Blogue Axel Evigiran

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La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à se perdre dans les labyrinthes de l'esprit dilettante ?


A la vérité, rien n’est plus savoureux que de muser parmi les sables du farniente, sans autre esprit que la propension au butinage, la légèreté sans objet prédéterminé.

Broutilles essentielles. Ratages propices aux heures languides...


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29 mai 2016

Polonnaruwa


Polonnaruwa, bibliothèque (photo par Axel)
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Il est des lieux qui laissent des empreintes durables. Des impressions à secouer les humeurs nostalgiques. Un effet des ruines, sans doute. Et lorsque, écrasées de pluie, s’égouttent les photographies gorgées de soleil d’un monde figé au-delà des océans, les secondes se dissolvent dans la fugacité du souvenir. Le souvenir d’un aigle blanc au-dessus de l’eau, aussi vite évaporé à l’orient dans le bleu du ciel. Le souvenir  de ces rangées de fillettes en uniformes immaculés, gravissant rieuses les marches d’un palais retourné au silence, à moins qu’il ne s’agisse d’une bibliothèque délestée de ses précieux manuscrits. Une place singulière à l’acoustique remarquable ; le Pothgul Vihara. Parfois, alentour, des singes se postent sur les pierres ou s’ébrouent en famille dans les arbres. Pour nous rappeler que tout passe… Car le principe d’impermanence y a sa place. C’est même, au-delà de la poussière des siècles,  la civilisation ou s’incarne le mieux cette vérité aussi vieille que sapiens est par deux fois sapiens, pour son plus grand malheur… Au Sri Lanka le bouddhisme est roi. L’occidental en a souvent une vision déformée ; suite de clichés véhiculés par plusieurs génération de pratiques new-age, et qui nous feraient oublier presque le destin chaotique de l’île. Les civilisations sont mortelles, nous le savions bien avant que Valery l’énonce, mais nous n’en avons si peu conscience. Ou plutôt, nous refusons de croire ce que nous savons… Ici comme ailleurs.


Sur les marches du Potghul Vihara (photo par Axel)
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Famille de macaques (photo par Axel)
Et de nous placer sur les traces du roi Kalinga Magha, venu des Indes du sud pour détruire Polonnaruwa, capitale du royaume du Lanka – après Anuradhapura, qui dura quatorze siècles, avec ses 113 rois successifs et ses 4 reines, avant d’être abandonné à la jungle au profit de Polonnaruwa…
La capitale médiévale, à bout de souffle, sera pillée et brûlée, l’envahisseur semant la terreur et l’effroi. Au roi capturé, Parakrama Pandu, il sera arraché les yeux avant d’être torturé à mort. C’est qu’au royaume de la méditation, lorsqu’on est pas expert en poisons, on n’a rien à envier en cruauté aux autres peuplades du monde. Il se murmure : « ne sois pas trop sage, tu deviendrais stupide ». La sentence gravée sur l’une des solives du plafond de Montaigne prends ici en sens particulier. La splendeur de Polonnaruwa n’aura duré en tout et pour tout que trois siècles ; une éternité à l’échelle d’une vie d’homme, autant dire une goutte d’eau dans l’océan : « Nous tous, les vivants : rien que fantômes, ombres sans poids », une autre phrase que les moines, si elle n’avait été de Sophocle, auraient pu méditer, avant de s’en aller joyeusement s’entretuer.


Palais royal de Parakramabahu (photo par Axel)
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Après le feu de la guerre, le silence des arbres recouvrira peu à peu les os de la cité en miettes. Nous sommes au XIIIe siècle. Un long oubli avant que les ruines ne soient indiquées par Lt Fagan en 1820, et relayées dans une publication du magazine « The Orientalist ». En 1831 le major Forbes en donnera une description précise. Quant aux fouilles systématiques, elles débuteront au début XXe siècle.

Aujourd’hui, ce qui frappe le visiteur à Polonnaruwa, c’est la singularité de ruines dont le sens en grande partie échappe à l’œil européen – l’histoire échappe aussi, sauf à être un érudit. Ici pas de repères stables, d’ancrage culturel. Mais l’altérité radicale – vocabulaire y compris.
Alors autant se laisser emporter, préjugés rangés au placard, pour savourer l’éternelle saveur de l’effondrement des civilisations.

