Blogue Axel Evigiran

Blogue Axel Evigiran
La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à se perdre dans les labyrinthes de l'esprit dilettante ?


A la vérité, rien n’est plus savoureux que de muser parmi les sables du farniente, sans autre esprit que la propension au butinage, la légèreté sans objet prédéterminé.

Broutilles essentielles. Ratages propices aux heures languides...


19 mai 2017

Comme un oiseau....

Pélican blanc (photo par Axel)
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« Nous ressemblons
A ces oiseaux désemparés
Que le vent déporte
De tempête en tempête
Et qui s’élancent
A l’assaut du soleil
Pour retomber calcinés
Dans la poussière de sang. »

Francis Giauque


Vautour noir (Photo par Axel)
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« Juché sur le sommet d’une vieille tourelle,
Solitaire moineau, tu chantes vers les champs
Attendant le moment où se mourra le jour.
Le vallon tout entier se remplit d’harmonie.
L’air resplendit d’éclat printanier
Et la campagne exulte, au point qu’il nous suffit
De l’observer pour que notre cœur s’attendrisse.
Tu entends les brebis bêler, meugler les vaches.
Et les autres oiseaux, rivalisent de joie,
Dessinent dans le ciel mille libres volutes
Pour célébrer leur heure à nulle autre pareille.
Toi cependant pensif, tu regardes l’ensemble.
Non, pas de compagnons. Pas de vol avec eux.
Pourquoi serais-tu gai ? Que faire de leur jeux ?
Il suffit de chanter, c’est ainsi que tu passes
La fleur de ta jeunesse et la fleur de l’année.

(….)

Leopardi
Le moineau Solitaire

Moineau domestique au jardin... (photo par Axel)

16 mai 2017

Des lectures au bord de la piscine : La tentation nihiliste de Roland Jaccard


Il convient de prêter une attention particulière aux livres que l’on emporte au bord des piscines ; une faute de goût en la matière pouvant irrémédiablement contrarier les délices du farniente balnéaire.

Et comme il y a des gradations dans le meilleur ou le pire, il est en général bon de prévoir, en quelque sorte, une tenue de rechange… Mais il y a des valeurs sures.

Quoi de plus jouissif en effet, de se retrouver par un matin calme, alangui dans un transat un Blue Greek ou une Tequila sunrise à portée de main, en compagnie de Stendal, de l’impératrice Elisabeth d’Autriche, de Schopenhauer, ou encore d’Oscar Wilde. Et, lunettes de soleil ajustées aux regards flottant des débuts de journées, relever au fil de la lecture une citation du genre :
« Je ne suis pas du tout cynique, j’ai seulement de l’expérience – c’est à peu près la même chose. »

Mais j’aurai pu tout aussi bien, plutôt qu’une phrase de Wilde, reprendre Nietzsche ou Paul Rée. Du premier, par exemple :
« Le mesure suprême de la force : dans quelle mesure un homme peut-il vivre sur des hypothèses, et non sur la croyance, c’est-à-dire s’aventurer sur des mers illimités ».
Et du second, qui se targuait d’être un « penseur occasionnel » :
« Expliquer un objet de manière trop, profonde est une plus mauvaise chose encore que de l’expliquer de manière trop plate ».

L’avantage des voyages hors saison scolaire, est de presque pouvoir éviter les familles accompagnées de leur infâme progéniture. Je dis presque car il n’est de règle qui ne souffre d’exceptions. Et il se trouvera toujours tel ressortissant russe ou bavarois pour nous imposer, outre ses borborygmes, les cris ou les pleurs des miniatures à son effigie – Pour faire bonne figure, un couple aussi de franchouillards, trainant dans leur sillage leur marmaille juste pondue. Aussi lira-t-on avec d’autant plus de délectation que « Byron proclamait son admiration pour Hérode et ne supportait en voyage la compagnie des enfants que s’il était suivi d’un étrangleur. »


Il y a tout cela, et plus encore dans La Tentation nihiliste de Roland Jaccard. Tout d’abord une mise en ambiance avec valeur quasi programmatique : « Le nihiliste moderne préférera les grands hôtels au tonneau de Diogène : c’est dans les salons des palaces qu’il observera l’étrange bestiaire des « caractères » et l’incessant manège des homuncules courant après leurs vices et leurs affaires qui d’ailleurs n’en font qu’un.  (…) cette compagnie de dandys et de coquettes, de gandins et de séductrices n’est en réalité qu’une horde de loqueteux auxquels on a arraché le visage, dépiauté l’enveloppe ; ils volettent d’un point lumineux à un autre pour se dérober aux ténèbres qui pèsent sur leurs ailes… ».
Le délice aussi d’un ton de conversation cultivée, flattant notre goût des petites phrases, des fragments, avec cet art, sans en avoir l’air, de toucher au cœur…

