Blogue Axel Evigiran

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La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à se perdre dans les labyrinthes de l'esprit dilettante ?


A la vérité, rien n’est plus savoureux que de muser parmi les sables du farniente, sans autre esprit que la propension au butinage, la légèreté sans objet prédéterminé.

Broutilles essentielles. Ratages propices aux heures languides...


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15 juil. 2019

Frédérick Catherwood, Méhémet Ali, Machiavel et les mayas


L’explorateur et illustrateur Frédérick Catherwood (1799 – 1854), est celui-là même qui, avec son comparse et archéologue par goût John Lloyd Stephens, contribua par ses lithographies à faire connaître à un large public les ruines de la civilisation maya….

A cette époque (sommes en 1839), « il était difficile à un américain du nord d’accepter l’idée d’une ‘civilisation indienne’. Pour lui, l’indien était un barbare, à moitié nu, avec qui la guerre était une fatalité… (…) Les noms : Hernan Cortès, Pizarro, Bernal Biaz del Castillo n’évoquaient que pillages. Les noms : Aztèque, Maya, Toltèque et Inca ne se trouvaient dans aucun dictionnaire. Très peu de livres d’histoires les mentionnaient. (…) De cette coiffe d’oubli plaquée sur l’histoire des Amériques, le principal responsable a peut-être été William Robertson (1721 – 1793). L’historien homme d’Eglise écossais, dont on avait vanté The History of the Discovery and settlement of America, avait une idée très arretée de la culture américaine : ‘Ni les Mexicains ni les Péruviens ne peuvent prétendre à figurer parmi les nations qui méritent le nom de « civilisés »’ » (1)



Mais il n’est point l’heure encore d’évoquer les fabuleuses civilisations de la méso-amérique.

Nous somme en 1833, le 07 novembre plus précisément, le jour où Frédérick Catherwood se rendit au Dôme de Jérusalem malgré les menaces, bien décidé  à en croquer l’intérieur. A cette époque entrer en telle mosquée se faisait pour l’infidèle au risque de sa vie.
Son périple l’avait conduit de Grèce, alors considérée comme La Mecque des étudiants en architecture, en Egypte, en tant que membre de l’expédition de Robert Hay de Linplum, dont l’objectif était de remonter le Nil. Nous étions alors en 1824 et la grande expédition durera plus de dix ans.

En 1832 il se trouvait à Tunis et en 1833 il mettait « la dernière main aux préparatifs d’une expédition au Sinaï et en Arabie pétrée » . Il faut dire qu’au fil des ans, Frédérick Catherwood s’était mis « à porter djellaba et turban, à étonner son ami Arundale par ‘ses manières orientales’, à parler couramment l’arabe, l’italien et l’hébreu. »
C’est de la sorte que le 07 novembre 1833, il entra sans façon en habit d’officier égyptien et portant un ‘firman le désignant expressément comme ingénieur  au service de Méhémet Ali. L’affaire manqua de tourner mal mais, par un heureux hasard, fut tiré d’embarras par le gouverneur de Jérusalem en personne. Voici un extrait du témoignage de Catherwood :

« … Autour de moi, 200 personnes semblaient s’enhardir mutuellement, prêtes à se ruer toutes à la fois sur nous. Un bref instant aurait suffi pour nous mettre en morceaux. Mais un incident est survenu qui a transformé le massacre probable en triomphe : l’apparition soudaine du gouverneur sur les marches de l’estrade. Quelqu’un s’est précipité vers lui et tumultueusement réclamé le châtiment de l’incroyant qui profanait l’enceinte sacrée. Le gouverneur s’est alors approché. Nous avions souvent fumé ensemble. Nous nous connaissions bien. (….) et ne pouvant imaginer que je me sois aventuré si loin sans l’autorisation du pacha, il s’est mis aussitôt à calmer la foule… ».


C’est ainsi que durant six semaines Catherwood put à loisir dessiner les intérieurs de la fameuse mosquée, croquis qui seront hélas tous perdus en 1847. Mais c’est une autre histoire. Pour l’heure, il jouissait d’un blanc-seing qu’il comptait bien mettre à profit. Ce qu’il fit, jusqu’au jour où la rumeur de la visite prochaine d’Ibrahim Pacha à Jérusalem se répandit. Et notre aventurier jugea bon de décamper.

Mais qui était donc cet Ibrabim pacha, de son nom Méhémet Ali ?