Pilier, de la salle d'audience (photo par Axel)
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Lions et escalier de la salle d'audience (photo par Axel)
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Citadelle intérieure

Une fois pénétré au cœur de la cité, l’œil se confronte aux vestiges du Vejayanta Pasada, le palais royal, dont les murs de briques abritent les restes de moult salles, parfois à peine esquissées.

Council chamber of King Nissankamalla
Situé dans les jardins royaux, avec des gravures d’éléphants, de chevaux et de lions. L’édifice, était sans doute à l’époque recouvert d’un toit en bois. La terrasse comporte 4 rangées de piliers, couverts d’inscriptions indiquant les positions des dignitaires. Le roi siégeait sur le trône du lion.


Vue d'ensemble de la salle d'audience (photo par Axel)
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Quadrilatère

Cerné d’une enceinte, ce quartier était considéré comme le plus sacré de la cité et accueillait la relique de la Dent – peut être le bouddha en était-il doté de plus de trente-deux, un peu à la manière des saints martyr chrétiens, possédant chacun au moins une demi-douzaine de fémurs. Miracle de l’insondable ! Saint Augustin  fut d’ailleurs l’un des premiers à s’insurger des exploits des moines vagabonds… La soif de vénération étant aussi universelle que la recherche du profit par le trafic, il n’y a pas de raison qu’il en aille différemment en Asie qu’en Europe. Passons.

The Vatadage
Vatadage signifie circulaire. C’est le maitre ouvrage du quadrilatère, et a été construit pour protéger et donner abri au dagaba (lieu saint). Quatre bouddhas, statues en position assises ont été disposées aux points cardinaux. Chaque tête est différente.  On notera encore les gardes de pierre sur l’entrée est. Vatadage fut construit par le roi Nissankamalla (1187 - 1196)


Vatadage (photo par Axel)
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Vatadage, bouddha (photo par Axel)
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Vatadage, détail (phot par Axel)
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Vatadage, frise sculptée (photo par Axel)
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Autres édifices
Bien d’autres bâtiments, statues et sculptures se laissent savourer par-delà la poussière des ans. Ainsi l’énigmatique Sathmahal Pasada, et son architecture à degrés. Ou encore le Hatadage dont la statue principale nous défie de son indifférence tutélaire.  Sans oublier le Gal Potha, énorme livre de pierre déroulé sur huit mètres, et recouvert de la prose louant les hauts faits d’un roi dont le nom n’évoque absolument plus rien.


Statue (photo par Axel)
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Hatadage (photo par Axel)
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Hatadage (photo par Axel)
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Livre de pierre (photo par Axel)
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Sathmahal Pasada (photo par Axel)
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Per omnia vanitas. 


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Passer enfin sous le dôme du Rankot Vihara


Rankot Vihara (photo par Axel)
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Et saluer enfin le grand dormeur...


Bouddha allongé (photo par Axel)
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3 mai 2015

Back to Yala...(petite vidéo - Yala national park) - Elephants, sangliers, gazelles, crocodiles et moult espèces d'oiseaux....

Back to Yala...(petite vidéo - Yala national park) - Elephants, sangliers, gazelles, crocodiles et moult espèces d'oiseaux....

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En complément  du billet sur le Yala national park, un petit montage vidéo maison…




" Je suis allé dans les bois parce que je voulais vivre délibérément.

Je voulais vivre intensément et sucer la moelle de la vie.

Réduire à néant tout ce qui n'était pas la vie.

Et ne pas, quand je viendrais à mourir, découvrir que je n'aurai pas vécu."