Ainsi : « Tout journal intime est celui d’un homme de trop ». Mais aussi : « …. C’est sur une chaise électrique qu’on devrait asseoir tous ceux qui rêvent de laisser une trace en nous assenant le récit de leurs exploits. S’ils ont droit parfois à notre indulgence, à nos sourires complices, à notre admiration torve, c’est pour avoir bravé le ridicule… Ce qui, après tout, est une forme d’héroïsme qui en vaut d’autres et qui mérite bien les applaudissements des badauds. »


Et si j’ai évoqué les bénéfices à se prélasser au bord de la mer Égée lorsque les enfants sont à l’école, il se dégage parfois a contrario, en ces périodes en demi-teinte, le sentiment d’être cerné par les pensionnaires d’une maison de retraite ; avec un état de décrépitude bien avancée pour certains, qui nous fera relever cette autre phrase : « Il nous en faudra une bonne dose pour nous écrier joyeusement au soir de notre vie :comme je deviens pittoresque !’  »

Bref, aucune ne saison ne pourrait convenir. De toute façon « Nous nous flattons d’aimer l’homme, mais nous haïssons notre voisin. » Et au bord de la piscine, ou à la plage, les voisins grouillent… Alors, sinon sur les fesses d’une jolie fille, autant porter son regard sur la ligne d’horizon, au loin là où le ciel mange la mer et, avec Cioran, relever que « La mélancolie n’est pas le malheur, mais le sentiment de malheur…. ». Nous rappelant en même temps qu’« aucune dépression ne résiste à une heure de travaux manuels. » et que « c’est le confort qui permet au désespoir cosmique de s’épanouir. Le ventre vide on ne désespère jamais de l’univers. »



Mais le soir approche, l’ombre s’avance sur l’hôtel et notre verre est vide. Une amertume sans net contours nous gagne… C’est toute l’ambivalence du rapport à nos congénères. Sans eux on ne pourrait vivre. Mais dès que leur haleine se fait sentir dans notre dos nous prend des envies de meutre !
La plage peu à peu est rendue à son désert. Imperceptiblement, sans avoir l’air d’y toucher. Les dernières gouttes de soleil s’épuisent – on voudrait les retenir. Là-bas, sur les planches un jeune couple s’enlace avant de rentrer. Et penser, avec Proust : « Ce qu’il y a de bien avec le bonheur des autres, c’est qu’on y croit ».

Voilà qu’« à peine a-t-on appris à se connaitre et à s’accepter que déjà la vie nous quitte ».
Un livre de voyage, assurément…


  

11 mai 2017

Ancient Silk Factory...

Ancient Silk factory (photo par Axel)
J’ai déjà ici évoqué largement le goût qu’il peut y avoir à se perdre parmi les ruines et vestiges des époques effondrées. Invitation à la modestie que ces vastes cimetières, ou il arrive de croiser, égaré face à la mer au milieu des débris,  tel Prométhée enchainé, le buste en marbre d’un dignitaire au nom disparu depuis des dizaines de siècles…

Ancient Silk factory (photo par Axel)
Ancient Silk factory (photo par Axel)
Mais si les squelettes de pierres des époques reculées fascinent, d’aucuns nourrissent de même une appétence particulière pour les cadavres des époques plus récentes. Ainsi, par exemple, les restes de l’époque industrielle. Ces « abandonned places » de béton aux peintures dévalées, envahies par la végétation ; ronces et herbes folles.

Y émergent des plaques de métal tordu, mangées de rouille. Des fils de fer, des machines expirées, des  rouages enraillés dont on peine à imaginer parfois la fonction… On se dit, il n’y a pas si longtemps de cela, que des êtres humains se courbaient là quotidiennement, à accomplir d’obscures tâches devenues aujourd’hui inutiles.

Ancient Silk factory (photo par Axel)
Ces usines et autres fabriques, fleurons d’une modernité déjà dépassé, se rencontrent au hasard de nos pérégrinations, souvent dans les friches industrielles en périphérie des villes, mais parfois isolées, au détour d’un village. Elles gisent impassibles et silencieuses, oubliées, attendant la destruction ou, plus improbable, un recyclage, une réhabilitation…

Ancient Silk factory (photo par Axel)
A s’y promener, nulle crainte d’y croiser encore de touristes (mais cela viendra sans aucun doute  - certains vont bien rôder autour du cadavre de Tchernobyl).  Tout au plus un squatteur ou quelques jeunes en quête de frissons ou d’aventure…

Paysage (photo par Axel)

Au bord de la route (photo par Axel)
Plus inattendu est de croiser ce genre de ruines au milieu de nulle part, en pleine nature…  Ainsi cette « silk factory », située tout au sud de l’île de Rhodes, sur un chemin de terre, pas très loin de la route de Κατταβιά, dans un paysage de landes… Une petite fabrique cernée par les oiseaux, perdue dans le silence. Le lieu est aujourd’hui annoncée par un panneau situé au bord de la route principal, le signe manifeste d’un changement de perceptions, la sourde conscience d’un patrimoine en devenir… A quand les bus des tours operators ? Mais pour l’heure il est loisible encore de jouir des gravats en solitaire, d’y rêver sans être dérangé, d’y découvrir les restes d’une humanité affairée. L’empreinte du temps qui passe… L’extinction des feux avant le grand chambardement climatique. 


