Blogue Axel Evigiran

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La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à se perdre dans les labyrinthes de l'esprit dilettante ?


A la vérité, rien n’est plus savoureux que de muser parmi les sables du farniente, sans autre esprit que la propension au butinage, la légèreté sans objet prédéterminé.

Broutilles essentielles. Ratages propices aux heures languides...


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28 mai 2015

Alain : La fonction de chef ne relève pas de la compétence (Propos sur les pouvoirs)

Billet initial du 12 avril 2013
(Billet initial supprimé de la plateforme overblog, infestée désormais de publicité)

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En guise de mise en bouche....



L’ambitieux et l’intriguant sans scrupules avancent par tous les vents ; l’homme de principe reste dans des postes subalternes.

(Le propre de) l’homme juste est de ne pas vouloir gouverner tous les autres, et de se gouverner seulement lui-même.

L’art du politique est de refuser en détail ce qu’on a promis en gros.
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Etienne Chouard a dit tout le bien qu’il pensait de l’essai d’Alain, Propos sur les pouvoirs, recueil de petits textes datés entre 1908 et 1936 (selon mon recensement). Cela a suffit pour me donner envie d’y regarder de plus près, d’autant que jusqu’ici je n’avais rien lu de ce philosophe dérouté et déroutant – ce qui est agaçant à propos d’un penseur qui paraît toujours au cœur des problématiques contemporaines.

Il était fatal, en ce genre d’exercice de compilation, que se trouvât sous le chapeau de ces Propos sur les pouvoirs du bon et du moins bon. Du fulgurant et du pesant. Du lumineux et du sirupeux. Du véritable et du contestable…
Mais quoi qu’on puisse en penser sur le fond, il est indubitable que dans ces paragraphes, rassemblés par thèmes, se trouve toujours matière à penser – gardons-nous toutefois des transpositions trop littérales. 



La fonction de chef ne relève pas de la compétence

« (…) 
Je lisais récemment qu’un grand inventeur des télégraphes venait de mourir, avec une toute petite retraite. Je me demandai au premier moment : ‘Comment n’était-il pas chef de service ?’ La réponse est aisée à trouver. Il savait le télégraphe, non les passions. Comment aurai-t-il pu recevoir des solliciteurs , deviner ce qu’ils ne disaient pas, apercevoir leurs desseins cachés, peser leur ambition ; reconstruire leur ménage, évaluer leurs dettes, flairer leurs alliances, leurs cousinages, et jusqu’aux protecteurs de leurs femmes ; et en même temps se cacher à eux, dissimuler, feindre un vif intérêt pour des choses de peu, accueillir d’un air glacé les révélations inattendues ; parler enfin pour ne rien dire, insinuer et nier, laisser entendre et ne rien faire entendre, user la faim de l’adversaire en lui jetant des possibles inextricables ; le renvoyer content et mécontent, irrité pour de nouveaux griefs, et oublieux des anciens ; et en somme opposer une passion à une autre, et coupler les désir comme des chiens, afin de les tenir sans trop tirer sur la corde ? Tout cet art n’a aucun rapport avec la connaissance des courants électriques et des signaux distincts courants en même temps sur le même fil.
Je dis même que les deux sciences ne vont guère ensemble. Car l’inventeur est un ingénu, qui pense tout haut ; ses idées sont plus fortes que lui. Au contraire, à vouloir faire taire les idées, on les endort. Le vrai diplomate est celui qui ne pense rien. De là un choix inévitable des médiocres pour la plus haute direction ; je dis des médiocres dans la science même. Par exemple, je suis sûr que le directeur des télégraphes est médiocre en science télégraphique ; le directeur de l’Observatoire, médiocre en science astronomique ; le directeur de la mutualité, médiocre en science économique. Mais tous sont supérieurs dans l’art de tromper. »


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Deux dernières, tiré du chapitre : Obéir mais ne pas respecter 


Le tyran se reconnait à ceci qu'il veut avoir raison. (...) Le chef veux persuader; mais en même temps qu'il argumente, il fait sentir, par le ton, que ses arguments sont, à ses yeux, sans réplique.

Chacun a pu entendre de ces petits rois (...) qui voudraient toujours dire : "je ne vous donne point d'ordre; je vous dis seulement mon avis; et je désire que vous vous y rangiez, et que la décision vienne de vous". Et ils appellent très bien "mauvais esprit" celui qui répond fort poliment : "Mon esprit n'est point une chose à vous; si vous voulez être approuvé, donnez vos raisons (...); mais si vous voulez être obéi, ayez le courage d'ordonner.
 

21 mai 2015

Farniente, Dans le mitan d’une forêt - Descartes

Non pas dans le mitan d'une forêt, mais à flotter dans les basses eaux d'un lagon....

