Blogue Axel Evigiran

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La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à se perdre dans les labyrinthes de l'esprit dilettante ?


A la vérité, rien n’est plus savoureux que de muser parmi les sables du farniente, sans autre esprit que la propension au butinage, la légèreté sans objet prédéterminé.

Broutilles essentielles. Ratages propices aux heures languides...


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4 déc. 2021

Au Crotoy ...

Au Crotoy ... (phot par Axel)

 

Ce couple marchant lentement main dans la main sur les galets de la vie.

La lumière est chaleureuse bien que fatiguée. Crépusculaire presque.

Le ciel tissé tout en nuance.

Une tour d’un âge incertain aux volets verts ; clos. Le monde de l’intériorité ...

Un mur d’enceinte vient circonscrire les possibles.

Au-delà l’immensité de la baie.

Un arbre résiste à la nécessité.

Le cycle des saisons.

Au loin l’eau, des territoires à découvrir avant que la nuit tombe.

Le chant des oiseaux et la respiration de la vie.

 

Voilà la façon dont j’aimerai vieillir…


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Baie de Somme (vue depuis le port du Crotoy) - Photo par Axel




Bécasseau Sanderling - Photo par Axel

25 sept. 2021

Nostalgie ou réminiscences. Fragments d’Egypte …

Karnac (photo par Axel)


Relisant de vieux textes, à secouer la poussière des souvenirs. C’était fin mars 1996. Il y a 25 années déjà ! 

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Fragments d’Egypte.

Louxor par force des choses – avarie mécanique. Fatigués mais
curieux. Magie indolente, sereine sous un soleil crépusculaire qui embrase le désert. Le soir tombe si vite… Dans le bus. Population d’un autre âge qui longe les pistes approximatives. Un joyeux bric-à-brac. La nuit nous avale ; les phares font aux mules des regards de fauves – effarés. 

Le bateau, écrasés de sommeil. 

Réveil au paradis ! 

Le Nil. Jaune, vert, bleu… Couleurs des dieux anciens. Des felouques en désordre plantées sur l’eau à l’approche d’Assouan.

L’obélisque inachevé ne laissera pas un souvenir impérissable. Non… Mais les marchands qui se font pressants !

Temple de Philae, dédié à Isis. Des prêtres rasés, épilés, longent les murs tels des spectres anachroniques. La pierre nous conte l’épopée des peuples mystérieux de la lagune.

Sur la rive des morts un village Nubien, arrangé pour les passages de touristes. La meule et l’enfant… Oublions cette mise en scène et retournons à Assouan qui s’étire le long de la rive orientale du fleuve mythique.



Il est quatre heures du matin et nos phares fixent le sud pour embrasser la frontière du Soudan. Trois longues heures de morne sable. Quelques caravanes et d’incertains mirages pour secouer ma torpeur. Contemplation du vide. Les chameliers viennent de l’autre coté de la frontière, car là bas le commerce est moins prospère qu’ici. C’est dire. A proximité du lac Nasser une colonie de pélicans blancs se repose.     

Abû Sim Bel. Regard fracassé. Majesté indifférente qui en impose.

Mausolée de l’Agha Khan : aucun autre intérêt que la vue sur Assouan. Pourtant vu d’en face la saignée dans la colline intrigue.  Les hypogées des princes d’Eléphantine… Deux traits de poussière, suspendus au dessus des jardins tropicaux de Lord Kitchener d’où s’échappent des effluves de tam-tam. Un nuage d’aigrettes aussi. Le regard des jeunes femmes se fait plus ardent. 


Des felouques, sur le Nil à Assouan (Photo par Axel)

Le soleil s’est abattu, oblique sur les colonnes d’un temple ambigu ; double sanctuaire dont la partie septentrionale se trouve dédiée au faucon Haroeris, Horus l’ancien. Quant à la partie méridionale, c’est la demeure de Sobek, le dieu crocodile. Le soir s’étire. Kom Ombo s’embrase.