Henry David THOREAU

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18 avr. 2015

Yala national park – Entre crocodiles paons sauvages et martin pêcheurs

YALA NATIONAL PARK


La fille de votre serviteur dans son véhicule

A l’évocation du mot safari, d’aucun s’imaginent volontiers une ambiance à la Hemingway, le fusil en moins ; d’autres y substitueront avec profit les langueurs tragiques de La ferme Africaine chère à Karen Blixen ou encore ces Racines du ciel, perchées dans le sillage de l’irascible et non moins fantasque Morel à qui on demanda un jour (on notera le style journalistique de la question) :

-          « Voilà plusieurs mois que vous tenez le maquis. Comment expliquez-vous la facilité avec laquelle vous avez toujours échappé aux autorités ? »
-           
Et l’aventurier de s’esclaffer avec bonhomie :

-          « Tout le monde me veut du bien !… »
-           
Un peu court pour l’autre qui s’entête – il veut comprendre :

-          Vous avez blessé des chasseurs, brûlé des fermes. Mais vous n’avez jamais tué personne. Est-ce un hasard ?
-          J’ai visé de mon mieux.
-          Pour éviter de tuer ?
-          On n’apprend jamais rien à un gars en le tuant… On contraire, on lui fait tout oublier. Hein ? »
(P347)


Autre temps autre mœurs, encore que le braconnage contemporain en certains endroits de la planète a pris les allures d’une véritable guerre.  Mais là où sévissent les armes lourdes on n’emmène d’ordinaire pas les touristes – et sans doute rate-t-on là une occasion d’une véritable confrontation ludique …
Mais c’est une autre histoire.


Dans les pas du rêveur

Entrée de Yala (Photo par Axel)
Il faut s’imaginer le bivouac à l’aube ; réveil parmi les bêtes aux cris fantastiques dans la brousse…  Assis sur une souche, un scotch à la main à contempler au loin les animaux se succéder par ordre de préséance au marigot – vision romantique, sans doute.  
La réalité d’aujourd’hui est plus triviale, moins chargée de poésie…  Même si, sur le départ d’un mince périple dans la savane, alors que la nuit résiste encore, un pincement au cœur habille la fatigue d’un sourire inconsolé…
Certes le Sri Lanka n’est pas l’Afrique, mais tout de même… La faune y est riche (on y recense pas moins de 86 espèces mammifères, dont l’éléphant et le léopard) et s’y love de belles réserves naturelles ; parmi elles, en bonne place : Yala national park.

Prémisses (aux abords de Yala)


Priyankara hotel, à Tissamaharama (photo par Axel)

Martin-chasseur de Smyrne (photo par Axel)
Pour se mettre dans l’ambiance rien de mieux qu’une résidence située sur les franges du parc. Ainsi Priyankara hotel, à Tissamaharama situé juste au sud de la réserve. Villégiature à savourer le crépuscule venu, lorsqu’expire le ballet des martins pêcheurs (trois espèces s’y côtoient familièrement) (1) et qu’au loin se pressent au dortoir des troupes de tantales indiens ou de pélicans. C’est parfois un pygargue à ventre blanc qui surgit dans les nues essorées de soleil, houspillé par des corbeaux au courage à géométrie variable.

Parfois le cri si caractéristique d’un paon perce le marais, distillant un parfum d’exotisme ténu.
Plus proches, alors que la nuit s’installe, trainées vertes filant à toute allure les escadres de perruches à colliers défient les premières ténèbres… 


Depuis l'hôtel (photo par Axel)
Il ne restera plus alors qu’à s’installer au bar, un cocktail à la main, à regarder les insectes s’escrimer jusqu’au trépas avec les billes de lumières éparpillées dans les couloirs des nonchalances tropicales.


Into the wild



Sur un sentier, dans le parc... 
Les jeeps emplies de leurs contingents d’excursionnistes du dimanche, lèvent la poussière de l’unique piste menant à l’entrée de la réserve de Yala proprement dite. A fur et à mesure de l’approche des portes, le convoi se gonfle de nouveaux groupes, jusqu’à former une colonne presque ininterrompue de véhicules.  C’est ici que l’on prend conscience de l’impact du tourisme (plus de 150.000 visiteurs en 2002, avant une retombée pour cause de guerres civiles).  
Nous nous croyions seuls au monde et nous voici légion…   
   