L’anecdote que je vais ici rapporter se trouve narrée dans le délicieux livre d’un archéologue américain, Victor W.von Hagen (1908 – 1985). Son titre, A la recherche des Mayas raconte par le détail l’épopée de l’archéologie américaine, et cela, on l’aura compris, au travers des figures hautes en couleurs des pionniers Frédérick Catherwood et John Stephens, « juriste par profession, voyageur par goût, archéologue par vocation ».

Mais présentons en tout premier lieu brièvement Méhémet Ali :

« … né en 1769 en Albanie, il avait fait son éducation dans un régiment turc. Entre deux massacres, il avait appris les rudiments du beau langage et des bons usages. Il s’esseya au commerce du tabac de Latakiech, puis le sultan l’envoya comme lieutenant à la tête de 300 soldats albanais pour soutenir l’expédition égyptienne du général Bonaparte. Méhémet Ali fit preuve d’une grande fourberie. Il aida Napoléon contre les Britanniques, puis les Britanniques contre Napoléon. Lorsque Lord Nelson eut annihilé la flotte française, il resta en Egypte et ne songea plus qu’à consolider sa propre position. Dans le chaos qui suivit les guerres napoléoniennes, il soutint les Mamelouks contre les Turcs, puis opposa les factions entre-elles et enfin invita leurs chefs en son palais pour les mettre d’accord, ce qu’il fit en les faisant tous massacrer » .

D’où l’anecdote. Le consul français en poste en Egypte lui ayant fait remettre un exemplaire du Prince de Machiavel. Le pacha s’empressa de le faire traduire, à raison de dix pages par jour.

« Au quatrième jour, Méhémet Ali dit à son traducteur : ‘Dans les dix premières pages je n’ai rien découvert de grand ou de nouveau (…) J’ai attendu. Les dix suivantes ne valent guère mieux. Les dix dernières ne contenaient que banalités. Je n’ai rien à apprendre de Machiavel. Pour la ruse, je m’y connais mieux que lui. Tu peux t’arrêter de traduire’ ».

De Frédérick Catherwood il n’existe qu’une seule représentation connue, une miniature indistincte ou on le voit campé devant une ruine du site maya de Tulum.



 The figure depicted in this detail view of a lithograph made from one of Catherwood's drawings is presumed to be a possible representation of Catherwood himself. No other portraits of Catherwood are known


5 mai 2015

Sur les marches de Tonina : vie et mort des civilisations - Parmi les Mayas

Billet initial du 01 décembre 2012
(Billet initial supprimé de la plateforme overblog, infestée désormais de publicité)
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Sur les marches de Tonina : vie et mort des civilisations

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Bien avant le fameux  « Nous autres, civilisations, savons maintenant que nous sommes mortelles » de Valery, savions bien à quoi nous en tenir. Il faut toute la cécité de l’arrogance pour ne point s’en apercevoir ; depuis que le monde est monde l’histoire abonde de ces grands cadavres, trépassés dans un oubli plus ou moins dense.


De même à titre individuel : nous voulons persévérer dans notre être alors que le scénario est déjà écrit. Et si chaque pas nous conduit vers l’inéluctable, nous n’en refusons pas moins de croire cet impensable. Pour paraphraser Jean-Pierre Dupuy, lorsqu’il évoque le dérèglement climatique d’origine anthropique et son emballement : nous refusons de croire ce que nous savons.

« Ceux qui ont vieilli et ceux qui sont encore jeunes

Trépassent les uns après les autres
Personne ne restera pour toujours en ce vieux monde :
Il y en a qui sont déjà partis ; nous partirons, d’autres viendront et partirons ».


Voila la vérité crue. La réalité sans fard mise en musique par Omar Khayyâm dans l’un de ses fameux quatrains.

Ainsi les cimetières, les nécropoles, les catacombes, les ossuaires et les charniers empoisonnent-ils l’optimisme triomphant des progressistes de toutes obédiences, attachés aussi bien à leur mode d’existence éphémère - et intenable - qu’à leurs chimères de jeunisme et de vie éternelle, à grands coups de génétique, de biotechnologie, de nano-artéfacts et, plus sourdement, de l’exploitation des organes d’une humanité surnuméraire réduite à sa plus extrême misère.

Avec la globalisation économique néolibérale, portée par l’idée folle d’une croissance infinie dans un monde fini, et l’extension ad nauseum de son corollaire consumériste et prédateur, les fils dégénérés de Prométhée, eurent foi en un concept vide de sens ; celui de la fin de l’Histoire. 
Mais l’Histoire s’est rappelée à eux.