Temple de Kom Ombo (photo par Axel)

Plus tard, le temple d’Edfou, plus récent. Traversée d’une ville sordide dans une calèche à touriste… Je regrette la beauté paisible d’Assouan.

Temple de Louxor. Souillé par l’urbanisme ; des bus qui apparaissent entre les colonnes. La nuit s’installe, et dans l’enceinte du ‘harem du sud’ la magie demeure. Ramsès II, vêtu de granit noir, scrute le visiteur d’un œil étrange… Perceur d’âme !

Dans le temple de Karnak, maison d’Amon Rê ; la plus vénérée des places – Ipet Sout – Je voudrais saisir les l’ésotérisme des pierres ! Et lorsque le regard s’élève le long des colonnes de la grande salle hypostyle, l’homme se trouve enclin à la prostration ; non pas devant les dieux mais devant lui-même…

Thèbes ouest. La vallée des rois. Les couleurs d’un parcours initiatique dans l’au-delà. Vaincre le temps ! Humaine obsession. L’enfer c’est dehors ! …

Thèbes ouest. La vallée des rois. Les couleurs d’un parcours initiatique dans l’au-delà. Vaincre le temps ! Humaine obsession. L’enfer c’est dehors ! …
Deir El Bahari est la demeure d’Hatshepsout… Impressionnant de loin. Légèrement oppressant de près lorsque l’on sait que des fanatiques armés ont dégringolés ici de la montagne pour assouvir leur envie de carnage ; qu’il y a aucune échappatoire possible. 
Puis les colosses de Memnon. C’est très étrange que de les voir là, inutiles vigies posées le long de la route – c’est plutôt la route qui est venue à eux – Je me prends à rêver écouter leur chant mystérieux. Un monde magique révolu… 

Les colosses de Memnon (photo par Axel)


Dernier regard sur le fleuve ; ce Nil noir qui irrigue mes sens… J’ai rendez-vous avec le froid, la bruine, la trivialité : sans décadence point de phœnix imaginable. 

Extrait d’un poème Egyptien d’époque pharaonique : 
« Ton amour est dans ma chair comme le roseau est dans les bras du vent ». 

14 avr. 2019

De retour en baie de Somme, parmi les oiseaux

Du côté de la baie de Somme (photo par Axel) - 2018


Sans doute est-ce une pathologie commune, mais je confesse aimer me rendre au même lieu, à une ou deux années de distances ; y aviver mes souvenirs et sonder mes états d’âme – écart, synchronicité, symbiose ou rupture totale. Ceci est particulièrement vrai des endroits chargés émotionnellement.  La nostalgie y a évidemment sa part… Mais s’y mêle un sentiment plus diffus, avec l’idée de la mise en pratique du temps vécu non pas comme flèche toujours tournée vers le devenir (le temps linéaire des physiciens pour parler comme Etienne Klein), mais ce temps cyclique propre à moult civilisations de jadis. Ce temps vécu comme « Eternel recommencement » ; non pas à la manière de Nietzsche qui, dans l’Amor Fati, envisageait le retour du même.  Mais un cercle de nuances subtiles, avec ses constantes, ses variations et la singularité de ses tonalités. Un cercle mouvant, ensemencé de ces « je ne sais quoi et presque rien » chers à Jankélévitch, et qui font toute la saveur du réel comme il va…

Vue du Crotoy (photo par Axel) - Avril 2018

Ainsi de la Baie de Somme ; du Crotoy et de ses écrivains d’hier – de Jules Verne à Colette, du sentier côtier accroché à la dune – ou s’ébrouent les rossignols au printemps, de la rue des mouettes – où elles ne sont plus si nombreuses que jadis, du chemin conduisant à cet au-delà de la Baie - là ou s’éprouve la philosophie des piquets à moules… Et tant d’autres lieux encore sous ce ciel propices aux rêveries…