Une fois acquitté le droit d’entrée, sous un ciel rouge sang incendiant les nuages le cortège reprends. La piste brun rougeâtre cernée par un désert de broussailles s’enfonce dans le parc, les sentiers bifurquent bientôt, les groupes éclatent, se retrouvent, s’agglomèrent, avant de se perdre à nouveau. Mais pour l’heure point d’horizon, juste les traines de quelques paons surpris perché sur des dortoirs improvisés. La nature qui se réveille.
Tantales, aigrettes & pélicans (photo par Axel)
L’expérience s’avère déceptive de prime abord ; cette impression de foule, ce manque de perspective y contribuent. Entre le réel et le fantasme une sorte de gouffre – ce pourquoi il proprement bon de ne s’attendre à rien !

Survient le premier trou d’eau. Premières rencontres. Des spatules blanches en nombre, accompagnées de tantales indiens. Au loin une poignée de buffles, indifférents. Et soudain, dans l’eau, l’ondulation d’un crocodile, puis un autre encore, sans compter celui assoupi sur la berge, d’aspect énorme ; un sourire figé, faussement enjôleur. Une fois l’œil exercé et les premières fébrilités passées, on se rend compte de l’importance de la population de sauriens. Un nombre qui ne parait pas émouvoir les oiseaux. Parmi eux des grandes aigrettes, des pélicans frisés, des hérons cendrés ou des échasses. Ici, un tantale rechigne même à laisser le passage au roi du marigot.


Crocodile (Photo par Axel)
Pour situer Yala d’une manière un peu plus objective :   
   
“Yala combines a strict nature reserve with a national park. Divided into 5 blocks, the park has a protected area of nearly 130,000 hectares of land consisting of light forests, scrubs, grasslands, tanks and lagoons. Two blocks are currently opened to the public.
Situated in Sri Lanka’s south-east hugging the panoramic Indian Ocean, Yala was designated a wildlife sanctuary in 1900 and was designated a national park in 1938. Ironically, the park was initially used as a hunting ground for the elite under British rule. Yala is home to 44 varieties of mammal and 215 bird species.”

Tourterelle (photo par Axel)
Yala abrite donc 215 espèces d’oiseaux.  Ici  une tourterelle tigrine, là une nuée verte et orange de colombars à double colliers, dont le ballet à de loin l’allure d’une troupe de petits perroquets. C’est aussi des paons en nombre, des coqs sauvages, ce qui ajoute à l’étrange à l’œil occidental. Il faudrait bien plus qu’une journée, bien mieux qu’une ruée en meute, où l’intérêt se porte plutôt sur les mammifères emblématiques du parc  - ce qu’ont bien compris les guides. Mais, voué à l’éternelle insatisfaction,  l’on s’accommode de ce que l’on a.


Paon, Vanneau, Martin-pêcheur, coq & tourterelles (photo par Axel)

Guêpier (photo par Axel)
Parmi les habitués du parc, le guêpier d’orient ou l’aigle huppé. Avec un peu de chance on croisera aussi, dans les secteurs côtiers le singulier Œdicnème des récifs, limicole au profil caractéristique.


Œdicnème des récif (Photo par Axel)
Le secteur boisé se compose quant à lui essentiellement du bloc I du parc et de milieux ouverts de pâturages et de prairies.

Mais le sentier s’incline désormais vers la mer. C’est que le petit déjeuner des aventuriers d’un jour a traditionnellement lieu non loin de Patanangala, un affleurement rocheux magnifique situé sur la plage de Yala. C’est là que se regroupent les véhicules, à l’ombre. Il est alors bon de s’éloigner vers le rocher, sans oublier de visiter les trous d'eau, lagons et mangroves…


Dans le parc... (photo par Axel)

Paon (photo par Axel)

A l'approche du rocher (photo par Axel)

