Blogue Axel Evigiran

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La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à se perdre dans les labyrinthes de l'esprit dilettante ?


A la vérité, rien n’est plus savoureux que de muser parmi les sables du farniente, sans autre esprit que la propension au butinage, la légèreté sans objet prédéterminé.

Broutilles essentielles. Ratages propices aux heures languides...


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22 mars 2024

Instants photographiques 1 – Oiseaux 2018 – 2020

Voici le partage de quelques instants choisis, saisis en la compagnie des oiseaux. Chacun de ces clichés a son histoire.

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Fin mars 2019, seul au large de la baie de somme, après 8 km de marche j’atteint le banc de l’Islette. Derrière les dunes qui coupent le vent, dans une zone relativement plate, parmi les oyats et la végétation rase je tombe sur un groupe de passereaux au nourrissage – ils sont au moins trente. Mon sang ne fait qu’un tour : ce sont des alouettes hausse-col ! Une première photographique pour moi. (L’espèce est migratrice et l’on n’en rencontre que peu en hiver dans les zones côtières fort localisées).

 

Alouette Hausse-col (photo par Axel)

Alouette Hausse-col (photo par Axel)

Toujours en baie de Somme, cette fois en mai 2019, au sortir du chemin côtier situé non loin de Queend-plage, je distingue depuis le sommet des grandes dunes qui dominent le paysage un groupe d’oiseaux. Des limicoles au « jizz » (1)  caractéristique : des barges ! Elles sont sur la ligne de la marée, fort haute. J’ai la chance d’être seul. Je m’approche et précise : des barges rousse – mais un promeneur que je n’avais pas vu se rapproche et les échassiers s’envolent à contre vent, un instant faisant du sur place avant de virer de bord. Je fixe la rencontre dans mon objectif !

 

Barges rousses en vol (photo par Axel)

Barge rousse (photo par Axel)

En mai 2020, dans le Pévèle, sur les petits sentiers que je connais bien autour de la ville de Templeuve. C’est la saison des amours chez les bergeronnettes printanières. Elles me devancent le long du sentier ; s’envolant à mon approche, avant de se reposer un peu plus loin. C’est alors qu’un mâle en plumage nuptial se perche sur piquet dont la teinte rappelle celle de l’oiseau ! 

 

Bergeronnette printanière (Photo par Axel)

Je suis en forêt, dans le parc des 5 Tailles, non loin de Thumeries. C’est la fin juillet 2018. Un rapace criaille au-dessus de moi. Son comportement est singulier : visiblement je le dérange (un nid pas loin peut-être ?). Il cercle vraiment bas. Je fais quelques clichés avant de m’éloigner pour éviter de trop le gêner. Je regarde le résultat : ce que j’avais pris pour une buse variable est en fait une bondrée apivore, un visiteur d’été sous nos latitudes.

 

Bondrée apivore (photo par Axel)

En août 2018, en Corse, j’ai pris l’habitude le matin avant de partir en balade, ou le soir une fois rentré, de me poster sur la terrasse de notre bungalow, et observer les oiseaux passant à proximité. Il y a en général pas mal de gobe-mouches gris et les mésanges habituelles. Mais dans un arbuste un peu plus loin mes jumelles s’ajustent sur un passereau inhabituel pour moi. C’est un granivore… Par élimination je le range parmi les bruants. J’immortalise l’instant dans mon zoom. Et après avoir compulsé mon guide Ornitho j’en déduis un bruant zizi. Une coche !   

Bruant Zizi (photo par Axel)

Février 2019. Avec mon pote d’enfance avons décidé de nous rendre Belgique près d’un lieu dénommé Harelbeke, dans une zone marécageuse où se trouve un observatoire. Nous restons là planqués à l’affut une bonne partie de la matinée. Et tandis que vais me soulager dans un buisson plus loin se pointe un butor étoilé, une espèce qui m’échappe toujours (on a chacun ses espèces pas forcément rares mais qu’on ne parvient jamais à observer – nos petites malédictions de miroiseur). L’anecdote le fait bien marrer. Mais je tirer vengeance peu après en photographiant pendant sa courte absence une buse variable, passée en vol juste devant mon nez !