Des premières secondes d’avril 2018 à celles de 2019 – les mêmes pas, les mêmes endroits ou presque… Jour pour jour, ou si peu s’en faut. L’an passé avec son ciel noir et ses tempêtes, le gros vent et les éclaircies subites, posées sur les épaules du promeneur pour le réconforter du chagrin des embruns. L’an 2019 avec son grand soleil qui, sans faiblir inondait les sables et les flots tranquilles de son humeur joyeuse…

Se retrouver seul, au cœur de l’immensité parmi les oiseaux, est une expérience dont la mise en mots reste fatalement en deçà du ressenti… En particulier si, par chance, on se retrouve au détour d’une dune d’un coup plongé au milieu d’une cohorte de passereaux rares – très rare mêmes sur nos rivages, picorant dans les sables en quête d’insectes. Des oiseaux à la tête peinte en jaune et noir,  vagabondant et virevoltant alentour sans trop se préoccuper de ce visiteur humain, augmenté de son appareil photographique – et qui plus d’une heure durant, restera en leur compagnie.
L’alouette haussecol donc, telle est l’espèce en question. Migratrice et de passage sur les rivages de la Somme et des Hauts de France, grosso modo de novembre à fin mars.
Ici l’expérience du terrain confère au hasard sa part de prévisibilité… Et je savais fort bien que si je devais les trouver ce serait à cet endroit précis, pour avoir déjà repéré les lieux l’an passé – mais il était tard en saison pour espérer encore en croiser. Aussi, à la vue d’oiseaux « atypiques » (à l’œil un peu exercé), le cœur du miroiseur eût un sursaut ; ce sursaut d’excitation mêlée de doute. Puis la certitude, la joie un peu frénétique… Une fébrilité tempérée par la nécessité de caler l’objectif sur le rencontre à immortaliser.

Alouette haussecol (photo par Axel)

Alouettes haussecols (photo par Axel)
Alouette haussecol (photo par Axel)
Pour les amateurs d’étymologie.
Sur le terme générique tout d’abord : alouette, « du latin Alauda. Le mot est en fait d’origine gauloise, ainsi s’expliquerait le nom Alauda donné par César à la légion de mercenaires par lui recrutée (…) L’alouette semble bien avoir été un oiseau sacré pour les Gaulois en raison des traces laissées dans le folklore français. Son chant est signe de joie et sa façon de voler très haut dans le ciel est un symbole du ciel (en anglais on la nomme sky lark, et to sing like a lark, « chanter comme une alouette », signifie être gai comme un pinson). » [1]

Quant à l’alouette haussecol en particulier, notons que son nom est à mettre en relation avec le « plastron noir qui rehausse la tête du mâle. Un hausse-col était une pièce métallique d’armure protégeant la base du cou ».
Enfin, puisque chaque espèce d’oiseaux se caractérise en premier lieu par son nom scientifique, rappelons que l’alouette haussecol est nomenclaturée sous le nom d’Eremophila alpestris. « Eremophila, du grec érèmia (le désert) et philos (qui aime). Alpestris, dans le sens de montagne en général, car elle niche en effet dans les toundras montagneuses (mais aussi au Maroc) ».

Pouillot fitis (photo par Axel)

Grèbe castagneux (photo par Axel)

Grèbe à cou noir (photo par Axel)


Mais en ces quelques jours, aux prémices d’avril, il y eût bien d’autres rencontres avec nos amis ailés. Et, aux détours des chemins, de l’estran, du maquis  et d’ailleurs, ce ne furent pas moins de 64 espèces différentes qui furent observées (sans compter celles uniquement côtoyées par contact auditif).
Parmi les plus notables : le râle d’eau, le phragmite des joncs, le pouillot fitis, le bouvreuil pivoine, ou encore un oiseau au nom scientifique redoublé : Limosa limosa (du latin limosus, qui signifie boueux, vaseux –autrefois appelé limosa melanura, nom qui à mon goût convenait mieux) et qui fit vivre à votre serviteur quelques instants de grâce – mais c’est une autre histoire !