Rocher de la plage de Yala (Photo par Axel)
A Yala chacun en son for intérieur espère croiser un léopard. C’est en effet dans cette réserve que l’on trouve l’une des plus grandes densités de ces félins au monde. Alors on guette. Ici les singes donnant l’alerte, là un groupe de daims prenant subitement la fuite. Mais la rencontre avec le seigneur des lieux demeure hasardeuse. D’ailleurs les statistiques locales, de 1 léopard au km2, reflètent plutôt un biais pour attirer les touristes. La réalité se situerait aux alentours de 0,18 individus au km2, ce qui reste exceptionnel.
Dans ce sanctuaire animalier on rencontrera par contre à coup sûr des éléphants en nombres. Des troupeaux (la population y est estimée à environ 400 individus) comme des individus isolés – parfois certains s’aventurent même sur le sentier à l’assaut des véhicules pour soutirer à des touristes imbéciles de la nourriture…


Sanglier (photo par Axel)

Daims (photo par Axel)

Elephant (Photo par Axel)

Aigle huppé (Photo par Axel)
Mais le soleil une fois dépassé le zénith que sonne déjà le glas de l’escapade. Et de se diriger vers la sortie. On ressort de l’expérience avec un sentiment de trop peu. Une frustration mêlée néanmoins d’émerveillement ; se disant : une autre fois peut-être. Autrement ! 


Éléphant  (Photo par Axel)

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(1)    Martin-chasseur de Smyrne, Martin-pêcheur pie et Martin-pêcheur d’Europe.

3 janv. 2015

Les demoiselles de Sigiriya ; Kassapa, entre les pattes du lion

Demoiselles de Sigiriya (Photo par Axel)

An 478 de notre ère, sur cette île qui deviendra bien des siècles plus tard le Sri Lanka, Kassapa cherche à forcer son père, le roi Dhatuseva, à lui révéler l’emplacement du trésor royal. Refus de ce dernier. Il le menace alors d’assassinat. La légende rapporte que le roi céda finalement, à la condition de pouvoir prendre un bain dans les eaux d’un grand réservoir à Anuradhapura, sa capitale, dont la création avait couronné son règne. Une fois dans le bassin, debout le roi aurait ouvert large les bras, déclarant que là se trouvait le trésor tant convoité. Le fils, peu versé dans cette symbolique lustrale, pour toute réponse précipita enragé le fauteur de ses jours dans une minuscule geôle, l’abandonnant emmuré à son sort funeste.

Rocher de Sigiriya (Photo par Axel)
La réalité est sans doute plus prosaïque. Kassapa, fruit d’une union morganatique, ne pouvait en effet prétendre au trône, son jeune demi-frère, Mogallana, fils quant à lui d’une princesse, ayant été proclamé par le roi héritier légitime du royaume Cinghalais. L’assassinat s’imposait donc à ses yeux. Il faut dire que tel procédé était plutôt monnaie courante à l’époque. En effet, parmi les premiers rois d’Anuradhapura « 15 vont régner moins de 1 an, 22 seront assassinés par leurs successeurs, 6 par d’autres personnes, 4 se suicideront, 13 mourront au combat et 11 abdiqueront »[1]. C’est en quelque sort ce qu’on pourrait appeler la paix bouddhique… 
Notons pour l’anecdote que les bouddhistes « s’ils  répugnent à utiliser le poignard ou l’épée, l’île met à leur disposition plus de 50 plantes toxiques. Ainsi, la reine Anula empoisonne son mari pour s’emparer du trône, puis utilise encore ses fioles quand elle se lasse de ses cinq amants successifs ; (…) Ne trouvant plus de volontaires prêts à partager sa couche elle règne seule 4 mois encore avant d’être assassinée par son beau-fils »[2].  
Le jeune demi-frère du parricide, Mogallana, réfugié en Inde, mettra 18 ans avant de pouvoir lever une armée pour venir reprendre le trône.
Entretemps, Kassapa ayant abandonné Anuradhapura par peur des représailles, a fondé une nouvelle cité à Sigiriya, un lieu sacré qui attire les pèlerins depuis le troisième siècle av JC et a abrité au fil des siècles de nombreuses communautés de moines ermites. Il s’y fait construire une forteresse inexpugnable sur le sommet du roc dominant la plaine, un bloc qui culmine à 200 m d’altitude ; le rocher du lion « Simha-giri ».
Mais ne voyant point signe de son demi-frère, Kassapa transforme peu à peu la forteresse perchée sur ce nid d’aigle en véritable palais royal, et donne au rocher la forme d’un gigantesque lion couché ; l’entrée se faisant par un escalier abrupt qui mène au sommet passant au travers la gueule d’un lion géant dont il ne reste aujourd’hui que les pattes. L’effet devait être saisissant. Quelques poèmes retrouvés sur le mur dit du miroir en attestent. Un mur où les visiteurs de site, depuis 1500 ans ont inscrit d’innombrables graffitis ; messages anciens et modernes entremêlés. Parmi eux un poème se réfère à la « face du grand lion » et permet de déduire qu’il fut relativement bien préservé au moins jusqu’au 9ieme siècle. Cet autre encore l’évoque :