 

Buse variable (photo par Axel)

Avril 2018 dans le parc du Marqueterre, fort peu fréquenté. Le ciel est bleu limpide. Je savoure ces moments privilégiés. Sur l’eau les oiseaux batifolent : sarcelles d’hivers, canards siffleurs, souchets et pilets … Une journée avec une quarantaine d’espèces croisées 

Groupe d'anatidés ( photo par Axel)

A la réserve du Pont de Gau en Camargue en aout 2019 … Les flamants roses sont rois ! Etrangement ce ne sont pas pour moi les oiseaux les plus faciles à photographier. Il me faudra de nombreux essais avant d’obtenir un cliché qui me satisfasse … 

 

Flamand rose (photo par Axel)

Toujours en août 2019. Au Grau du roi, le soir nous avons, devant notre terrasse, un visiteur régulier. Il s’agit d’un hardi goéland Leucophée, le cousin méridional du goéland argenté. L’individu, un immature, a pris l’habitude de venir quémander de la nourriture – les quelques soirée ou il ne vient pas, sa présence nous manque … 

Goéland Leucophée (photo par Axel)

Début mai 2019, sur l’arrière de la Baie de Somme, non loin des rails du train à vapeur qui relie la commune du Crotoy à celle de Saint-Valery, dans un secteur un peu trop connu des photographes, se rencontrent la panure à moustache ainsi que la fameuse gorgebleue à miroir. Il s’agit d’une espèce migratrice qui vient nicher dans nos contrées et arrivant dans les Hauts-de-France dès le mois de mars. Ici un beau mâle occupé à nourrir sa progéniture … 


Gorgebleue à miroir (photo par Axel)

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(1) Pour une définition du mot :

 https://www.ornithomedia.com/pratique/debuter/definition-jizz-00392/

22 déc. 2023

Rencontre en baie de Somme

En baie de Somme ... (photo par Axel)

La baie de Somme et ses grands espaces …

Un lieu magique qui offre le privilège, pour peu que l’on s’y rende hors saison, de pouvoir savourer quelques lampées de solitude choisie ; d’être opportunément tenu éloigné des fauteurs de bruits pour qui tout n’est qu’environnement et défouloir …


Parcours ...

Ainsi ce jour de début décembre, jour de neige, où il me fut loisible de croiser sur la journée, lors d’une boucle de 21 km à un rythme de tortue, plus de 40 espèces d’oiseaux – et si peu de mes congénères. Et d’admirer ces paysages au vaste ciel contrasté ; un véritable bain de couleurs. Un parcours rituel qui s’ouvre sur 3 km entre pins, lande et massif dunaire, avant de rejoindre la plage et ses alignements de piquets à moule, visibles à marée basse. Et de là, plonger au sud vers la baie et dépasser le banc de l’Islette, empruntant un petit sentier qui serpente entre dunes et maquis, inondé et pris de glace, pour aller enfin lorgner du côté de l’observatoire du Marquenterre situé côté baie.

 

Sentier gelé (Photo par Axel)

Sentier gelé (Photo par Axel)

La plage (Photo par Axel)

Y rester plus d’une heure, tranquille, à contempler le bruissement de la nature. S’émouvoir de la venue d’un martin-pêcheur, prenant la pose dans un rayon de lumière, tandis que sur le plan d’eau et dans la roselière la vie s’ébroue … Parmi les espèces notables, deux visiteurs d’hiver, des anatidés : le garrot à-œil-d ’or et le harle piette – j’en compte trois (2 mâles et une femelle). Passe à deux reprises, d’un vol chaloupé, une femelle ou un immature de busard des roseau … La réserve est fermée, tout est calme, le temps suspendu à un vol de bruant des neiges …

Busard des roseaux (photo par Axel)

Harle piette (Photo par Axel)

Huitrier-pie (photo par Axel)

Martin-pêcheur (photo par Axel)

Mais en cette saison les jours se font courts, et dès le début de l’après-midi il faut songer à rebrousser. Cela tombe bien car c’est la marée haute ; un faible coefficient cependant et, pour se mêler aux limicoles, il faut prendre droit vers le large pour rejoindre le fil des vaguelettes, là où elles grignotent le sable …  Posés sur l’horizon des bancs de goélands où se mêlent quelques cormorans. Plus loin une nuée d’huitriers-pies vient au reposoir, accompagnés de trois ou quatre pluviers argentés. Sachant les pies de mer plutôt farouches je les contourne afin de ne pas les fatiguer, et cherche dans mes jumelles les petites boules nerveuses des bécasseaux. Ceux-là, pour peu que l’on y mette les formes, se laissent approcher parfois à quelques mètres de distances, poursuivant fébriles leur activités, indifférents au photographe accroupis à quelques pas.

