Blogue Axel Evigiran

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La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à se perdre dans les labyrinthes de l'esprit dilettante ?


A la vérité, rien n’est plus savoureux que de muser parmi les sables du farniente, sans autre esprit que la propension au butinage, la légèreté sans objet prédéterminé.

Broutilles essentielles. Ratages propices aux heures languides...


12 mai 2022

Promenade hors du temps, dans le forum romain

 

Vue du forum, depuis le musée Capilontin ( Photo par Axel)


Par un mardi de début avril, jour de grand bleu, se rendre tôt sur les traces des romains de l’antiquité. Et contempler les restes d’une civilisation qui se pensa éternelle, croyance fort répandue mais toujours détrompée. Qu’on se le tienne pour dit !

 


Entrons, dans l’aire circonscrite par les nécessités modernes[1], du côté de l’arc de Titus, situé pas très loin du colisée et érigé par Domitien (81 après JC) pour célébrer les victoires de son frère à Jérusalem – et la destruction du temple de ladite ville … De quoi faire le pendant avec l’arc Constantin, cet empereur qui lui se convertira sur son lit de mort, en 337, à la religion du crucifié.

Arc de titus (photo par Axel)
 

Arc de Titus ( Photo par Axel)

A déambuler parmi ces ruines il faut fournir un effort pour s’imaginer les bâtiments tels qu’ils furent au temps de leur splendeur. A cela s’ajoute une autre difficulté. Ce que nous contemplons désormais ce sont les restes de constructions étalées sur plus de quatre siècles. Ce que voyait Jules César (-100/-44), n’est pas ce voyait Hadrien (76/138), Marc-Aurèle (121/180) ou Dioclétien (244/311). Que cela ne nous empêche pas de laisser filer le fil de nos rêveries …

 

Mais poursuivons notre chemin. Une fois passé l’arc de Titus, descendons vers la voie sacrée pour longer la basilique de Maxence et se planter devant le temple d’Antonin et Faustine (construit vers 141) et qui sera transformé en église au Moyen-Age – tout se recycle, il n’est qu’à voir le destin de Sainte-Sophie à Istanbul[2]. Ce même Antonin qui fera ériger une muraille célèbre dans ce qu’on appelait alors la Bretagne.


Vue sur le temple d'Antonin et faustine (photo par Axel)

De là aller visiter la maison des vestales, ces vierges choisies dans les plus grandes familles patriciennes et chargées de veiller à l’entretien du feu sacré de Vesta, la déesse du foyer et de la famille. Il ne reste aujourd’hui que quelques murs adossés au mont Palatin, de ce qui fut autrefois un complexe qui comprenait à la fois le temple de Vesta et les habitations des servantes du culte, logement organisé autour d’un atrium central. Jadis alignées sous le portique entourant la cour, se tiennent encore debout quelques statues des Grandes vestales, certaines décapitées… « Mais pourquoi est-ce que ces figures de vestales nous plaisent toujours »[3], s’interroge Diderot. A chacun sa réponse …

 

Maison des vestales (photo par Axel)

Statue de vestale (Photo par Axel)

S’ouvre ensuite à la visite le temple d’Auguste, jouxtant l’église Santa Maria Antiqua, construite au Ve siècle et décorée de fresques de style byzantin, et dont s’apprécie la fraicheur à l’heure du zénith. Il sera dès lors loisible de secouer la poussière de nos semelles en direction de la place du forum et d’y poser un peu. De tourner notre regard vers le temple de César, inauguré par Auguste en 29 av JC, puis admirer les colonnes et une partie de l’entablement du temple de saturne, de loin le plus ancien du forum romain (construit vers 498 av JC). De la basilique Julienne il ne reste pas grand-chose et l’on peine à concevoir que ce fut là le lieu des réunions, des procès et quelques autres activités civiques …


Dans le forum, en excellente compagnie (photo par Axel)
 

Mais partons en direction de la curie, le bâtiment où se réunissait le Sénat romain. Et d’imaginer quelques figures célèbres y déambuler alentour, en toge. Marc-Antoine, Cicéron, Tacite ou encore Brutus, tristement célèbre pour avoir participé à l’assassinat de César…

 

Cicerón denuncia a Catilina, por Cesare Maccari 

Une fois contournée la curie on passera dans un dédale souterrain, filant sous la voie contemporaine qui coupe en deux la zone archéologique, la via dei Fori Imperiali inaugurée par Mussolini, pour arriver au pied de la colonne Trajane, située dans le forum du « meilleur des empereurs romains ». Ce forum, proche de celui d’Auguste et celui de César, sera d’ailleurs le dernier construit à Rome (entre 106 et 113).