We saw at Sihigiri
The king of lion
Whose fame and splendour
Remain spread
In the whole world.

Entre les pattes du lion (Photo par Axel)

Patte du lion de Sigiriya (photo par Axel)

Kassapa ajoute au complexe mille agréments : de vastes jardin d’eau, et 550 fresques mettant en scène des femmes à demi-dénudées, les Demoiselles de Sigiriya – nous y reviendrons.

Lorsque Mogallana se manifeste enfin en 495, Kassapa, poussé par une pulsion incompréhensible, descend de son rocher et se lance dans la plaine à dos d’éléphant à la rencontre de son destin. Défait sur une fausse manœuvre il se retrouve isolé, avec son armée en déroute. Il se plonge alors une dague dans la gorge, tombant mort aux pieds de sa monture. Mogallana, victorieux, fera occire un bon millier de courtisans et de proches de Kassapa avant de s’en retourner à Anuradhapura à laquelle il rendra le statut de capitale.

Sigiriya redeviendra un centre monastique, avant de disparaitre de l’histoire du Sri Lanka aux environs de la fin du XIIIe ou du XIVe siècle. Le site deviendra enfin au milieu du XVIe siècle un avant-poste militaire.

Sur le sommet, bassin (photo par Axel)

Vue du sommet de Sigiriya (photo par Axel)

Déambulations à Sigiriya
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Les demoiselles de Sigiriya [3]

Rocher de Sigiriya - zone des peintures
Les demoiselles sont une commande du roi Kassapa ; ce décor mural couvre la surface à pic de la paroi (à plus de 100 m du sol) à laquelle on accède désormais via un escalier en colimaçon posé à flanc de colline. Aujourd’hui il ne reste que 21 représentations de femmes aux seins nus, des bustes portant des corbeilles de fruits et de fleurs. Ces fresques ne représentent qu’une toute petite fraction de l’œuvre originelle ; il y en aurait eu environ 500 déployées sur 150 m de falaise et dans sa partie la plus large 40 m de haut. Un des premiers récits note que « la totalité de la face de la colline semble avoir été une gigantesque galerie de peintures ». 

Ces œuvres, empreintes de naturalisme et sensualité, ne rassemblent à aucune autre connues ; elles ne sont pas dans le style de l’époque où l’on rencontrait des représentations stylisées de thèmes bouddhiques.

Demoiselles de Sigiriya (photo par Axel)
Les peintures de Sigiriya ont été le point de focale d’un considérable intérêt à la fois dans les temps anciens et modernes. Les poèmes sur les graffitis du mur aux miroirs (allant du 6ieme au 13ieme siècle) sont principalement adressés aux demoiselles des peintures ; peintures qui semblent aussi avoir été étudiées et reproduites au XVIIIe siècle par les artistes de Kandy. Des références d’antiquaires se rapportant aux figures des fresques remontent aux années 1830. Et les premières descriptions détaillées au 19ieme sont basée sur une observation faite au télescope depuis les jardins situés en contrebas.

La nature fragmentaire de ces œuvres et leur location inhabituelle ont conduits à de multiples interprétations. Leur signification est resté cependant longtemps assez mystérieuse, même si aujourd’hui l’une d’entre-elles semble devoir s’imposer nettement aux yeux des spécialistes.