Que restera-t-il de toute cette fatuité dans quelques siècles, voire même dans quelques décennies ?
Poussière.

Tournons nos regards vers le passé.
Lorsqu’elles ne se sont pas tout bonnement évanouies sans laisser de traces, les ruines des anciennes civilisations couvrent le monde. Elles hantent notre imaginaires de leurs squelettes de pierre et entretiennent la flamme de nos humeurs mélancoliques.

Les choses auraient-elles pu tourner autrement ? 

Sans doute, à en croire la théorie des mondes possibles, concept élaboré à l’origine par Leibniz. Et si ceci avait été autre ? Et si tel événement ne s’était pas produit, ou du moins était  advenu différemment ? Si, par exemple, les cathares avaient résistés au massacre commandité par l’église de Rome et avaient supplantés le culte alors officiel ? Si Colomb avait raté l’île que les indigènes appelaient Guanahani, pour aller se perdre dans l’océan, n’entonnant  son Te Deum en rémission de ses pêchés qu’à l’ultime et fatale seconde, à l’instar de ces Comprachicos d’Hugo voyant leur bateau broyé par la tempête ? Et si, et si ?...

A rebours pour Spinoza, en cela dans le sillage de Parménide, il n’est pas d’autre monde possible que celui qui est. En d’autres termes, il n’y a pas à tergiverser : ce qui existe, existe ; ce qui n’existe pas, n’existe pas.



Quoi qu’il en soit partout c’est le même spectacle. Grandeur puis désolation. Au-delà des mers ou en-deçà des sables des déserts, dans les vertes vallées irrigués par des fleuves étirés à perte de vue ou dans la rocaille inaccessible, dans les jungles tropicales aux dix mille senteurs, ou les toundra interminables ou paissent le bétail... Ici et là-bas, tôt ou tard sonne le glas.

Vue de Tonina, depuis les marches (photo par Axel)
Les perses, les hittites, les babyloniens, les mésopotamiens, les crétois, les grecs, les romains, les minoens, les phéniciens, les doriens, les égyptiens, les ottomans. Tous fauchés.
Que ce soit entre tigre et Euphrate, du côté du Nil ou de l’Indus, c’est la même partition.
Des vikings du Groenland à la civilisation Khmère d’Angkor ; de l’empire Maurya aux sociétés de la vallée de l’Indus, passant par les Anasazis d’Amérique du nord ; des îles Pitcairn à celles d’Henderson en Polynésie ; des carthaginois aux Omeyyades, sans oublier les montagnes haut-perchées des Incas : partout c’est le même champ de vestiges.

Sur les motifs de ces effondrements on tergiverse et s’interroge.
D’aucuns, non sans un certain sens du romantique, considèrent le raffinement des civilisations comme source de décadence ; renversées alors par la brutalité du sang neuf et barbare. C’est là pour grande part une illusion rétrospective.
Plus probable est la conjonction de divers facteurs ; une complexité qui se laisse difficilement réduire aux partis-pris idéologiques. Dans son célèbre essai, Effondrement, Jared Diamond pour expliquer la disparition de tant de civilisations, jadis prospères, évoque l’écocide ; un suicide sociétal adossé à la conjonction fatale de cinq calamités (Dommages environnementaux - Changements climatiques - Voisins hostiles - Soutiens de plus en plus réduits de voisins amicaux - Réponses apportées par une société à ses problèmes environnementaux). La thèse est sans doute critiquable à la marge - et elle l’est -, mais demeure à ce jour de loin la plus convaincante.
Cependant, au-delà même des tentatives d’explications, ne faudrait-il pas plus simplement voir dans ces extinctions civilisationnelles, un phénomène inhérent à tout ce qui pousse ou se construit ? A savoir que tout, tôt ou tard, est voué à se défaire, à périr ; et que tout ordre n’est qu’une étincelle arrachée par force au chaos éternel.
Tout meurt, tout passe. Seulement cette naturalisation est indigeste.
Et le pourquoi nous hante...