Oie cendrée & phoque (photo par Axel)

C’est alors qu’au loin j’aperçois dans mes jumelles deux masses sombres qui se détachent sur le plat de la baie, à la limite des flots. Je dois être à 400 où 500 mètres de distance. Je dirige mes pas droit sur l’objet de l’intrigue, faisant des arrêts réguliers. Et d’élucider bientôt l’un des deux mystères :  une oie cendrée ! L’autre me semblant être un gros morceau de bois amené par la marée.

A mon approche l'oie se résout à s'éloigner en nageant. Sa présence, solitaire à cet endroit et son comportement me fait songer à un oiseau blessé, incapable de voler. Quant au bout de bois il me semble bouger légèrement. Un phoque !

Phoque (photo par Axel)

Soleil descendant sur la baie (photo par Axel)

Lumières de la baie (photo par Axel)

L'animal est de dos et je m’approche à une dizaine de mètres, signalant ma présence en faisant du bruit. Il tourne sa tête dans ma direction et avec maladresse se dirige sur moi. Surpris par ce comportement je songe à un individu en détresse. Il pousse parfois des petits cris me fixant de ses grands yeux tristes, basculant sur le flanc, puis vient pratiquement se blottir entre mes bottes. Que faire ? …  Faute de réseau, je le géolocalise et me convainc, au bout d’un bon quart d’heure de tergiversation, de partir avec l’idée de croiser quelqu'un pour lui exposer la situation – je me retourne à plusieurs reprises ; j’ai le sentiment de l’abandonner ... Autour de lui s’activent des bandes de bécasseaux Sanderling, auxquels je ne prête que peu d’attention, obnubilé que je suis par l’animal. Au bout d’un gros kilomètre, je fini par croiser deux jeunes femmes qui, motivées par mon récit, m'accompagnent jusqu'à l'animal, ayant réussi à appeler les pompiers. Ces derniers nous mettent alors en relation avec l'association locale qui gère ce genre de cas. Gros soulagement !



Mais le ciel commence déjà à se teinter de sombreur et je me décide à rentrer, afin d’arriver avant la nuit – la fatigue et le froid se font sentir ... Quant aux deux femmes, elles préfèrent rester encore un peu au chevet du phoque – désormais localisé et pris en charge. L’une d’elle me promet de me donner des nouvelles.

 

(photo par Axel)

De fait, je reçois en soirée un message où elle m’explique qu’elles ont été rappelées par la responsable de l’association locale de la protection de la nature, et qu’il s’agit, au vu des photographies, d’un bébé ayant été déjà signalé la veille. Que les naissances de phoques gris dans la baie de Somme étaient rares mais pas inhabituelles. Qu'il n'était pas anormal qu'il soit seul pour une durée de 1 à 3 jours, la mère étant occupée à chasser. Bref il n'avait pas besoin d'assistance et se trouvait en bonne santé, que bientôt il ferait ses 35 kg …

 

Une histoire banale et à la fois singulière. Touchante.

26 juin 2023

L’âme des arbres

 

Branchages en majesté ! (photo par Axel)

« La douceur de l’ombre », est un essai de l’historien Alain Corbin. Délicatesse de l’érudition en pointillée ; invite aux songeries sous le couvert d’un bosquet ou à l’abri des branches hautes d’un arbre séculaire. Le sous-titre, « L’arbre source d’émotions de l’Antiquité à nos jours », résume bien cet ouvrage inclassable, placé sous le signe de la conversation, et que l’on prend plaisir à savourer avec une jouissive lenteur …

 

Ondulations ... (Photo par Axel)

L’un des chapitres s’intitule « L’âme des arbres ». On y apprend qu’avant « que Platon ne traite le sujet, Anaxagore, Démocrite, Empédocle accordaient aux plantes – donc aux arbres – la sensation (…et que) les présocratiques nommaient homicides les coups portés aux arbres »

Platon justement, « considère les végétaux comme des animaux immobilisés ». Aristote s’en distingue, faisant preuve quant à lui « d’une vue réductrice de la vie végétale. Il prive les plantes de perception, de sensation de réflexion ». Plus tard, les pères de l’Eglise partageront les vues du Stagirite. « Ainsi Saint-Augustin ridiculise ceux qui parlent de la souffrance des plantes ».

