Blogue Axel Evigiran

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La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à se perdre dans les labyrinthes de l'esprit dilettante ?


A la vérité, rien n’est plus savoureux que de muser parmi les sables du farniente, sans autre esprit que la propension au butinage, la légèreté sans objet prédéterminé.

Broutilles essentielles. Ratages propices aux heures languides...


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12 mai 2016

El Zócalo : les fresques de Diego Rivera au Palacio National

Par une après-midi déjà bien entamée, direction El Zócalo, fameuse place située au cœur du centre historique de Mexico, là où fut décapitée la civilisation aztèque par un certain Hernán Cortés et sa clique. Il faut dire que la Plaza de la Constitución dans sa démesure a oblitéré l’ancienne place du marché (tiangui) qui jouxtait la cité des dieux (teocalli) de l’ancienne ville de Tenochtitlan qui compta au temps de sa prospérité, dit-on, plus de 200.000 têtes. Il ne reste aujourd’hui de ces splendeurs passées que les décombres du Templo Mayor, la pyramide principale haute de 45 mètres qui dominait alors le centre cérémoniel de la défunte capitale. De son ventre furent exhumées moult merveilles, pour la plupart exposées désormais au Musée national d’anthropologie où se trouve également une reconstitution du sanctuaire. 

Mais ce n’est point le sujet sur lequel je voulait m’étendre ici.

Dans le musée anthropologique de Mexico... (photo par Axel)
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Entrons donc sous le portique de sécurité du Palacio National, tandis que dans la rue un vendeur à la sauvette soudoie un policier pour s’assurer de sa tranquillité, chose banale, nous confirme consterné notre guide, Horacio.

Fresque de Diego Rivera au Palacio National
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Une fois dans la place, ayant volté sur notre gauche, dos à la fontaine trônant au centre du monumental patio cerné d’arcades baroques, nous voici donc face à l’escalier central pour y admirer les monumentales fresques murales de Diego Rivera, dont je n’avais jusqu’alors, comble de mon inculture, jamais entendu parler. Ni de lui, ni de Frida Kahlo (n’étant point aficionado forcené du grand écran - un film sorti en 2002, « Frida », relate son existence).
Ainsi, vierge de tout préjugé, mon sentiment face à la première composition de celui qui se liera d’amitié avec Modigliani lors de son passage à Paris, la plus monumentale d’entre toutes et qui représente l’histoire du Mexique de 1521 à 1930, fut celle d’un énorme ensemble un peu kitch, entre art naïf et réalisme, aux couleurs flashy, mêlant messages gros comme des autobus au fracas des armes. Jugement mitigé donc, que corrigea la vue des autres fresques de l’étage, bien plus dans mon goût, avec ces oiseaux, ces parures, ces scènes chatoyantes et tribales, moins marquées semble-t-il par l’idéologie, où de manière plus subtile. Fourmillement de détails et d’histoires composées en plans successifs, ne laissant pas un seul espace blanc, dont paradoxalement il se dégage une espèce de sérénité paisible. Motifs qui finirent par me plaire tout à fait - et même un peu plus que cela - et dont aujourd’hui, je regrette de ne pas en avoir tiré davantage de clichés, ni accordé l’attention que méritait tel chef d’œuvre - ce que n’aurait pu manquer tout homme de véritable culture.


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A la vérité et pour conclure sur mes impressions d’alors, ce dont mon ignorance m’a préservé fut aussi la source de mon inconséquence. Mais c’est là fatalité. Et il m’aura fallu, de retour de voyage, tomber sur une émission sur le Mexique des années 30 pour apprendre les relations du peintre et de sa compagne avec le surréalisme, sa tête de pont ayant été transplantée en 1938 au Mexique, missionné par le Ministère des Affaires Etrangères, sans doute davantage pour satisfaire son goût d’exotisme que par soucis prosélyte.