 

Mais ce périple tranquille est loin d’être achevé, car de là rebroussons chemin en direction de la basilique Emilienne, à la rencontre de quelques corneilles mantelées venues inspecter les lieux. Le mot de basilique pose d’ailleurs question aux oreilles modernes, car nous y entendons d’ordinaire un édifice religieux. Dans la Rome antique il n’en est rien et le bâtiment, en général de forme rectangulaire, fait à la fois office de tribunal, de bourse de commerce et même de lieu de promenade.

 

Corneille mantelée, dans le forum (photo par Axel)

Reprenons ensuite la voie sacrée et remontons vers le Palatin, l’une des sept collines de Rome, passant sous les ombrages des jardin Farnèse, créés au XVIe siècle sur l’emplacement des ruines du palais de l’empereur Tibère. Et de découvrir des espaces considérables qui mèneront le flâneur du temple de la Magna Mater à la Domus Augustana et son immense stadium.


Stadium (photo par Axel)


Enfin revenir admirer une dernière fois, en surplomb depuis la terrasse des jardins, le forum antique et s’y perdre en rêveries avant de se tourner vers le colisée. Et résolument s’y engager.

 

Vue du forum depuis le Palatin (photo par Axel)

Vue du forum depuis le Palatin (photo par Axel)


Sur ce colisée on a tant écrit ; nous n’allons pas ici en rajouter une louche. Y mettre les pieds est en revanche une expérience singulière. L’ampleur de cet amphithéâtre certes impressionne, mais l’on peut difficilement ne pas être aussi un peu déçu. Bien sûr il y a beaucoup trop de visiteurs pour pouvoir pleinement savourer les lieux. Mais c’est aussi je crois le lot de tous les endroits trop célèbres. Le réel ne peut y être à la hauteur des attentes. Ceci dit, il faut tenter d’imaginer ce que pouvaient être les spectacles donnés à l’époque impériale dans cette arène qui pouvait accueillir plus de 50.000 spectateurs. On pense évidemment aux spectacles de gladiateurs, mais pas seulement. Passant on pourra lire avec profit l’excellent ouvrage d’Éric Teyssier, « La mort en face, le dossier gladiateur » - l’auteur était venu sur les ondes de France Culture en 2010 dans l’émission Le salon noir. On trouvera sur cet espace une transcription partielle de l’entretien.

Le colisée (photo par Axel)



Quoi qu’il en soit on prendra plaisir à découvrir les machineries qui étaient alors situées sous l’arène pour permettre la mise en place des décors, l’arrivée aussi des combattants et des animaux.

 

Avant de refluer, lorsque le soleil s’affaisse sur le forum, des arches du colisée on posera enfin les yeux sur le temple de Venus, dont la construction remonte au règne d’Hadrien. La vue donne sur la terrasse et les colonnes du péristyle. Puis il faudra bien se résoudre à s’éloigner, non sans savourer le calme du parc del Colle Oppio e delle terme di Traiano, d’y rencontrer des bandes de serins cini et de se dire que l’on reviendra !





[1] Il y a bien sûr l’aspect mercantile de l’affaire mais pas que … Imaginons qu’il soit possible de laisser se déverser dans le cœur du forum antique, la foule considérable des badauds, ces vénérables vigies d’une histoire trépassée, vieilles de deux millénaires, seraient anéanties en quelques années. Et puis, il y a déjà bien assez de monde comme cela !

[2] Voir le billet : A Constantinople, sous les voutes de Sainte Sophie : Dandolo et la quatrième croisade.

[3] Diderot, Salon de 1765. Citation trouvée en introduction d’un article de Michel Delon intitulé « Mythologie de la Vestale » https://www.persee.fr/doc/dhs_0070-6760_1995_num_27_1_2041

 


28 avr. 2022

Villa Adriana

 

Villa Adriana (Photo par Axel)

Il existe moult publications plus ou moins savantes sur la Villa Adriana. Il n’est pas question ici d’ajouter du texte aux textes facilement trouvables sur la toile.