Avec Descartes, le végétal « se trouve réduit ‘’ à de simples forces mécaniques agies par la puissance ouvrière de Dieu’’ ». Comment s’en étonner ? Il faudra attendre les libertins érudits, inspirés par la philosophie de la nature de Campanella pour opérer à une « réévaluation positive de la situation des plantes dans l’échelle des êtres ».

 

D’autres exemples et considérations fourmillent dans cette promenade à pas feutrés au pays des arbres. Ainsi, « Novalis évoque l’âme des arbres » et selon « Châteaubriand et Hugo, la nature entière participe d’une même vie ». Mais a contrario pour Hegel « l’arbre n’est qu’un agrégat d’individus. Chacune de ses parties est abandonnée à elle-même ».

 

Pour l’anecdote enfin, « selon la Mothe le Vayer, un olivier mourut pour avoir été planté par une femme de mauvaise vie ».

Solitaire ... (photo par Axel)


25 sept. 2022

Promenade à la Mothe-Chandeniers

 

Vue des façades Sud et Est (photo par Axel)

S’il est des lieux qui suintent le romantisme, au sens d’une poétique des ruines, l’archétype en est assurément le château de la Mothe-Chandeniers.

A déambuler dans la région de Chinon, entre la forteresse royale et les chais à flanc de falaise ou il est bon de se rafraîchir tout dégustant un cru millésimé, le détour est imperceptible, surtout si on arrive par Loudun et ses diables, méditant sur le destin torturé de Sœur Jeanne, dite des Anges

 

Arrivé aux Trois-Mouthiers, entre les cours paisibles de la Barousse et de la Boire, la vue du château depuis le parking n’est guère engageante. Ne dépassent en effet au-dessus des arbres que les toitures d’une poignée de tours emballées dans un dense treillis d’échafaudages. De quoi refroidir les élans lyriques, et d’être tenté de passer son chemin. Mais, contrairement au dicton, les premières impressions ne sont pas forcément les bonnes … Et passé le guichet, une fois engagé dans le parc, abordant les ruines par leur versant sud c’est le ravissement !  

 

Ramier perché (photo par Axel)

Vue de la façade Sud (Photo par Axel)

Balcon de la façade Sud (photo par Axel)

Façade Sud (Photo par Axel)

Abandonné pendant près d’un siècle et retourné à la nature le château fut racheté en 2017 par une société à fonds participatifs, devenant à la foulée la plus grande copropriété du monde. Ainsi est-il possible, à peu de frais, de devenir Co-châtelain de la Mothe-Chandeniers et de contribuer à la préservation et la restauration du château, en conservant bien sûr la féérie des lieux … La nature entremêlée à la pierre et ses reflets d’eau ; inextricablement embrassés.

 

« Le château forteresse est mentionné dès la fin du XIe siècle sous le nom de la Mothe-de-Bauçay. Hugues III de Bauçay en est probablement le seigneur et bâtisseur. Cette puissante famille possédera cette terre jusqu’au début du XVe siècle. A cette époque, Marie de Bauçay apporte le château en dot à Guillaume de Chaunay, seigneur de Champdeniers (Deux Sèvres). La famille de Rochechouart prend possession des lieux en 1448 lorsqu’Anne de Chaunay se marie à Jean de Rochechouart, formant ainsi la branche des Rochechouart-Chandenier. Le château porte alors le nom de la Mothe-Chandenier ou Mothe-de-Bauçay.[1] »

Je passe ici les détails, mais le château passera ensuite, au fil des siècles entre différentes mains et sera reconstruit dans les années 1870 dans un style néogothique. Le feu le ravagera en 1932 et il tombera peu à peu à l’état de ruine ; des ruines ou la nature reprendra ses droits, conférant au fil des ans un aspect fantastique à l’édifice …

 

Angle de la façade Est (photo par Axel)

Miroir d'eau (photo par Axel)

Balcon vénitien de la façade Est (photo par Axel)

Des arbres sinuent aux fenêtres, des grappes de lierre plongent des balcons. La blancheur de l’architecture tranche idéalement avec le glauque limpide des douves. Sensation renforcée par la verdure s’élançant des murs. Ici ou là des branchages cherchent le ciel et la lumière. Les oiseaux viennent s’y reposer. Des ramiers et des tourterelles, des rougegorges flamboyants et des mésanges afférées … Les recoins et les niches sont aussi le domaine des troglodytes aux chants explosifs … S’ébrouent parmi les buissons les grives et les merles furtifs qui viendront au crépuscule se percher haut pour nous enchanter de leur répertoire. Et la nuit venue on imagine bien venir se poser dans l’échancrure d’un mur, une chevêche d’Athéna – vigie du domaine. Sans oublier au printemps la mélodie du rossignol, si chère à Châteaubriand.