Tonina (vue d'ensemble) - Photo par Axel
En Mésoamérique, les fameuses civilisations remises au goût du jour au XIXe siècles par les explorateurs John Lloyd Stephen et Frederick Catherwood, connurent un sort similaire aux sociétés du bassin méditerranéen et d’ailleurs.
Les olmèques, les plus anciens d’entre eux, et qui peuplèrent de vastes territoires dès 1200 avant notre ère, mais aussi les zapotèques de la vallée d'Oaxaca, les toltèques établis autour de  Tula, leur capitale, et les mixtèques dont l’étymologie en fait les descendants des peuples des nuages. Tous effondrés.
Aujourd’hui, les civilisations les plus célèbres de cette partie du monde sont bien évidement les aztèques et les mayas. Si les premiers, après avoir séché le lac Texcoco, furent anéantis par Cortès et sa clique de dévots monothéistes au XVIe siècle, les mayas, d’une manière moins nettement identifiée, n’échappèrent pas à ce 2012 08 Mexique - Tonina012destin tragique.

Parmi les raisons évoquées pour expliquer la chute d’une civilisation dont les ruines parsèment aujourd’hui un territoire immense ( env. 340.000 km2, couvrant la péninsule du Yucatan, le Guatemala, le Salvador et la partie occidentale du Honduras), se trouvent en bonne place des thèses recoupant celles de Diamond ; à savoir une surexploitation des ressources naturelles (épuisement des sols, déforestation), ainsi qu’une crise démographique conjuguée à une hubris religieuse poussant la noblesse et le haut clergé à construire des centres cérémoniels toujours plus mirifiques (marques de démesure qui font notre admiration d’aujourd’hui). Ajoutons-y des invasions auxquelles il faut, pour faire bonne mesure, charger la barque avec des problèmes climatiques.


Le socle de Tonina - Photo par Axel

Pourtant les mayas avaient cru se prémunir du pire, faisant courir leur calendrier sur plus de 5000 ans : de temps mythiques, impossibles à rattacher à un événement tangible, aux derniers jours de l’année 2012 de notre ère ; d’où désormais la litanie farfelue et apocalyptique des inévitables cervelles fragiles. De la sortie aussi de quelques navets hollywoodiens.
Sur les escaliers de Tonina (Photo par Axel)

Ainsi les mayas situèrent-ils l’origine de leur monde à la date 13.0.0.0.0 4 ahau 8 cumku, soit en 3114 avant JC. Et vrai leur civilisation dura plus de 2500 ans, ce qui au regard de l’histoire devrait nous rendre plus modestes.
Entre rivalités et alliances prospérèrent et périclitèrent les unes après les autres les cités mayas, incapables de concevoir entre-elles une unité politique durable.
De la quête forcenée de prestige aux guerres intestines, inévitables pour croitre, dans ce monde ou tout le pouvoir repose sur les épaules du roi, et qui engage sa dynastie, il était écrit que la forêt devait reprendre bientôt ses droits.   

« Que le roi soit victorieux au combat, qu’il accomplisse avec succès et efficacité les rites nécessaires à la renaissance végétale, et la prospérité revient. (...) Mais que le roi tombe au combat, ou même qu’il soit simplement défait, et les craintes de famine deviennent réalité. » (1)

De telles déconvenues parsèmeront évidement l’histoire des cités mayas.
Ainsi en va-t-il des raids, dès 690, de Tonina sur Palenque ; attaques qui se soldèrent vers 720 par la décapitation de plusieurs seigneurs de Palenque, dont Kan-Xul II, supplice qui précédera de 10 ans la mise à sac de la cité qui avait connu son apogée sous Pakal le grand, le plus célèbre des rois maya, et monté sur le trône de Palenque en 615 ; celui là même dont les parures mortuaires seront exhumées dans les années 50 depuis les boyaux du temple des inscriptions.


Tonina, jeu de balle (photo par Axel)
Mais revenons à Tonina, complexe urbain planté parmi les collines verdoyantes de l'État du Chiapas du Mexique contemporain, et dont le nom provient du Tzeltal et signifie " Grande maison de pierre".
Si, sous l’impulsion des seigneurs de la lignée militariste dite « Squelette de serpent-Griffe de Jaguar », la société de maya Tonina connut son apogée vers VII-VIIIe siècle, elle ne connaitra pas moins le sort de Palenque dont elle avait contesté l’hégémonie régionale avec le succès que l’on sait :