Demoiselles de Sigiriya (photo par Christophe)

Parmi donc les interprétations méritant attention, trois dominent. Celle de HCP Bell (1897), ainsi que celles de deux autres chercheurs sri lankais, Paranavitana et  Coomaraswamy.

L’idée de Bell était que ces bustes représentaient les demoiselles de la cour de Kassapa, beautés célèbres  peintes lors d’une procession votive au sanctuaire de Pidurangala. Néanmoins cette interprétation relève d’une construction purement imaginative et n’a pas de précédent dans la tradition sociale et artistique de la région ou de la période. Et pour rester dans cette lignée interprétative, il semblerait plus probable que les demoiselles de la cour et leurs costumes et ornements aient fournis des modèles aux artistes de Sigiriya.

Demoiselles de Sigiriya (photo par Axel)
La suggestion de Paranavitana est que les peintures représentent des princesses de la foudre (vijjukumari) et les demoiselles des nuages Damsels (meghalata). C’est une interprétation à la fois plus littéraire et sociologique, faisant partie de son hypothèse tentant, de manière plus globale, d’expliquer Sigiria comme l’expression du culte de la divinité royale, avec le palais vu comme une reconstruction symbolique du dieu de la richesse. Cependant cette identification apparait aujourd’hui comme une surinterprétation, trop spécifique pour être acceptée en sa totalité.

L’interprétation enfin de Coomaraswamy voit dans les demoiselles de Sigiriya des Apsaras, nymphes et danseuses célestes. Cette interprétation est  en lien avec une tradition bien établie du sud asiatique, et n’est pas seulement la plus simple mais aussi la plus logique interprétation. Des études récentes ont renforcées cette idée : les Apsaras sont souvent représentées dans l’art et la littérature comme des êtres célestes portant des fleurs et les dispersant parmi les rois et héros lors de célébrations de victoire ou d’héroïsme.

Nous pouvons donc dire avec presque certitude que les demoiselles de Sigiriya sont des nymphes célestes, très similaires dans leur essence à celles qui vont leur succéder 13 siècles plus tard : le panneau « les filles de Mara » à Dambulla. Il est aussi probable que ces fresques ont plus d’un sens et d’une fonction ; comme être l’expression de la grandeur royale, mais aussi une évocation artistique de la vie à la cour, sans oublier la dimension esthétique tant qu’érotique de ces œuvres
Le style des peintures fut aussi longtemps une question controversée. Certains les ayant vues comme une extension de l’école d’Inde centrale d’Ajanta, d’autres les interprétant comme issues d’autres traditions, ainsi celle de Sittanvasal dans le sud de l’Inde.
Cependant, l’historien américain Benjamin Rowland, qui fut parmi les premiers à observer avec attention la technique picturale des demoiselles, nota qu’elles différaient de la tradition Ajanta aussi bien que celles des autres traditions du sous-continent indien :

« The Sigiriya paintings outside of thier exciting and intrinsic beauty are perhaps most notable for the very freedom they show at a period when the arts were tending to become more and more frozen in the mould of rigid canons of beauty… The Apsaras have a rich, healthy flavour that, in contrast, almost makes the masterpieces of Indian art seem sallow and effete in over-refinement… »
(B. Rowland, The Wall-paintings of India, Central Asia and Ceylon)

Son avis est aujourd’hui largement partagé, et on voit dans les demoiselles un style unique, propre à l’art régional.
« Ainsi ces peintures représentent l'exemple le plus ancien conservé de l'école réaliste classique sri-lankaise, un style déjà pleinement évolué lorsque nous rencontrons d'abord dans le courant de 5ème siècle à Sigiriya »
Demoiselle de Sigiriya (photo par Axel)

Demoiselles de Sigiriya (photo par Axel)

Pour donner une idée de la taille des peinture

La fille de votre serviteur sous une des peintures




[1] Sri Lanka, Bibliothèque du voyageur Gallimard
[2] Op cité.
[3] L’essentiel des informations de cette partie consacrée aux demoiselles de Sigiriya  provient d’un livret de Senake Bandaranayake, « Sigiriya : City, palace, gardens, monasteries, paintings ».