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Diego Rivera (1886 - 1957), anticlérical et athée déclaré, clairement engagé à gauche appartiendra au sérail des peintres officiels du gouvernement postrévolutionnaire mexicain. Et c’est lorsque revenu d’Europe en 1921 qu’il tentera, avec le succès que l’on connait, de faire renaitre une peinture typiquement mexicaine : « Pour cela, il va cherchant son inspiration dans le monde qui l'entoure, son monde, sa vie quotidienne, l'histoire de son pays, ses coutumes comme ce goût prononcé
pour le morbide et la mort... Il reprend la technique, chère aux précolombiens, de la fresque (et de préférence monumentale), faite à la détrempe. Tout de suite, son style est remarqué. En 1922, il réalise la fresque de l'amphithéâtre « Bolivar » de l'Ecole Nationale Préparatoire, puis l'Ecole d'Agriculture de Chapingo, puis des ministères : Santé, Education et finalement le Palais Présidentiel ( « Histoire du Mexique : de la Conquête à 1930 », 1929-35 et 1945). » (1)


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Un mot enfin de Frida Kahlo (juillet 1907 - juillet 1954) tempétueuse descendante de Mathilde Calderón, au sang indien et d’un photographe d’origine allemande.
Jeune militante, inscrite au Parti Communiste Mexicain en 1928, elle rencontrera alors Diego Rivera avec lequel elle se mariera l’année suivante. Relations tumultueuses autant que passionnées qui se solderont par un divorce en 1939. Entre temps elle aura eu une liaison avec Léon Trotski, hébergé chez Frida à Coyoacán et à qui elle offrira pour son anniversaire une toile intitulée « Autoportrait dédié à Léon Trotski ». Quant à son époux, volage invétéré, il l’avait déjà trompé en 1934 avec, entre autres, sa propre sœur, Cristina. Episode qui laissera à « la boiteuse » une profonde blessure, traduite dans le tableau « Quelques Piqûres » (« Unos Cuantos Piquetitos ») qui évoque un meurtre perpétré par jalousie sur une femme.

« Frida l’estropiée », célèbre pour ses autoportraits au front barré de sourcils noirs, sera aussi qui refusera de se faire enrôler dans le mouvement surréaliste : « On me prenait pour une surréaliste. Ce n’est pas juste. Je n’ai jamais peint de rêves. Ce que j’ai représenté était ma réalité. » (2)


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Pour finir sur une balade fort bien documentée autour des fameuses fresques du Palais National de Mexico, je renvoie - et incite chacun à y jeter un œil, voire les deux - au très beau billet intitulé « Diego Rivera, murales del Palacio Nacional » sur le blog à plusieurs voix « La part manquante », dont la philosophie, selon leurs propres dires, s’énonce de la manière suivante : « Se donner la possibilité d’être au monde par un regard débarrassé des préjugés, grâce à une oreille résistante à la mélodie obsédante des médias “mainstream”, un esprit affranchi de nos servitudes modernes que sont la publicité et la religion de la consommation. »




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(1) voir l’excellent site viva mexico - http://www.vivamexico.info/Index1/DiegoRivera.html

(2) Le journal de Frida Kahlo, préfacé par Carlos Fuentes, éditions du Chêne, 1995

20 août 2014

Souvenir de Frida Kahlo à l’Orangerie : unos cuantos piquetitos !

(Cliquer ci-dessus pour lien au billet d'origine ainsi qu'aux commentaires associés)

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Lorsque le nom de Frida Kahlo percute mes rêveries, c’est une figure de douleur qui aussitôt se dessine. Frida la bancale – Pata de palo…, incarnation presque idéale du tragique. 

Frappée par la poliomyélite à l’âge de huit ans elle ne faisait qu’entrevoir que le « monde n’est pas là pour nous faire plaisir ». Car si cela ne suffisait pas à sa peine, ses 18 bougies juste soufflées, une implacable histoire d’ombrelle aller irrémédiablement tourner son destin. 
Nous sommes le 17 septembre 1925. C’est la fin de l’après-midi, le temps est pluvieux sur Mexico. Elle est avec son ami Alejandro. Ils se rendent à Coyoacan. Montent dans le bus, mais en redescendent aussitôt car Frida a oublié son ombrelle. Prennent le suivant. 
Peu après leur voiture est percutée en son milieu avec une violence inouïe par un tramway sorti de ses rails.


