pâtre, la panure à moustache et tant d’autres… Frêles esquifs poussent leur existence ici et là.


Gorgebleue à miroir (photo par Axel)

Bergeronnette printanière (photo par Axel)
Bruant jaune (photo par Axel)

Gorgebleue à miroir (femelle) - photo par Axel

Le baiser des linottes mélodieuses (photo par Axel)

Panure à moustaches (photo par Axel)

Phragmite des joncs (Photo par Axel)

Rousserolle effarvate (photo par Axel)

Tarier pâtre (photo par Axel)


Les limicoles aussi… Le long des estrans ; puis au large dans la baie, entre deux marées. La barge rousse, le bécasseau sanderling, les bandes d’huitriers-pies, élancés au-dessus des flots… Le grand cormoran encore. Le vol tendu d’un groupe de bernaches cravants …


Barges rousses (Photo par Axel)

Barge rousse (Photo par Axel)

Barges rousses (Photo par Axel)

Bécasseaux sanderlings (photo par Axel)

Bécasseau sanderling (photo par Axel)

Bernaches cravants (photo parAxel)

Grand cormoran (photo par Axel)

Huitriers pies (photo par Axel)

Tournepierre à collier (photo par Axel)

Sans compter les laridés aux plumages variés ; de l’immature de premier hiver à l’adulte en majesté. Le Saint-Esprit du crécerelle, le vanneau huppé criant en cercle, autour de son nid. Et, dans l’arrière-pays, le vol plané le busard des roseaux venu frôler les marais.


Busard des roseaux (photo par Axel)

Echasse blanche (photo par Axel)

Faucon crécerelle (photo par Axel)

Goéland argenté (photo par Axel)

Goéland brun (photo par Axel)

Héron cendré (photo par Axel)

Vanneau huppé (photo par Axel)

La tourterelle des bois, discrète et farouche… Les sarcelles et les canards. Sinon des chevaliers, des cigognes où des spatules blanches !

Un monde en soi ; et qui se passe de commentaire.

Chevalier aboyeur (photo par Axel)

Chevaliers arlequins (photo par Axel)

Cigogne blanche (Photo par Axel)

Courlis corlieu (photo par Axel)

Sarcelle d'été (photo par Axel)

Spatule blanche (photo par Axel)


29 mai 2019

Revenir à Carcassonne

Cité de Carcassonne (photo par Axel)

Si la nostalgie jette le plus souvent son ombre sur les paysages de nos jours d’avant, il arrive parfois qu’elle s’en vienne hanter aussi les vieilles pierres, ravivant les souvenirs enfouis sous les décombres des années… Là où l’histoire s’incarne…
Château comtal (Photo par Axel)
Et de filer sur les chemins de rondes de la cité de Carcassonne. Ombre immense posée au détour d’une colline en surplomb de la ville nouvelle. Et saisir parfois l’étrangeté qu’il y a à revisiter les quelques venelles criblées d’échoppes, ravivant les braises des ans révolus ; non pas le déroulé continu des événements, mais des instantanés pris ici ou là. Ces miettes d’une mémoire fragmentée ; en parties reconstruites ou fantasmées … Adossées aux photographies d’alors.
Dix années ce n’est presque rien et beaucoup à tout à la fois – question d’échelle. Ce n’est pas assez à l’aune d’une vie humaine pour avoir oublié une cité, un château, telle place ou tel enchevêtrement de péripéties, l’architecture ou la configuration d’un lieu hanté de spectres médiévaux, et dont le chant lancinant abreuve les livres que l’on aime avoir à portée de main. Mais c’est plus qu’assez pour mesurer le gouffre considérable, planté dans sa propre existence ; hier accompagné d’à peine deux adolescents, aujourd’hui à côtoyer deux adultes lancés sur le chaos de tous les possibles de leur propre chemin. Hier encore maritalement installé, inconscient de la tornade à venir et désormais pris en d’autres scénarios – quelques rides aussi au coin des yeux qu’on n’a pas vues venir ; un peu à la manière de ces épaisses couches de neige fondant goutte à goutte en fin de saison, sans que l’on s’en aperçoive véritablement. Avec la blancheur virginale du manteau blanc, usé jusqu’à l’épuisement et la dissolution finale…




Sur les remparts du château comtal (Photo par Axel)

Une source anonyme, « Histoire de la guerre des Cathares », relate la chronique d’une horreur allant de 1202 à 1219. Ecrite en langue romane par un auteur possiblement contemporain des événements qu’il rapporte.
Dès le 28 juillet 1209 les croisés assiègent Carcassonne. Leur armée a déjà perpétré le massacre de Béziers… Que dire de plus, sauf à citer de menus extraits du texte, espérant susciter l’envie de s’y perdre tout à fait ?