Mais juste partager une émotion. L’émotion suscitée par ces ruines hors du temps ; par le gigantisme échevelé de ce complexe architectural qui, à son heure de gloire, pouvait abriter de l’ordre de 3000 personnes. De cette splendeur il ne reste aujourd’hui que quelques vestiges ; colonnades, vigies statufiées, carcasses de bâtiments, pans de murs, dédales et arches branlantes. Des restes de mosaïques encore, picorés par la végétation … Et la beauté fulgurante des bassins aux eaux glauques. S’y reflètent, paisibles des divinités déchues, sinon oubliées…


Villa Adriana ( Photo par Axel)

La Villa Adriana est située à environ 30 km de Rome, sur le territoire de Tivoli. Pour s’y rendre, si l’on n’a pas de voiture, le moyen le plus direct est le train (départ gare Termini à Rome). Arrivé à la gare de Tivoli, il faut alors de rejoindre la place centrale de la vieille ville, à quelques encablures de la Villa d’Este, et ses jardins magiques, qu’il convient aussi de visiter. De là un bus conduit à l’entrée de la Villa Adriana (un trajet d’environ 5 km).

Villa Adriana (Photo par Axel)


Un peu à l’écart des gros circuits touristique romains, avec un peu de chance il est possible de jouir d’une tranquillité abyssale, loin des foules – le complexe est aussi très vaste et les visiteurs s’y diluent … Et de rêvasser aux époques révolues, idéalisées à l’envie.

Lorsqu’on songe à l’empereur Hadrien, le nom de Margueritte Yourcenar vient parfois en tête. Sa première rencontre avec lui date de 1922 « C’est la villa Adriana [la somptueuse demeure de l’empereur à Tivoli] qui a été le point de départ, l’étincelle, quand je l’ai visitée à l’âge de 20 ans ». A déambuler sans but parmi ces vieilles pierres chargées d’histoires et de mystères, l’envie de lire ou relire les « Mémoires d’Hadrien » s’esquisse. D’ailleurs, pour l’anecdote, lors d’une de ses visites sur le site, la romancière de déplorer : « La villa d'Hadrien, beau lieu aujourd'hui désacralisé par des restaurations indiscrètes ou par de vagues statues de jardin ... sans parler d'une buvette et d'un parking ». Cela n’a pas changé, mais la situation n’a pas empiré - au regard de tous ces hauts-lieux défigurés, la villa Adriana s’en tire plutôt honorablement.


Villa Adriana (photo par Axel)

Villa Adriana (photo par Axel)


Un autre visiteur célèbre de la Villa fut Piranèse. Et qui laissa de l’endroit quelques œuvres, teintées d’un romantisme un peu désuet - enjolivement du réel … Mais ne boudons point notre plaisir.

Piranèse - Ruines de la villa Adriana

Enfin s’il faut évoquer quelques lieux magiques : le canope, ce plan d’eau bordé de colonnades et de cariatides de reflétant dans le vert de l’onde… Le théâtre maritime et le serapeum, la salle des philosophes ou encore les grands termes … Sans oublier la statue du temple de Venus.


Villa Adriana (Venus) - photo par Axel

Une visite inoubliable !


Villa Adriana ( Photo par Axel)


10 avr. 2022

Villa di Livia et les oiseaux …

 

Villa di Livia (photo par Axel)

Livie (Livia Drusilla – née 58 Av J.C) fut la troisième épouse de l’empereur Auguste. Dans sa villa Suburbaine, qui était alors située près du quartier de la Prima Porta, existait une pièce semi-souterraine, de taille assez modeste, couverte de peintures bucoliques. S’y donnait probablement des banquets.

Les murs sont des jardins. A l’arrière-plan de hautes collines cernent le paysage. Dans la frondaison, parmi les fleurs et les fruits, les oiseaux y sont représentés à foison. Il pourrait être tentant pour le miroiseur de chercher à en identifier les espèces.  La tâche serait sans doute vaine, sinon inutile ...

Et puis laissons le mystère infuser – Le pur plaisir du regard.

 

Villa di Livia (Photo par Axel)


Villa di Livia (Photo par Axel)

« Les peintures, datées des années 30-20 avant J.-C., présentent une grande variété de plantes et d’oiseaux, dont pins, chênes, grenades, myrtes, lauriers roses, dattiers, arbousiers, lauriers, buis, cyprès, lierre et de nombreuses fleurs : coquelicots, chrysanthèmes, camomille, etc. » 

Villa di Livia (Photo par Axel)


Cette salle est reconstituée aujourd’hui à Rome, dans le musée du Palazzo Massimo. Il est bon de s’y reposer. 

D’y laisser l’imagination voler …



Lien vers la page du musée : Villa di Livia