Ce n’est pas du côté de Descartes vers qui je serai allé spontanément pour inaugurer cette nouvelle rubrique dévolue au farniente.
Mais enfin…

« Je dors ici dix heures toutes les nuits et sans jamais aucun soin me réveille, après que le sommeil a longtemps promené mon esprit dans les buis, des jardins et des palais enchantés, où j’éprouve tous les plaisirs qui sont imaginés dans les Fables, je mêle insensiblement mes rêveries du jour avec celles de la nuit ; et quand je m’aperçois d’être éveillé, c’est seulement afin que mon contentement soit plus parfait, et que mes sens y participent… »

Descartes, Méditations de 1641


Mais il y a du bon au milieu de cette forêt, avec pour guide Denis Moreau. Et si je ne suis pas cartésien pour un sou - ce que je savais déjà -, il n’empêche que l’on voyage ici en fort bonne compagnie…


Musicalement merveilleusement illustré par Yello ; « Desire », et qui avive des souvenirs d’Antilles ; le sable des Gosier ou les bikinis de Sainte-Anne…
Ce kitch et ce désuet si chers aux cœurs égarés.

Un brin mélancolique.




J’ai toujours préféré Santa Clara, et de quoi alimenter, à travers cette bonne illustration en vidéo, dans le sillage du « maître et possesseur de la nature » (j’ai oblitéré à dessein et par mauvais esprit le fameux « comme »),  l’idée de l’homme machine de La Mettrie… 
(ce n'est sans doute pas ainsi que j'aurai traduit en image ce morceau, mais allons, ce n'est pas le lieu de trop pinailler... Ce clip est plutôt prémonitoire, en un sens...Entre publicité et promothéisme ; il y manque juste le fatal accident)



Et pour réconcilier les antagonismes de la sieste ; « Lost again»….  
Jamais titre ne fut si bien trouvé.

11 mai 2015

Kant, la nature et moi...

Au détour d'un sentier, dans le Pévèle...
[Cliquer sur la légende pour image en grand format]


« Prendre un intérêt immédiat aux beautés de la nature (…) est toujours l’indice d’une âme bonne »

KANT

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Franchement, cela m'arrange d'y souscrire... 
Et pour une fois que je comprends une phrase de Kant, autant ne pas se priver de ce petit plaisir.

Jour silencieux....
[Cliquer sur la légende pour image en grand format]
Le petit ruisseau...
[Cliquer sur la légende pour image en grand format]

On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, parait-il. Certes, certes mais on dit aussi : rien de neuf sous le soleil !
Alors ?..


Ligne d'horizon
La mise en perspective est toujours trompeuse...
L'isolement relatif ;
La ligne de fuite un faux-semblant.
On regrette toujours un chez-soi, qu'il soit fictif ou non.
Une image, comme un mirage...

13 sept. 2014

Le déni de réel par Clément Rosset - Pathologies du monde comme il va....


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Cette citation tirée de l'avant propos du "Réel et son double" de Clément Rosset, ne pouvait pas mieux tomber en cette période de troubles :

"  Le réel n'est admis que sous certaines conditions et seulement jusqu'à un certain point : s'il abuse et se montre déplaisant, la tolérance est suspendue. Un arrêt de perception met alors la conscience à l'abri du spectacle indésirable. Quant au réel, s'il insiste et tient absolument à être perçu, il pourra toujours aller se faire voir ailleurs .
Ce refus du réel peut revêtir des formes naturellement variées. La réalité peut être refusée radicalement, considérée purement et simplement comme non-être : 'Ceci - que je crois percevoir - n'est pas'. Les techniques au service d'une telle négation radicale sont d'ailleurs elles-mêmes très diverses
(...)
Je peux également supprimer le réel à moindre frais, m'accordant la vie sauve au prix d'un effondrement mental : formule de la folie, très sure aussi, mais qui n'est pas à la portée de n'importe qui, comme le rappelle une formule célèbre du docteur Ey : 'N'est pas fou qui veut'  
En échange de la perte de mon équilibre mental, j'obtiendrai une protection plus ou moins efficace à l'égard du réel : éloignement provisoire dans le cas du refoulement décrit par Freud
(...)
Je peux enfin, sans rien sacrifier de ma lucidité, décider de ne pas voir un réel dont je reconnais par ailleurs l'existence : attitude d'aveuglement volontaire, que symbolise le geste d'Oedipe se crevant les yeux, à la fin d’Oedipe roi...".

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Ce passage est littéralement à double entrée. 

Plus je le retourne dans ma tête, plus un sentiment d'évidence s'impose à moi...
Et de constater qu'en cette période de grand chaos, Clément Rosset m'est d'un bien meilleur secours que tous les traités de sagesses ou que même les profondeurs stoïciennes et lyriques d'un Sénèque.