« En 909, Tonina célèbre, sur le monument 101, la gloire de son roi. Peu de temps après, la cité et sa dynastie sont victimes d’un raid particulièrement violent. Les envahisseurs s’emparent de la cité, arrachent les statues de leurs socles, martèlent les visages des dirigeants. La bataille est rude, mais probablement brève. Les habitants de Tonina, l’élite de la cité, sont massacrés, leurs corps entassés dans un charnier, récemment découverts. Qui sont les vainqueurs ? On l’ignore, car ils ne laissent guère de trace de leur passage. (...) La dynastie a péri, la cité ne se relève pas. Tonina, dernière cité classique, vient de disparaitre à son tour » . (2)

Aujourd’hui, si les sites archéologiques les plus visités au Mexique sont Teotihuacan (proche de Mexico), Chichen Itza et Tulum (à proximité de la riviera maya et de Cancun), d’autres cités et complexes urbains de ces temps révolus, situés à l’écart des principaux circuits touristiques, offrent encore la possibilité du plaisir ineffable d’une relative solitude.

Ainsi en est-il de Tonina, lové dans son écrin de verdure.
Ce pourquoi est-ce sans doute l’un des site dont le souvenir marquera à jamais qui a aura eu la chance de s’y rendre par un jour de soleil.
Et parmi les collines de gravir, loin de la foule, les sept terrasses sous l’œil vigilant de quelques vautours noirs.

 
Tonina, relief gravé (photo par Axel)
 

Laissons le mot de la fin au fameux poète perse, chantre d’un hédonisme inquiet :
  
« Oh !que de temps où nous n’existions plus et où l’univers existera.
Il ne restera de nous ni nom ni trace.
Avant que nous fussions, rien ne manquait au monde ;


Il restera, tel quel, quand nous n’y serons plus ».


Au large de Tonina (photo par Axel)
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(1) Les Mayas, Eric Taladoire. Ed Chêne, P 114.
(2) op cité, P 110.
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24 nov. 2014

Voyage en terre Maya : John Llyod Stephens et Frederick Catherwood à Palenque et à Uxmal

Billet initial du 26 janvier 2013
(Billet initial supprimé de la plateforme Overblog, infestée désormais de publicité)

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Palenque - crâne sur un temple (photo par Axel)


Padre Duran, du haut de son assurance : « La supposition est confirmée. Ces indigènes viennent bien des dix tribus d’Israël faites prisonnières par Salmanassar, roi des Assyriens, et conduites en Assyrie du temps de Hoshea, roi d’Israël ».

Johannes de Laet : « N’importe qui, sauf un lourdaud, verrait que les Indiens d’Amérique sont des Scythes ».

William Penn, débarquant au Mexique : « Je me suis cru dans un quartier juif de Londres ».

Lorsque en 1840 John Llyod Stephens et Frederick Catherwood parvinrent au site baptisé Palenque (‘palissade’ en espagnol), cela faisait plus de 1200 ans que la reine rouge (probablement l’épouse de Pakal), couverte de cinabre, avait rejoint l’au-delà.
D’ailleurs le nom maya de la cité n’est pas Palenque mais Lakam Ha, et signifie « Grandes eaux », en référence sans doute aux nombreuses sources et petites cascades qui baignent la contrée. Quant au nom de Palenque, il est celui d’un village fondé en 1564 par un missionnaire dominicain, à 12 kilomètres des ruines fameuses (dont on ignorait tout alors).

A cette époque, se rendre sur un site archéologique en pleine jungle n’était pas une sinécure, à portée de bus pour des masses de touristes : 
  
« A l’aube, dans la jungle encore opaque de brumes, Stephen et Catherwood avançaient vers Palenque en formation très militaire. En tête, pantalon enroulé au-dessus des bottes, marchait Stephens, accompagné des guides indiens. (…) Puis venait Catherwood, occupé à garder ses lunettes sèches sous le déluge que déversaient à leur passage les feuillages gorgés d’eau. (…)
Dans la luxuriante forêt, des ruisseaux cascadaient entre roches et racines. Des cris d’oiseaux se faisaient écho dans le silence. Le trille délicat du Hilguero au modeste plumage glissait du haut en bas de son registre mélodieux, brusquement interrompu par les jacassements de toucans aux becs immenses et aux ailes noires (…).
Au bout de trois jours ils atteignirent un escarpement difficile. Ayant mis pied à terre et laissé les mulets en arrière, ils prirent sur leur gauche le long du petit rio Otolum qui emplissait la jungle de ses tintements doux. Déjà commençaient à poindre, sous les grands ombrages, des pierres sculptées. (…)
Stephens, dans son impatience, devança toute la colonne, se hissa sur une terrasse de pierre, atteignit le sommet le premier et parvint à la limite du « palais ». palenque était à peine visible dans cet océan verdoyant ; (…) A ses pieds ondulait la plaine où, 1000 ans plus tôt, s’étaient étendus, en damier, les champs de maïs qui avaient nourris les bâtisseurs, puis les habitants de Palenque » (2).
Explorateurs intrépides, mais handicapés dans les tâches les plus basiques - et les plus essentielles. Il faut croire qu’à cette époque, suintait chez l’honnête homme un machisme de bon aloi, à ce qu’on dit toujours en vigueur parfois en nos contrées :