Barge à queue noire (photo par Axel)

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QUELQUES AUTRES OISEAUX
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Rale d'eau (photo par Axel)

Pipit farlouse (photo par Axel)

Linotte mélodieuse (photo par Axel)

Cygne tuberculé (photo par Axel)

Sarcelle d'hiver (photo par Axel)

Bécassine des marais (photo par Axel)

Phragmite des joncs (photo par Axel)

Bergeronnette grise (photo par Axel)

Canard chipeau (photo par Axel)



[1] Je tire ces informations de l’excellent ouvrage « L’étymologie des noms d’oiseau » de Pierre Cabard et Bernard Chauvet, paru chez Belon. Un livre exhaustif.

7 avr. 2019

Dans les ruelles de Flavigny...


Vue générale de Flavigny-sur-Ozerain ( Photo par Axel)
En octobre dernier, sur les pentes douces du villages, parmi les confiseries...

Au temps de la nonchalance et des écrivains. 
Et puisqu'il est question du dixième mois du calendrier grégorien :


" En octobre, avec les dernières pluies, trois autres lettres arrivèrent, la première accompagnée d'une petite boite de pastilles à la violette de l'abbaye de Flavigny. Le cocher du docteur Juvenal en avait remis deux devant le portail de la maison..."

L'amour aux temps du choléra
Gabriel Garcia Marquez


Pastilles de Flavigny (photo par Axel)
De l'abbaye, fondée au VIIe siècle, et de la crypte carolingienne, quelques images, plutôt qu'un docte discours - jusqu'à épuisement de la matière !

Abbaye de Flavigny (photo par Axel)

Abbaye de Flavigny (photo par Axel)

Abbaye de Flavigny (photo par Axel)

Abbaye de Flavigny (photo par Axel)
Quant au village, perché là où César planta ses tentes en 52 av JC, y déambuler sans la moindre intention, est un plaisir que l'on conservera par devers soi... 
Disposés à ne partager que la chimères d'une poignée d'images aux senteurs pareilles à celle d'un vignoble exquis. 

Déambuler à Flavigny (photo par Axel)

Déambuler à Flavigny (photo par Axel)

Déambuler à Flavigny (photo par Axel)

Déambuler à Flavigny (photo par Axel)

Déambuler à Flavigny (photo par Axel)

Déambuler à Flavigny (photo par Axel)

Sous l’œil conciliant de la licorne bleue... 

10 juin 2016

Sauf dans les chansons


Cela fait un peu plus d'une année que je conserve ce recueil de
Jérôme Leroy toujours à portée de bras.


« Quitter Nice », Brest, Roubaix, Paris ou Porto…
Errance entre les lignes. Au détour du pavé y découvrir son propre reflet… A boire le temps qui passe.
J’en goûte quelques pages, puis laisse le livre décanter. Un poème, dix poèmes et quelques semaines avant de le retrouver sous une pile, entre Paul Veynes et Marc-Aurèle.


C’est une poésie très personnelle ; hermétique parfois, mais touchant droit au but – légèreté de la profondeur.
Et lorsque le singulier se fait universel cela peut conduire à l’essentiel :

« Il regarde son billet et il pleure » (P 142)

Gare Lille-Flandre

Délice qu’il y a à se perdre en ces « Tombeaux » sous des cieux en grisaille. Eternellement nostalgiques. Celui pour C Jérôme me touche peut-être plus que les autres…
Mais il y a aussi le bleu limpide de l’ailleurs. Ces journées de juillet et les rues de Lille…


Car précisément nos appétences musicales diffèrent radicalement. Mais le hasard a voulu que nous soyons de la même année. Ce qui explique peut-être que je sois pareillement affecté du « Syndrome de l’archipel : maladie qui consiste à vouloir habiter, pas seulement voir, mais habiter toute la beauté du monde. L’âge semble en être l’origine. Sentir qu’on n’aura pas le temps ». (P 158)


Une acuité des détails. Et c’est délice à se perdre dans le « Matin profond ».
Comprendre le motif qu’il y a à se vouer corps et âme au grand art de l’inutile – manière de survivre :