Et sur les éléments déclencheurs :
« Le Saint-Père lui donna pour le servir (au légat), tant de gentilshommes, parmi lesquels était un grand et noble homme appelé Pierre de Castelnau, son maître d’hôtel… Il arriva que Pierre de Castelnau eût, sur le sujet de cette hérésie, quelques paroles et disputes avec un serviteur et gentilhomme du comte Raimond ; et leur dispute alla si loin qu’à la fin le gentilhomme du comte Raimond, donna un coup épée à Pierre de Castelnau et le tua… Quand le légat vit qu’on avait ainsi tué l’un de ses hommes, il manda aussitôt le Saint-Père (qui) en fut si courroucé et mécontent qu’il fit partir des lettres pour ordonner la croisade… »
 
Tour d'époque romaine (photo par Axel)
Sur le massacre de Bézier :
« Voyant que force leur était de se défendre ou de mourir, ils prirent courage entre eux, et allèrent chacun s’armer du mieux qu’il pût ; quand ils furent armés, ils sortirent pour attaquer les assiégeants, et en sortant rencontrèrent un des croisés qui était venir courir jusque sur le pont de Béziers. Ils se jetèrent sur lui et le précipitèrent du pont dans la rivière. Quand l’armée des assiégeants le virent ainsi mort et jeté du pont, elle commença à se mettre en mouvement, tellement qu’elle faisait trembler la terre, et marcha droit à Béziers pour attaquer les ennemis qui venaient d’en sortir. Quand ceux de Béziers virent tout ce grand monde qui venait contre eux, ils se retirèrent dans leur ville, fermèrent et barricadèrent leurs portes… malgré tous les efforts de ceux de la ville … Ils entrèrent dans Béziers malgré toute la résistance… Là se fit le plus grand massacre qui ce fût jamais fait dans le monde entier ; car on n’épargna ni vieux ni jeunes, pas même les enfants qui tétaient… Tout fut passé au fil de l’épée, pas un seul n’en échappa. Ce meurtre et cette tuerie furent la plus grande pitié qu’on ait depuis vue et entendue. La ville fut pillée ; on mit le feu partout… » 
L’amour du prochain à la mode chrétienne, recette poussée à son extrémité ! Sans compter d’autres perfidies en légions dont il faudrait rendre compte…
Mais plutôt qu’un inventaire fastidieux, reprenons la phrase si vive et si juste de Lucrèce : « Tant la religion put conseiller de crimes ! »  

Musée du château comtal (photo par Axel)

Musée du château comtal (photo par Axel)

Musée du château comtal (photo par Axel)

Et de flâner dans les venelles de Carcassonne ; à laisser filer les heures indolentes



Les remparts de la cité de Carcassonne (phot par Axel)

14 avr. 2019

De retour en baie de Somme, parmi les oiseaux

Du côté de la baie de Somme (photo par Axel) - 2018


Sans doute est-ce une pathologie commune, mais je confesse aimer me rendre au même lieu, à une ou deux années de distances ; y aviver mes souvenirs et sonder mes états d’âme – écart, synchronicité, symbiose ou rupture totale. Ceci est particulièrement vrai des endroits chargés émotionnellement.  La nostalgie y a évidemment sa part… Mais s’y mêle un sentiment plus diffus, avec l’idée de la mise en pratique du temps vécu non pas comme flèche toujours tournée vers le devenir (le temps linéaire des physiciens pour parler comme Etienne Klein), mais ce temps cyclique propre à moult civilisations de jadis. Ce temps vécu comme « Eternel recommencement » ; non pas à la manière de Nietzsche qui, dans l’Amor Fati, envisageait le retour du même.  Mais un cercle de nuances subtiles, avec ses constantes, ses variations et la singularité de ses tonalités. Un cercle mouvant, ensemencé de ces « je ne sais quoi et presque rien » chers à Jankélévitch, et qui font toute la saveur du réel comme il va…

Vue du Crotoy (photo par Axel) - Avril 2018

Ainsi de la Baie de Somme ; du Crotoy et de ses écrivains d’hier – de Jules Verne à Colette, du sentier côtier accroché à la dune – ou s’ébrouent les rossignols au printemps, de la rue des mouettes – où elles ne sont plus si nombreuses que jadis, du chemin conduisant à cet au-delà de la Baie - là ou s’éprouve la philosophie des piquets à moules… Et tant d’autres lieux encore sous ce ciel propices aux rêveries…