« L’alcade avait été assez bon pour leur allouer une cruche d’eau, mais ce que désiraient réellement les voyageurs, ils n’avaient pu l’obtenir : une cuisinière. « Aucune femme ne pouvait se sentir en confiance seule avec nous », écrit tristement Stephens. « c’est une grande privation […] Nous voulons une femme non pour ce qu’elle craint ou ce qu’elle désire, mais pour nous nous faire des tortillas » ».

Vue de Palenque (photo par Axel)



Une fois in situ, nos explorateur s’installent comme ils le peuvent, essayant de se prémunir au mieux de la violence des intempéries :

« Stephens s’installa au palais : trois murs épais, quatre cours principales, de nombreuses pièces ; un centre, une tour carrée à trois étages, unique dans l’architecture maya, le tout envahi par les racines de figuiers étrangleurs. L’escalier principal était flanqué de gigantesques silhouettes en bas-relief. Sur la frise du toit effondré, des fragments de serpents en stuc conservaient les couleurs anciennes. Des coins sombres venait une âcre odeur de cave à pommes de terre moisies. Trois énormes chauves-souris, inquiètes de ce remue ménage, s’étaient envolées et tournaient au-dessus des ruines, affolant les guides indiens qui refluèrent en désordre de la façade de la pyramide (…)
Avec le grondement du tonnerre et les violentes rafales de vent vint la pluie. Elle se déversait par toutes les fentes. Trempés, les voyageurs voyaient s’effondrer implacablement le baromètre. La nuit était sans espoir de sommeil. »

F. Catherwood : Interieur de la maison N°3

Passé le pire, nos pionniers, qui visitèrent entre 1839 et 1843 pas moins de 44 sites archéologiques en Méso-Amérique, se mettent au travail :


« Les dix premiers jours, cette masse de ruines, victime d’un chaos de 1000 année, fut mesurée, dessinée, explorée. Vent ni pluie, insectes ni chauves-souris ne découragèrent l’équipe. Tous souffraient de manque de sommeil. Parfois, Catherwood s’écroulait sur son chevalet et seuls les tourbillons d’insectes le réveillaient. (…)

Les niguas étaient un autre ennemi. Nos explorateurs étaient bien armés pour les dangers qu’ils avaient prévus, les jaguars rôdeurs, les indiens alliés de l’orage et de la nuit, habiles à tendre des embuscades. Mais qui eût cru qu’ils pourraient être terrassés par des chiques ? (…)  niguas, ces horribles chiques qui pénètrent sous les ongles des pieds, se frayent un passage dans la chair, y déposent leurs lentes et se mettent à pulluler. Seuls de larges cautères pouvaient en avoir raison. » (3).

Tandis que le pied de Stephens avait doublé de volume, Catherwood tenait bon. Mieux, comme en extase il travaillait sans relâche, puisant dans ses ultimes ressources.
Voici un extrait du commentaire qu’il fit dans Views of ancient monuments in central America, Chiapas and Yucatan, autour de sa fabuleuse planche représentant la vue générale de Palenque :

« Les ruines ne sont pas très étendues, dans la mesure, du moins, où nous avons pu les explorer ; nous avons visité tous les édifices mentionnés par Del Rio et Dufaix. Un carré de un kilomètre de côté environ les contiendrait toutes, mais elles semblent occuper un espace plus vaste, cette fausse impression provenant certainement de la difficulté et du temps nécessaire pour passer de l’une à l’autre en raison de l’extrême densité de la végétation tropicale.
L’édifice à gauche du dessin, appelée le « Palais », est le plus grand et le plus important. La façade principale est orientée à l’est (…). Il forme un rectangle de 70 m de long sur 55 de large et ne dépasse pas 7m60 de hauteur. Une corniche de pierre fait le tour de son périmètre. Il est posé sur une butte de 12 m de haut, de 95 m de long et de 80 m de large » (4) .