« Je connais une jeune femme
En mai deux mille quatorze
Qui traduit Proust en grec ancien
Dans une salle de cours
C’est aussi émouvant
Au bout du compte je trouve
Dans son genre de beauté
Qu’un passage à niveau
Sur une départementale » (P 145)



Et me voici aujourd’hui à refermer ce compagnon de la table ronde. Au jardin, sous la voûte cotonneuse. Car ici le bleu se fait rarement céruléen.
Une Hypolaïs Ictérine joue à cache-cache dans le tapis de feuilles. Gazouillis interminable…
La solitude parfois, douce-amère. Et rêver éveillé :

« Partir
Avec Homère et de l’eau fraîche
Lire se baigner lire se baigner oublier dormir à l’ombre d’un tamaris lire se baigner une dernière fois » (P 162)


8 juil. 2015

Singularité

Foulque sous les soleils du multivers des Cinq tailles
[Cliquer sur la légende pour image en grand format]

L’encre du temps plantant ses banderilles immobiles dans la chair tendre des cœurs ;
Organes faiseurs d’heurs et de malheurs…

Portés par les bulles éphémères des secondes ;
De la bile noire aux flottaisons incertaines.

Une volonté inflexible pour rien !
Sinon la stupeur.

A courir des sentes qui ne mènent nulle part ;
Souriant au jour comme à la nuit.

Impassible et si fragile.
Sous la pluie de l’instant ou le soleil des ans.

Sans plus savoir vraiment ;

Ni plus même ressentir  les vives douleurs du devenir.

Palais Idéal du facteur Cheval (photo par Axel)
[Cliquer sur la légende pour image en grand format]


Enchevêtrement
[Cliquer sur la légende pour image en grand format]

6 juin 2015

Le chant d'un oiseau, comme une madeleine de Proust...

Pour Chateaubriand, la grive : 

 « Je fus tiré de mes réflexions par le gazouillement d'une grive perchée sur la plus haute branche d'un bouleau. A l'instant, ce son magique fit reparaître à mes yeux le domaine paternel. J'oubliai les catastrophes dont je venais d'être le témoin, et, transporté subitement dans le passé, je revis ces campagnes où j'entendis si souvent siffler la grive. Quand je l'écoutais alors, j'étais triste de même qu'aujourd'hui. Mais cette première tristesse était celle qui naît d'un désir vague de bonheur, lorsqu'on est sans expérience ;  la tristesse que j'éprouve actuellement vient de la connaissance des choses appréciées et jugées. Le chant de l'oiseau dans les bois de Combourg m'entretenait d'une félicité que je croyais atteindre ;  le même chant dans le parc de Montboissier me rappelait des jours perdus à la poursuite de cette félicité insaisissable. Je n'ai plus rien à apprendre, j'ai marché plus vite qu'un autre, et j'ai fait le tour de la vie ».

Troglodyte s'égosillant... (photo par Axel)
Et pour moi le troglodyte mignon… 
Sur les berges de ce lac que je vis naître… Car ce n’était, du temps de ma jeunesse, que prairies inondables. Puis, une fois l’eau circonscrite, ce fut le point de ralliement d’une amitié indéfectible. 
Nous y allions chaque semaine en vélo, jumelles en bandoulières. Avec le hibou des marais où le héron cendré pour réconfort, un Garrot à œil d’or parfois…. Il nous arrivait de ramener quelques tritons qui s’échappaient aussitôt.
Pour reste, je puis m’approprier ce vague à l’âme de l’auteur des mémoires d’Outre-tombe : 

" Mais cette première tristesse était celle qui naît d'un désir vague de bonheur, lorsqu'on est sans expérience ;  la tristesse que j'éprouve actuellement vient de la connaissance des choses appréciées et jugées"


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D’ordinaire les philosophes ne sont pas très diserts sur la gent ailée. Kant fait un peu figure d’exception :