Ejectée sur le pavé, Frida a été transpercée par une main courante, entrée dans le dos pour ressortir par le vagin. « C’est comme cela que j’ai perdu ma virginité », dira-t-elle plus tard. 
On raconte que les badauds attroupés s’écrièrent, à la vue du corps ensanglanté de la jeune femme : « La bailarina, la bailarina ! ». Un voile d’or, en effet, la couvrait ; paillettes de étincelantes répandues sur la malheureuse par l’explosion d’un sachet de poudre d’or que transportait un artisan.  
Mais Frida ne se rend pas compte de son état : « … je n’ai pas compris la situation, je ne me suis pas rendu compte du genre de blessures que j’avais subie. La première chose à laquelle j’ai pensé, ça été à un joli bilboquet multicolore que j’avais acheté ce jour-là et que je transportais avec moi ». Elle y insiste : « Ce n’est pas vrai qu’on se rend compte du choc, ce n’est pas vrai qu’on pleure. Je n’ai pas eu de larmes. Le choc nous a projetés en avant, et une rampe du bus m’a traversée comme l’épée traverse un taureau ». 

D’une tragédie naitra une vocation. 
« Je n’avais jamais pensé à la peinture avant 1926, quand j’ai du rester alitée suite à un accident de la route » (lettre à Julien Levy en 1938).
Ou encore : « je ne suis pas morte et, de plus, j’ai une raison de vivre, c’est la peinture ».

Mais revenons un peu en arrière pour mieux cerner, s’il est possible, le tempérament de cette artiste si attachante dans sa singularité même, déambulant sur des chemins de traverse à l’écart des mouvements artistiques d’alors  - car, ne l’oublions pas : « Faire de Frida Kahlo une surréaliste relève du contresens. » (Gérard de Cortanze, Frida Kahlo, la beauté terrible - p 15).

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« J’avais à peine un an quand commença la révolution et je commençais à me rendre compte de ce qui était entrain de se passer », affirme-t-elle dans ses confidences. Il est peu probable qu’elle ait pu s’en souvenir. Mais la reconstruction du passé est l’une des choses au monde la mieux partagée. Quoi qu’il en soit, Frida déroule son monde intérieur : « Je me souviens que j’avais 4 ans lors de la décade tragique. J’ai été témoin oculaire de la lutte paysanne de Zapata contre les troupes de Carranza ». Tel est le sens donné au chaos apparent de son théâtre, la cohérence du hasard si l’on veut, et qui justifiera à ses yeux son engagement militant : « L’émotion restée intacte de la « Révolution mexicaine » est ce qui m’a poussée à 13 ans à entrer aux jeunesse communistes ».

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Son état civil est coloré, à l’image de ce destin tourmenté où « elle connaitra les bonheurs fous et les malheurs immenses » (Fabrice Gaignault). Un arbre aux racines enchevêtré, sonnant comme une symphonie : Magdalena Carmen Frida Kahlo y Calderon
Son père, d’origine hongroise, né en Allemagne, est devenu photographe après avoir exercé de nombreux métiers. Il aime à ses heures de loisir lire Schopenhauer. En secondes noces il a épousé Matilde Calderon y Gonzales, d’ascendance indienne. Leur fille, Frida, naîtra le 6 juillet 1907. 
De sa nourrice, « on s’aperçoit alors qu’elle allaite le bébé depuis un an qu’elle est alcoolique » (GC p 30). Pas de quoi cependant expliquer la prédilection de la peintre  pour le pulque, cette boisson traditionnelle de faible conservation, semblant plaire en particulier au femmes (cf. le Chêne siffleur).

https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEgEs6RDK0nSQ2Lhq5C0aTMD1Qdy87Y96ODjMqTFT99yWlRrOrGN-t2mPufjIAMAgE7BOCJ1ZEZ4lVqfn4Ro2hDEo91RsvccUzPpbeabIHxPfRV78Nv8a4BMei9S52Xxc4qjncc_gjlxlvxr/s1600/Kalho+Frida+-+Diego+and+i+-+1949.jpgMais un autre accident attendait la jeune femme.
« J’ai eu deux accidents graves dans ma vie. L’un, c’est quand un tramway m’a écrasée. L’autre, c’est Diego ». C’est d’une lucidité implacable.  
Et si « la légende raconte que Frida Kahlo a croisé une première fois Diego Rivera alors qu’il peignait, juché sur l’échafaudage dressé dans l’amphithéâtre Bolivar » (GC p 42), d’aucuns optant pour la métaphore évoquerons assez justement la rencontre de l’éléphant et de la colombe, ou peindront l’histoire du crapaud-grenouille, lié au dieu Tlaloc du panthéon aztèque, « celui qui fait ruisseler les choses »,  avec son « antigua ocultadora » (ancienne magicienne).
Quoi qu’il en soit, le coup de foudre est réciproque. Et lorsque le gros homme demandera au père de Frida la main de sa fille, ce dernier acceptera de bonne grâce, non sans une mise en garde étrange, affirmant que sa fille est une domonio oculto (un diable caché).