Vue de Palenque (détail)

Ce n’est certes pas une description très poétique… mais celle d’un illustrateur soucieux de précision.  



L’expédition quittera Palenque le 1er juin 1840.


Entre temps Stephens était devenu propriétaire de Copan, de manière la plus légale, pour la somme dérisoire de 50 dollars. Il pensa réitérer l’exploit avec Palenque, mais « la loi exigeait qu’un étranger fût marié à une mexicaine pour devenir propriétaire ». Si l’explorateur tenait au célibat, de son propre aveux « Palenque était très désirable ». Aussi, le plus sérieusement du monde passa-il en revue les possibilités matrimoniales d’un  petit village (avec peu de femmes) ou il se trouvait : « restaient donc deux dames proprement vêtues, occupant une maison rose en claies d’osier plâtrées et dont la façade s’ornait de reproductions  des sculptures du temple du Soleil. Stephens aimait la maison. Il aimait les dames. Il aimait tout spécialement ces panneaux maya ». Mais la transaction ne se fit pas, malgré que les deux sœurs fussent « toutes deux également intéressantes et également intéressées ».

Après Palenque, ils se rendirent à Mérida (5) avant de partir sur les traces d’Uxmal. Mais trop malade (malaria) pour suivre son compagnon, Catherwood resta alité à l’Hacienda située face au site archéologique (et toujours là, pour le plus grand bonheur des voyageurs).
Stephens en reviendra plus qu’enthousiaste :

Chichen Itza (photo par Axel)


« … je me trouvais d’emblée sur un grand terrain ouvert avec des amas de ruines, de vastes édifices en terrasse, et de hautes pyramides, le tout grandiose, bien conservé, richement orné. (…) La perspective égalait presque en beauté celle de Thèbes ».

Mais c’est une autre histoire…

En guise de conclusion :

Par la publication, en 1841, de leur périple Stephens et Catherwood, en démontrant unité l’homogénéité de la culture maya, révolutionnèrent l’archéologie méso-américaine et démontrèrent que les ruines qu’ils avaient visitées et répertoriées n’étaient ni chinoises, ni romaines davantage que l’œuvre des descendants de tribus d’Israël. Et Stephens d’écrire :

« La réalité sur laquelle nous devons conclure est plus merveilleuse que tout rapprochement hypothétique entre les bâtisseurs mayas et les égyptiens ou tout autre peuple. C’est un témoignage d’architectes nés, de dessinateurs, tailleurs et sculpteurs, d’artistes qui n’ont pas puisés aux ressources du Vieux Monde, mais qui ont pris leurs maîtres et choisi leurs modèles en une civilisation indépendante, tirée comme les fruits et les fleurs de leur propre terre ».

Voilà qui ouvrait la voie à une archéologie plus rigoureuse, adossée à une exploration sur le terrain minutieuse et documentée, plus soucieuse d’objectivité.
Par rapport aux débats qui animaient la communauté des explorateurs et aventuriers du XIXe, l’archéologie contemporaine, inscrite dans une démarche scientifique, croisant différents modes d’études, a bien évoluée. Et même si des débats entre spécialistes, parfois virulents, persistent, c’est toujours dans le cadre circonscrit de la science ; thèse contre thèse, argumentation et sources à l’appui (même si l’objectivité parfaite, l’absence de préjugés idéologique reste un leurre).
Il n’en reste pas moins que des pans entiers des sciences dites humaines semblent parfois toujours être la proie de ce genre de fantaisies des temps révolus. Ce pourquoi, en la matière, un docte scepticisme n’est pas le superflu des esprits inquiets. 

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(1) A la recherche des Mayas, Victor W.von Hagen, Lux, 2011.
(2) Op cité pp 187 - 188
(3) Op cité pp 190 - 191
(4) Les cités perdues des mayas, la vie, l’art et les découvertes de frederick Catherwood, par Fabio Bourbon, Editions White Star
(5) Mérida, là où se trouve aujourd’hui la Casa Catherwood, un petit musée dédié à l’illustrateur.