Des premières secondes d’avril 2018 à celles de 2019 – les mêmes pas, les mêmes endroits ou presque… Jour pour jour, ou si peu s’en faut. L’an passé avec son ciel noir et ses tempêtes, le gros vent et les éclaircies subites, posées sur les épaules du promeneur pour le réconforter du chagrin des embruns. L’an 2019 avec son grand soleil qui, sans faiblir inondait les sables et les flots tranquilles de son humeur joyeuse…

Se retrouver seul, au cœur de l’immensité parmi les oiseaux, est une expérience dont la mise en mots reste fatalement en deçà du ressenti… En particulier si, par chance, on se retrouve au détour d’une dune d’un coup plongé au milieu d’une cohorte de passereaux rares – très rare mêmes sur nos rivages, picorant dans les sables en quête d’insectes. Des oiseaux à la tête peinte en jaune et noir,  vagabondant et virevoltant alentour sans trop se préoccuper de ce visiteur humain, augmenté de son appareil photographique – et qui plus d’une heure durant, restera en leur compagnie.
L’alouette haussecol donc, telle est l’espèce en question. Migratrice et de passage sur les rivages de la Somme et des Hauts de France, grosso modo de novembre à fin mars.
Ici l’expérience du terrain confère au hasard sa part de prévisibilité… Et je savais fort bien que si je devais les trouver ce serait à cet endroit précis, pour avoir déjà repéré les lieux l’an passé – mais il était tard en saison pour espérer encore en croiser. Aussi, à la vue d’oiseaux « atypiques » (à l’œil un peu exercé), le cœur du miroiseur eût un sursaut ; ce sursaut d’excitation mêlée de doute. Puis la certitude, la joie un peu frénétique… Une fébrilité tempérée par la nécessité de caler l’objectif sur le rencontre à immortaliser.

Alouette haussecol (photo par Axel)

Alouettes haussecols (photo par Axel)
Alouette haussecol (photo par Axel)
Pour les amateurs d’étymologie.
Sur le terme générique tout d’abord : alouette, « du latin Alauda. Le mot est en fait d’origine gauloise, ainsi s’expliquerait le nom Alauda donné par César à la légion de mercenaires par lui recrutée (…) L’alouette semble bien avoir été un oiseau sacré pour les Gaulois en raison des traces laissées dans le folklore français. Son chant est signe de joie et sa façon de voler très haut dans le ciel est un symbole du ciel (en anglais on la nomme sky lark, et to sing like a lark, « chanter comme une alouette », signifie être gai comme un pinson). » [1]

Quant à l’alouette haussecol en particulier, notons que son nom est à mettre en relation avec le « plastron noir qui rehausse la tête du mâle. Un hausse-col était une pièce métallique d’armure protégeant la base du cou ».
Enfin, puisque chaque espèce d’oiseaux se caractérise en premier lieu par son nom scientifique, rappelons que l’alouette haussecol est nomenclaturée sous le nom d’Eremophila alpestris. « Eremophila, du grec érèmia (le désert) et philos (qui aime). Alpestris, dans le sens de montagne en général, car elle niche en effet dans les toundras montagneuses (mais aussi au Maroc) ».

Pouillot fitis (photo par Axel)

Grèbe castagneux (photo par Axel)

Grèbe à cou noir (photo par Axel)


Mais en ces quelques jours, aux prémices d’avril, il y eût bien d’autres rencontres avec nos amis ailés. Et, aux détours des chemins, de l’estran, du maquis  et d’ailleurs, ce ne furent pas moins de 64 espèces différentes qui furent observées (sans compter celles uniquement côtoyées par contact auditif).
Parmi les plus notables : le râle d’eau, le phragmite des joncs, le pouillot fitis, le bouvreuil pivoine, ou encore un oiseau au nom scientifique redoublé : Limosa limosa (du latin limosus, qui signifie boueux, vaseux –autrefois appelé limosa melanura, nom qui à mon goût convenait mieux) et qui fit vivre à votre serviteur quelques instants de grâce – mais c’est une autre histoire !

Barge à queue noire (photo par Axel)

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QUELQUES AUTRES OISEAUX
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Rale d'eau (photo par Axel)

Pipit farlouse (photo par Axel)

Linotte mélodieuse (photo par Axel)

Cygne tuberculé (photo par Axel)

Sarcelle d'hiver (photo par Axel)

Bécassine des marais (photo par Axel)

Phragmite des joncs (photo par Axel)

Bergeronnette grise (photo par Axel)

Canard chipeau (photo par Axel)



[1] Je tire ces informations de l’excellent ouvrage « L’étymologie des noms d’oiseau » de Pierre Cabard et Bernard Chauvet, paru chez Belon. Un livre exhaustif.