Le mariage aura lieu le 21 août 1929 et sera célébré par un vendeur de pulque à ses heures. Quant à la soirée, elle se finira dans un branle indescriptible, avec Diego sous l’emprise de la tequila, tirant au pistolet sur les convives après que son ancienne femme, Lupe Marin, eût fait irruption dans la salle, se ruant sur Frida pour soulever sa jupe criant : « Vous voyez ces deux bâtons ? Voila les jambes que Diego a maintenant à la place des miennes ! ». 
La jeune mariée finira par se réfugier chez ses parents en larmes. On aura vu mieux comme nuit de noces. 

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La fidélité en amour n’est d’ailleurs pas ce qui caractérise Diego Rivera. Frida le sait et n’en a cure, pensant peut-être pouvoir tenir l’ogre en ses jupons. Pourtant, très vite ce dernier noue une relation avec la peintre Ione Robinson, puis avec l’un de ses modèles, Dolores Olmedo. Début d’une longue série.

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A ces tendances volages, Diego ajoute une cuistrerie peu commune. Et tandis que sous l’emprise de ses appétits il a mis son lit la propre sœur de Frida, Cristina, il osera jeter au visage du « pauvre petit cerf blessé », qui a subit pourtant déjà trois avortements : «  En fait, celle que j’aimais c’était ta sœur ; tu n’a été que la paillasson de mon amour » (cité par Emmy Lou Packard). 
Frida, incapable de trouver consolation dans les bras de ses amantes de circonstances où sous les caresses de ses amants, dont le trop vieux pour elle Léon Trotski, à bout de nerfs finit par divorcer en 1939. Mais elle a Diego dans la peau, et sans lui dépérit. Ils finissent par se remarier en décembre 1940.





Diego Rivera est incontestablement un grand peintre. Mais en tant homme, tout à rebours du gentleman, il fait profession de lâcheté : « Diego fuit dès que les soucis apparaissent. Pendant que Frida souffre le martyre, Diego vit une idylle avec la belle et pulpeuse et attirante et en si bonne santé Maria Felix » (GC P 153). 

Car la biographie de Frida «  ... représente 29 années de souffrance. A partir de 1944, elle portera 8 corsets. En 1953, sa jambe, atteinte de gangrène, est amputée. Les sécrétions de son dos blessé la font ‘puer comme un chien mort’. Elle est pendue, nue, par les pieds, la tête en bas, afin de renforcer sa colonne vertébrale » (Carlos Fuentes). 
Dans ces épreuves elle ne peut compter sur son époux. Pire, elle souffre par Diego. Et la « plaisanterie » Maria Felix frôle le drame, Frida ayant tenté de se suicider en avalant une importante quantité de barbituriques. Dans son journal, elle a écrit : « aujourd’hui, 17 juillet 1949, tête d’oiseau mort, je ne peindrai plus, je veux mourir, je veux mourir » GC P 160

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Le vécu de la peintre mexicaine et son œuvre s’intriquent avec l’intensité du désespoir. 
Des autoportraits : « Je me peins parce que je suis seule. Je suis le sujet que je connais le mieux » (journal)
Il y aura ces fameuses quelques petites piqures, inspiré par la double trahison de sa sœur et de Diego. On encore cette gravure de 1932, Frida et l’avortement. Avec une femme ayant pour tête une colombe. Dans la marge ces quelques mots : « La colombe s’est trompée – Se trompait… ».
Etc.