25 mai 2013

Frederick Catherwood : ruins of the Maya civilization


« A l’aube, dans la jungle encore opaque de brumes, Stephen et Catherwood avançaient vers Palenque en formation très militaire. En tête, pantalon enroulé au-dessus des bottes, marchait Stephens, accompagné des guides indiens. (…) Puis venait Catherwood, occupé à garder ses lunettes sèches sous le déluge que déversaient à leur passage les feuillages gorgés d’eau. (…)
Dans la luxuriante forêt, des ruisseaux cascadaient entre roches et racines. Des cris d’oiseaux se faisaient écho dans le silence. Le trille délicat du Hilguero au modeste plumage glissait du haut en bas de son registre mélodieux, brusquement interrompu par les jacassements de toucans aux becs immenses et aux ailes noires (…).
Au bout de trois jours ils atteignirent un escarpement difficile. Ayant mis pied à terre et laissé les mulets en arrière, ils prirent sur leur gauche le long du petit rio Otolum qui emplissait la jungle de ses tintements doux. Déjà commençaient à poindre, sous les grands ombrages, des pierres sculptées. (…)
Stephens, dans son impatience, devança toute la colonne, se hissa sur une terrasse de pierre, atteignit le sommet le premier et parvint à la limite du « palais ». palenque était à peine visible dans cet océan verdoyant ; (…) A ses pieds ondulait la plaine où, 1000 ans plus tôt, s’étaient étendus, en damier, les champs de maïs qui avaient nourris les bâtisseurs, puis les habitants de Palenque »


A la recherche des Mayas, Lux, 2011.

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Frederick Catherwood - Palenque - Détail
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Frederick Catherwood
[1799 - 1854]
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« Les dix premiers jours, cette masse de ruines, victime d’un chaos de 1000 année, fut mesurée, dessinée, explorée. Vent ni pluie, insectes ni chauves-souris ne découragèrent l’équipe. Tous souffraient de manque de sommeil. Parfois, Catherwood s’écroulait sur son chevalet et seuls les tourbillons d’insectes le réveillaient. (…)
Les niguas étaient un autre ennemi. Nos explorateurs étaient bien armés pour les dangers qu’ils avaient prévus, les jaguars rôdeurs, les indiens alliés de l’orage et de la nuit, habiles à tendre des embuscades. Mais qui eût cru qu’ils pourraient être terrassés par des chiques ? (…)  niguas, ces horribles chiques qui pénètrent sous les ongles des pieds, se frayent un passage dans la chair, y déposent leurs lentes et se mettent à pulluler. Seuls de larges cautères pouvaient en avoir raison. » 


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Frederick Catherwood - Chichen Itza (détail)
Frederick Catherwood - Copan - Idole et autel
Frederick Catherwood - Copan - Idole
Frederick Catherwood - Copan - Stèle
Frederick Catherwood - Copan - Stèle
Frederick Catherwood - Intérieur de maison N°3
Frederick Catherwood - kabah Intérieur du bâtiment principal
Frederick Catherwood - Kabah
Frederick Catherwood - Palenque
Frederick Catherwood - Tulum - Bâtiments face au temple
Frederick Catherwood - Château de Tulum
Frederick Catherwood - Tulum - Façade du château principal édifice de Tulum
Frederick Catherwood - Tulum - Temple dit du dieu tombant
Frederick Catherwood - Tulum
Frederick Catherwood - Uxmal - Maison des tortues
Frederick Catherwood - Uxmal - Ornement surmontant le portail de la maison du Gouverneur
Frederick Catherwood - Palais du gouverneur
Frederick Catherwood - Uxmal - Portail de la maison du Gouverneur
Frederick Catherwood - Pyramide du devin
Frederick Catherwood - Uxmal - Quadrilatère des nonnes
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Frederick Catherwood ?...
The figure depicted in this detail view of a lithograph (see Tulum)
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« Les ruines ne sont pas très étendues, dans la mesure, du moins, où nous avons pu les explorer ; nous avons visité tous les édifices mentionnés par Del Rio et Dufaix. Un carré de un kilomètre de côté environ les contiendrait toutes, mais elles semblent occuper un espace plus vaste, cette fausse impression provenant certainement de la difficulté et du temps nécessaire pour passer de l’une à l’autre en raison de l’extrême densité de la végétation tropicale.
L’édifice à gauche du dessin, appelée le « Palais », est le plus grand et le plus important. La façade principale est orientée à l’est (…). Il forme un rectangle de 70 m de long sur 55 de large et ne dépasse pas 7m60 de hauteur. Une corniche de pierre fait le tour de son périmètre. Il est posé sur une butte de 12 m de haut, de 95 m de long et de 80 m de large »


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