 

La visite des lieux s’inscrit dans une circonvolution trigonométrique, cercle à rebours qui se termine par la cour intérieure. Bref, pour l’essentiel une promenade nonchalante et rêveuse autour du château.

Chaque façade a son charme et ses mystères.

La façade sud est la première que l’on découvre. L’effet est saisissant et on ne lasse pas d’admirer on ne sait d’ailleurs trop quoi - à boire l’ambiance si particulière qui se dégage de ce fragile équilibre entre nature et architecture. Impressionnés sans doute par l’harmonie des lieux ; cette délicatesse silencieuse et un peu flottante …

On emprunte alors un pont suspendu en bois qui amène nos regards sur la façade est, là où se trouvent la terrasse et le balcon vénitien. Le lichen y prospère et poussent des petits cornouillers. Au fils de l’eau, entre deux tours opportunément dissymétriques, les arches et colonnades se mirent dans le miroir à la fois mouvant et immobile de l’onde.

Façade Nord (photo par Axel)

Pont qui conduit à la cour intérieure (photo par Axel)

Mécanisme de l'écluse (photo par Axel)

De la façade Nord on retiendra surtout le romantisme du mécanisme rouillé actionnant les écluses de la douve du château. Altérité du métal et de ses engrenages …  

Dans la cour intérieure enfin, redevenue sauvage, se côtoient le blason des famille Ardouin et D’Ornezan et les mousses, les fougères et la verdure de l’ombre venue recouvrir d’anciens escaliers.

Cour intérieure (photo par Axel)

Cour intérieure (photo par Axel)

Cour intérieure (photo par Axel)

Cour intérieure (photo par Axel)

Cour intérieure (photo par Axel)

Cour intérieure (photo par Axel)



9 juin 2022

Des Calanques et de grotte Cosquer …

Vue depuis le belvédère Sugiton (photo par Axel)

Des paysages irracontables, en escarpements au-dessus du bleu céruléen de la Mare Nostrum … A s’épuiser de bonheur sur les sentiers ardus de rocailles blanches. Le vide à portée d’œil. Les calanques marseillaises sont l’un de ces lieux où l’on éprouve la petitesse de l’humain, la vacuité des ambitions.


Y serpentent foultitudes d’invites à l’aventure, des occasions de repousser nos limites, pour le meilleur. Car au mot randonnée, pire celui de « randonnée sportive[1] » il est loisible de préférer celui de périple – et qualifier le marcheur d’arpenteur de l’infime ! Car les calanques ne se savourent point au pas de course.

 

Sur le côté de la calanque Sugiton (photo par Axel)

Le mot Calanque dit-on provient d’un vieux vocable provençal, calo, désignant une « petite crique rocheuse ». Quant au suffixe anca, il indiquerait une pente rapide. Mais les mots sont toujours courts pour décrire la nature en majesté. Car l’aridité de ces étendues blanches et tortueuses, picorées du vert de la végétation souvent rase, tombant en à-pic dans la mer aux reflets changeants, sont d’une beauté époustouflante. Un spectacle qui se mérite !

Hélas les calanques sont victimes de leur succès et d’aménagements qui permettent de rejoindre trop aisément à notre goût les quelques plages lovées au creux des criques – « l’esprit Démocratique » frappant où il peut. Et, dès le matin, c’est vite le déversoir des foules en mal de plongeoirs. Au point d’envisager de restreindre l’accès à la Calanque du Sugiton, la plus touchée : "Certains jours, nous sommes à 2.500 personnes et nous aimerions baisser entre 400 et 600 visiteurs au quotidien”. Un mal nécessaire 


La calanque Sugiton tel que vous ne pourrez la voir en haute saison (photo par Axel)

La calanque Sugiton tel que vous ne pourrez la voir en haute saison (photo par Axel)

Aussi, pour qui le peut, les calanques se pratiquent hors saison. En mars il ne s’y trouve presque personne, en mai cela devient problématique (heureusement la plupart ne viennent là que pour se dorer au soleil – et les sentiers escarpés restent assez désertés pour pouvoir savourer l’esprit des lieux). En été c’est l’enfer !