Ses relations avec le Surréalisme sont épineuse. 
« Frida déteste Breton. Elle estime que celui que tous s’accordent à considérer comme le ‘pape du surréalisme’ en fait trop. Certes il porte beau, il est brillant, mais l’homme est pédant, capable de disserter des heures sur le rôle de l’inconscient dans la peinture – à commencer par celle de Frida ; il a des certitudes intellectuelles absurdes, comme celle voulant faire du Mexique un endroit surréaliste par excellence ; non, elle n’aime pas cet homme qui se dit marxiste, et qui, malgré ses beaux discours sur le peuple et l’humanité, est capable de voler un retablo accroché au mur d’un sanctuaire sous prétexte que cet ex-voto est un trésor surréaliste ! » (GC p 107)
Ce dernier, avec son sens de la formule à entrées multiples, disant tout et rien à la fois, claironnera : « L’art de Frida Kahlo de Rivera est comme un ruban autour d’une bombe ». Mais pour Frida, pour reprendre l’image du biographe Gérard de Cortanze, « Breton au Mexique, c’est tintin chez les Picaros… » (GC P 109).
Plus tard, lors de son voyage à paris elle écrira en grande furie qu’à ses yeux Marcel Duchamp est « le seul à avoir les pieds sur terre, dans cette bande de cinglés de dingos de fils de putes surréalistes ». 

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Sur la peinture de Frida, le plus clairvoyant c’est Diego : 
« C’est une œuvre amère et tendre, dure comme l’acier et fragile et fine comme les ailes d’un papillon, aimable comme un joli sourire et atroce comme l’amertume de la vie » (Diego Rivera dans une lettre au critique d’art américain Sam A.Lewsohn. 
Rivera dit ainsi en peu de mot ce que Breton aura mis plusieurs page à ne pas saisir (GC p 111)
Le crapeau-mufle, pas si dénué de sensibilité, écrira encore : « Jamais auparavant, une femme n’avait crée de poésie aussi déchirante sur la toile ».

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Une dernière anecdote, lors du premier voyage de Frida Kahlo aux Etats-Unis, pays emblématique du capitalisme triomphant et qu’elle nomme Gringolandia
Cela se passe à Détroit, où elle est arrivée en avril 1932. Elle se demande : « comment peut-on être reçu, en pleine crise économique, par des nantis, dans des fêtes somptueuses ? » (GC p 79). En effet, nous sommes fort loin des Raisins de la colère. « Comment peut-on admirer, ajoute-t-elle, ce M.Henry Ford qui accuse les juifs d’être les ‘sangsues de l’Amérique’ » (GC p 79).
Voilà Frida ! 

Mais ce modeste billet n’a pas pour motivation une biographie de la colombe mexicaine qui, « Dans la dernière partie de sa vie, a cherché dans le Livre des morts des anciens égyptiens une explication à sa ‘malchance innée’ » (GC p 30), et se demande : 
« Que deviendrai-je sans l’absurde et le fugace » (journal)

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      Pour ce texte je me suis adossé pour l'essentiel à l'excellente biographie de Gérard de Cortanze, "Frida Kahlo, la beauté terrible)




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Ma première rencontre avec le nom de Frida Kahlo, remonte à 2012, tandis que je contemplais les immenses fresques de Diego rivera au Palacio Nacional. A l’époque je ne savais rien du couple mythique, rien de leurs peintures ni de leurs amours tumultueux – ce qui en dit long sur ma vaste culture.

Des compositions monumentales jetées sur les murs cernant l’escalier d’apparat, j’ose affirmer que je les avait trouvées sinon laides, du moins kitch, ne comprenant pas la dévotion mexicaine pour le gros bonhomme – évidemment j’ai révisé mon jugement, tant il est vrai que la forgerie du goût passe des méandres de l’accoutumance épicée par la notoriété du commis, ingrédients auxquels s’ajoute une part d’intellect teinté par cohorte d’émotions. 
A l’étage du palais, les compositions plus modestes par leurs tailles et teintés d’un zeste d’exotisme, me convirent mieux – d’où quelques clichés avantageux. 
Mais de Frida, rendue alors célèbre aux touristes français grâce à une adaptation cinématographique réussie (ce que je ne savais pas alors), il n’y avait rien à contempler (ce n’était pas dans notre programme). 

Il m’aura fallut attendre cet accrochage à l’Orangerie, décembre dernier, pour me frotter enfin aux toiles de celle dont je ne saurai dire si ce qui me séduit le plus sont les œuvres ou le destin.