« De tous les changements que le printemps apporte, il n'y en avait plus qu'un maintenant qui intéressait Kant. Il languissait après avec une avidité et une intensité d'attente qu'il était presque douloureux de contempler : c'était le retour d'un petit oiseau (moineau peut-être ou rouge-gorge ?) qui chantait dans son jardin et devant sa fenêtre. Cet oiseau, soit le même, soit son successeur dans la suite des générations, avait chanté pendant des années dans la même situation. Et Kant devenait inquiet quand le temps froid avait duré plus longtemps qu'à l'ordinaire et retardait son retour. Comme Lord Bacon en effet, il avait un amour enfantin pour tous les oiseaux ; en particulier, il s'appliquait à encourager des moineaux à faire leur nid au-dessus des fenêtres de son cabinet de travail. Quand ceci survenait, et c'était fréquent à cause du profond silence qui régnait dans cette pièce, il guettait leur travail avec le délice et la tendresse que d'autres donnent à un intérêt humain ».
Thomas de Quincey « Les derniers jours d’Emmanuel Kant » 

Je lis encore dans le Traité des oiseaux dans le livre IX de l'Histoire des animaux d’Aristote que « dans les oiseaux, les tachetés, les alouettes, les pies, le verdier, sont ennemis les uns des autres; car ils se mangent mutuellement leurs œufs. » Rien n’est vrai bien sûr, mais il est toujours bon d’évoquer les mœurs qu’on suppose volatiles… 

Et de souligner le mot d’Antisthène qui affirmait « qu’il valait mieux tomber en proie aux corbeaux que sous la griffe des flatteurs : ceux-là s’attaquent aux cadavres, ceux-ci dévorent les vivants » 
(Jeu de mots Korax / corbeau – Kolax / flatteur).

D’où le plaisir éprouvé à ce conciliabule de pies….


Conciliabule... (photo par Axel)

Mais il n’y a pas que les oiseaux à avoir des ailes… 




21 mai 2015

Farniente, Dans le mitan d’une forêt - Descartes

Non pas dans le mitan d'une forêt, mais à flotter dans les basses eaux d'un lagon....

Ce n’est pas du côté de Descartes vers qui je serai allé spontanément pour inaugurer cette nouvelle rubrique dévolue au farniente.
Mais enfin…

« Je dors ici dix heures toutes les nuits et sans jamais aucun soin me réveille, après que le sommeil a longtemps promené mon esprit dans les buis, des jardins et des palais enchantés, où j’éprouve tous les plaisirs qui sont imaginés dans les Fables, je mêle insensiblement mes rêveries du jour avec celles de la nuit ; et quand je m’aperçois d’être éveillé, c’est seulement afin que mon contentement soit plus parfait, et que mes sens y participent… »

Descartes, Méditations de 1641


Mais il y a du bon au milieu de cette forêt, avec pour guide Denis Moreau. Et si je ne suis pas cartésien pour un sou - ce que je savais déjà -, il n’empêche que l’on voyage ici en fort bonne compagnie…


Musicalement merveilleusement illustré par Yello ; « Desire », et qui avive des souvenirs d’Antilles ; le sable des Gosier ou les bikinis de Sainte-Anne…
Ce kitch et ce désuet si chers aux cœurs égarés.

Un brin mélancolique.




J’ai toujours préféré Santa Clara, et de quoi alimenter, à travers cette bonne illustration en vidéo, dans le sillage du « maître et possesseur de la nature » (j’ai oblitéré à dessein et par mauvais esprit le fameux « comme »),  l’idée de l’homme machine de La Mettrie… 
(ce n'est sans doute pas ainsi que j'aurai traduit en image ce morceau, mais allons, ce n'est pas le lieu de trop pinailler... Ce clip est plutôt prémonitoire, en un sens...Entre publicité et promothéisme ; il y manque juste le fatal accident)



Et pour réconcilier les antagonismes de la sieste ; « Lost again»….  
Jamais titre ne fut si bien trouvé.