 

Au-dessus de la calanque Sugiton (photo par Axel)

Au-dessus de la calanque Sugiton (photo par Axel)

Parcours

Mais assez de généralités et allons au col, puis au belvédère du Sugiton. Y pauser sur un petit promontoire de pierre tandis que filent dans le vent les martinets noirs ; et jouir d’une vue panoramique allant de l’archipel de Riou jusqu’aux falaises de Cassis. Puis plonger vers la calanque, passant sous l’ombre de la Falaise des toits. Prendre un bain de mer avant de grimper l’échelle de fer en direction du cap Sugiton. Ensuite, le passage s’il n’est pas périlleux, nécessite cependant un peu de mollet, à éviter pour qui est sujet au vertige – dans cette partie du périple on a parfois la surprise de croiser des olibrius en tong et short de bain, ceux-là même qu’il faut aller ensuite secourir et dont l’inconscience pousse parfois les autorités à fermer les sentiers … 

L'échelle (photo par Axel)


Sentier du Sugiton (photo par Axel)

Lorsqu'il est préférable de se laisser couler sur la pente (photo par Axel)

(Pour ceux qui ont FB : votre serviteur dans la pente !)


Mais rejoignons la calanque de Morgiou et son petit port. De là, empruntons la corniche du Renard, avant de gravir la crète Morgiou. Le sentier fait ensuite une courbe en U jusqu’au fortin de Morgiou, enfin ce qu’il en reste, une place forte presque confondu avec la rocaille. Puis descendons vers la mer vers la pointe de la voile, falaise abrute, et suivons l’anse située au-dessus de la grotte Cosquer. Alors pousser à l’extrême, jusqu’à la calanque de la triperie.

 

Vue depuis le cap Sugiton (Photo par Axel)

Anse de la Triperie (photo par Axel)

Port de Morgiou (photo par Axel)

La corniche du Renard (photo par Axel)

Le fortin (Photo par Axel)

De la grotte Coquer justement, dont l’entrée se situe aujourd’hui à 37 mètres sous les flots… Un épisode de l’émission Carbone 14 sur France-Culture en janvier de cette année lui fut consacrée… On y apprend, entre autres, que le site, déclaré en septembre 1991, ne contient pas moins de 550 représentations pariétales (peintures et gravures) dont les plus anciennes remontent à environ 27 000 ans - fréquentation de la grotte échelonnée sur 12 000 ans environs (de 27 000 à 15 000 – du gravettien au magdalénien).

Source : Office de la mer

Pour les représentions animales, l’espèce la plus courante sont les chevaux (84), suivis des bouquetins (34). En troisième position viennent les bisons et aurochs (28). Après les cerfs et les biches on a les phoques (14), particularité de la grotte Cosquer ainsi que quelques pingouins (4) et d’autres espèces encore ; un bestiaire très vaste ! 

Une réplique de la grotte Cosquer vient d’être inaugurée (4 juin) dans le bâtiment de la Villa Méditerranée à Marseille.

 


Ainsi, marchant sur le sentier des crêtes de Morgiou, on se trouve sur les traces des chasseurs-cueilleurs de la préhistoire qui parcouraient ces paysages magnifiques, avant que notre espèce ne se sédentarise. Certes, le niveau de la mer était alors beaucoup plus bas, le climat fort différent et les nuits plus pures. Mais l’on ne peut s’empêcher de rêver à la poussière du temps qui s’écoule. De ces époques reculées, étirées sur de millénaires aux accélérations modernes, avec les saccages commis à l’ère de l’anthropocène …

 

Vue depuis la crête Morgiou (Photo par Axel)

Mais reprenons nos pérégrinations méditerranéennes. Au reposoir en surplomb de l’anse de la Triperie, il est bon de savourer le fracas de flots, et boire la ligne d’horizon jusqu’à plus soif. Et, dans l'après-midi bien avancé, une fois reposés rebrousser chemin pour retrouver le col du Renard (86 m) et, dans un ultime effort, escalader la crète Morgiou et atteindre le Cancéou (222 m) sur une pente raide, dans la caillasse – peut-être la partie la plus éprouvante du parcours. Enfin dévaler la montagne, contournant le port de Morgiou, et remonter parmi les hommes, vers le point de départ.

 

Il y aurait tant encore à broder. Mais mieux vaut marcher … Marcher les sens en éveil.


Sur le chemin du retour ... (photo par Axel)

Petit détour pour voir au loin la calanque de Sorgiou (photo par Axel)




[1] Ces gens épris de performance, en tenue fluo, équipés comme des pros et équipés en général de bâtons qui s’entendent à des kilomètres.