Reprise de mes carnets

Les énormes bandes de nymphéas de Monnet plutôt décevantes et je n’ai pas particulièrement aimé les Renoir, trouvés d’un mièvre confondant. Par contre Soutine et ses vues hallucinées m’ont séduits - ce que je ne n’aurai pas cru de prime abord.
Sur l’accrochage temporaire, les toiles exposés de Rivera montrent fort bien comment il est passé par une foultitude de styles avant de se forger son propre pinceau : du cubisme, des arbres dans le genre Cézanne, aux compositions selon sa propre griffe. 

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Chez Kalho, ce qui m’a surpris - et décontenancé - c’est le format minuscule des œuvres. C’est une réaction très bête mais instinctive. Mais voir Une petite piqure ou La colonne brisée à leur vrai format fait un choc. Pourtant il suffisait de lire les dimensions annoncés dans les livres d’art, comprendre aussi qu’elle a peint le plus souvent allongée dans son lit de douleur. Comment aurait-il pu en être autrement ?  Et pourquoi un tel embarras de l’entendement ? Que vient faire la taille d’une œuvre dans la perception ou la réception d’un tableau ? C’est qu’implicitement il s’agit d’un format domestique ; une dimension de peintres du dimanche. Nonobstant cette gène, l’émotion s’empare du cœur et réduit à néant la réserve – une contemplation remuant de l’intérieur jusqu’à l’effacement de tout esprit de système, de toute volonté à vouloir raisonner sur l’impression faite par ces œuvres tant attendues. 
Elles étaient là et c’était tout ! 
Mais il y avait aussi les photographies, et surtout le petit film ou Frida Kalho ressuscite sous nos yeux….


Des toiles que je connaissais celles qui m’ont le plus touché : Autoportrait à la robe de velours (1926), Portrait de Luther Burbank (1931), Ma naissance (1932). 

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Parmi les découvertes : Jeune fille « tehuacana » ou soleil et lune (1942), Le poussin (1945). 

 



Kalho, la frêle, aura été en fin de compte le délicat et torturé miroir au gigantisme mastoc des fresque de l’énorme Rivera (passant, les reproductions présentées à l’Orangerie ne rendent pas justice aux originaux de Mexico).

https://blogger.googleusercontent.com/img/b/R29vZ2xl/AVvXsEhYa6dXp14jVvhbtIIlROq1jmA8AVWIPnmz_UEy_Ef4YB-i3NsuEXAeG5_MrX5zWovfGyGcDeH8EFNQ2amC-fYgBkmHj7-jSTn-gXwCAHjwQoS48BFbwBmD6Yq1XlGlcatpl3QwW0Xn6_w5/s3200/Photo+-+Frida-Kalho.jpg

11 oct. 2013

Frida Kahlo

« Je n’avais jamais pensé à la peinture avant 1926, quand j’ai dû rester alitée suite à un accident de la route. Je m’ennuyais beaucoup dans mon lit, (…) alors j’ai décidé de faire quelque chose. J’ai chipé de la peinture à l’huile à mon père et ma mère m’a fait fabriquer un chevalet spécial, parce que je ne pouvais pas m’asseoir. Voilà comment j’ai commencé à peindre ».


Lettre à Nickolas Murray, 1939

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Frida Kahlo - The love embrace of the universe - the earth Mexico - Myself Diego and señor Xólotl - 1949

« La relation duelle entre l'homme et la femme trouvent leur correspondance dans la relation amoureuse entre le soleil et luna. 
Cela est illustré par l'étreinte amoureuse de l'univers, par le chien Itzcuintli, représentant le seigneur Xólotl, accroupi au pied du couple.
Cette étreinte n'est pas seulement un refuge pour le petit animal du peintre. Il représente, dans le même temps, une figure important de l'ancienne mythologie, le chien mexicain nommé Xolotl qui sauve le monde des morts.... 

On retrouve ici le double principe de la mythologie préhispanique : la vie et la mort participent ensemble à l'harmonie du monde et à celle de l'artiste. »

Andrea Kettenmann

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Frida Kahlo
[1907 - 1954]

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Frida Kahlo - A few small nips passionately in love - 1935
Frida Kahlo - Diego and I - 1949
Frida Kahlo - Flower of life flame flower - 1943
Frida Kahlo - Girl with death mask - she plays alone - 1938
Frida Kahlo - Henry Ford hospital - the flying bed - 1932
Frida Kahlo - Me and my parrots - 1941
Frida Kahlo - Moses - 1945
Frida Kahlo - My dress hangs there - 1933
Frida Kahlo - My grandparents my parents and me - 1936
Frida Kahlo - Portrait of Alicia Galant - 1927
Frida Kahlo - Portrait of Cristina my sister - 1928
Frida Kahlo - Portrait of Diego Rivera - 1937
Frida Kahlo - Portrait of Dona Rosita Morillo - 1944
Frida Kahlo - Portrait of Luther Burbank - 1931
Frida kahlo - Self-portrait - 1930
Frida Kahlo - Self portait very ugly - 1933
Frida Kahlo - Self-portrait dedicated tom Leon Trotsky - between the curtains - 1937
Frida Kahlo - Self-portrait in a velvet dress - 1926
Frida Kahlo - Self-portrait with a monkey - 1938

Frida Kahlo - Self-portrait with cropped hair - 1940
Frida Kahlo - Self-portrait with monkey - 1940
Frida Kahlo - Self-portrait with necklace of thorns - 1940
Frida Kahlo - Self-portrait with the portrait of doctor Farill - 1951
Frida Kahlo - Sel-portrait with loos hair - 1947
Frida Kahlo - The broken column - 1944
Frida Kahlo - The dream - 1940
Frida Kahlo - The suicide of Dorothy Hale - 1938
Frida Kahlo - The Two Fridas - 1939
Frida Kahlo - Tree of hope - remain strong - 1946
Frida Kahlo - Two nudes in the forest - the earth itself - 1939
Frida Kahlo - What the Water Gave Me - 1938
Frida Kahlo - Without hope - 1945

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Corrido pour A. et L. 1

Mai 1946

Tout seul allait le petit Cerf
triste, à l’abandon, blessé
mais chez Arcady et Lina
il put enfin se réfugier

Quand le Cerf s’en reviendra
requinqué, joyeux, soulagé,
les blessures de son corps meurtri
enfin auront été gommées

Merci, mes enfants bien-aimés, 
de tout cœur, pour votre appui
Dans la forêt qu’habite le Cerf
enfin le ciel s’est éclairci

Coyoacan, vendredi 3 mai 1946

Acceptez ci-joint mon portrait
pour que toujours je sois présente,
tous les jours et toutes les nuits, 
même quand je serai absente. 

La tristesse est reflétée 
dans chaque recoin de mes tableaux, 
je ne vois pas la moindre issue
car c’est bel et bien mon lot. 

Inversement, le bonheur
est dedans mon cœur enfoui
grâce à Arcady et Lina
parce qu’ils m’aiment telle que je suis. 

Je vous offre cette peinture
réalisée avec tendresse
en échange de votre amour
et de votre gentillesse.


Frida


Frida Kahlo - The little deer - 1946
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« Ils pensaient que j'étais une surréaliste, mais je ne l'étais pas.
Je n'ai jamais peint de rêves, j'ai peint ma réalité. »


Frida Kahlo 


Frida Kahlo on a boat in Xochimilco, one of The Coolest Places in Mexico City, 1936, photo by Fritz Henle
 Frida Kahlo par Julien Levy, New York, 1938
Frida Kahlo on her bed
Frida Kahlo - 1939 - Par Nickolas Muray
Frida Kahlo - Xochimilco, Mexico City, photo by Fritz Henle, 1936
« Tu ne peux pas imaginer combien ces gens sont des fils de pute. Ils me font vomir. Ils sont si foutûment ‘intellectuels’ et dépravés que je ne peux vraiment pas les supporter plus longtemps. (…) Cela valait la peine de venir jusqu’ici rien que pour voir pourquoi l’Europe pourrit et que tous ces bons à rien sont la cause de tous les Hitlers et Mussolinis. Je donnerais ma tête à couper qu’aussi longtemps que je vivrai je haïrai cet endroit et ses habitants ».

Frida Kahlo
Lettre à Nickolas Murray, 1939

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QUELQUES LIENS

La palette et le rêve : Frida Kahlo
Site Frida Kahlo (anglais)
Frida Kalho foundation
Viva Mexico : Frida Kahlo
Frida Kahlo et les surréalistes
Autour des correspondances de Frida Kalho
Jadis et naguère, Frida Kahlo

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Xochimilco, Mexico City en 2012