Ancient Silk factory (photo par Axel)


Ancient Silk factory (photo par Axel)


Ancient Silk factory (photo par Axel)

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28 avr. 2017

Des livres de chevet…. Théologie portative du baron d’Holbach

D'Holbach
Etre livre de chevet ou pas…
Voilà une question de tempérament.
Dans la première hypothèse, autant varier les plaisirs. Et, selon l’humeur, pouvoir changer de voilure.
Dictionnaires variés, recueils d’aphorismes, de poèmes ou de nouvelles, journaux, carnets et autres fragments sont des candidats de prédilection à cet office. Surtout lorsque, une fois alité, bon coussin dans le dos ou pas, on a plutôt tendance à piquer du nez… Il y a du bon dans la somnolence. Car mieux vaut savourer une page ou un paragraphe d’un auteur choisi, que d’enfiler à la file une volée d’aphorismes ou de vers sans même en déguster la saveur.
D’ailleurs avoir un ou plusieurs livres de chevet ne signifie pas forcément un compagnonnage privilégié avec l’œuvre ou l’auteur choisi ; à ce compte-là on voyagerait plutôt avec Montaigne. Non, c’est juste que le format du livre convient à l’usage auquel on le destine.
Certains s’avalent assez vite. D’autres s’oublient et se perdent sous la poussière des mois – parfois exhumés bien des années plus tard – sinon oubliés, relégués dans les limbes…




Mais aujourd’hui, à cette heure encore tiède, histoire d’occuper cet esprit de vacances qui m’inonde, prémisse aux départs véritables pour des ailleurs ensoleillés, me prend l’envie de livrer de maigres passages de la « Théologie portative » de D’Hollach – je n’en suis encore, après plus d’un an de flirt, qu’à la lettre « C ». Mais allons !  

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Livres de chevet

Amour divin
C’est l’attachement sincère que tout bon chrétien, sous peine d’être damné,  doit avoir pour un être inconnu que les théologiens ont rendu le plus méchant qu’ils ont pu, pour exercer sa foi. L’amour de Dieu est une dette ; nous lui devons surtout beaucoup pour nous avoir  donné de la théologie et des docteurs pour nous apprendre à penser.

Auto da fé
… Lorsque la sainte Inquisition n’a rien de mieux à brûler, elle se divertit à cuire les œuvres impies de Galilée, de Descartes et de tous les philosophes qui se donnent des airs d’être plus raisonnables que les savants Inquisiteurs. L’on sait que Dom Juan IV, roi de Portugal, peu favorable au saint tribunal, fut excommunié après sa mort pour apprendre à vivre ; …

Calamités
… Jamais les peuples  ne sont plus dévots que quand ils ont bien peur ou quand ils sont bien malheureux…

Christianisme
Système religieux attribué à Jésus-Christ, mais réellement inventé par Platon et saint Paul, perfectionné par les pères…

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Auto da fé

On mesure la délicieuse charge subversive d’un tel livre, lorsqu’il fut publié en 1768, et diffusé sous le manteau.  
L’ami de Diderot publiera en outre - et entre autres -  375 articles pour l’Encyclopédie.

11 mars 2017

Petit éloge des amoureux du silence, par Jean-Michel Delacomptée

Voilà le genre de livre qu’on a envie des glisser par « inadvertance » dans la boite aux lettre du voisin… Mieux ce « Petit éloge desamoureux du silence » mériterait une diffusion à large échelle, tant « le silence s’effondre ». Car ne nous y trompons pas : le bruit est un fléau ! Une violence infligeant une souffrance véritable – Ce n’est pas pour rien que l’on torture avec les décibels.

Ce que vise l’auteur  ce sont, en premier lieu, les bruits de voisinages : « Ces dommages protéiformes (…), ces bruits volontaires, susceptibles d’être limités, atténués, maitrisés, évitables ». Ces « bruits de comportement, ou bruit » domestiques ». Mais pas que… Aldous Huxley le relevait déjà en 1945 : « le XXe siècle est, entre autre chose, l’Age du bruit ». Nous n’avons fait depuis lors qu’accélérer le mouvement, sur fond d’individualisme forcené, avec, pour toute philosophie, ce cri du cœur : « Je suis chez moi, je fais ce que je veux ! » S’y ajoute souvent, relève l’ami de Montaigne, un fond de perversité, cette « ignominie des situations qui laissent aux bruyants le droit de supplicier la faiblesse ». Il en va de même lorsque le tact, le savoir-vivre ou l’élégance de la discrétion se frottent à la vulgarité d’égos querelleurs et tout puissants ; ancrés dans cette époque « de rafistolages où l’on occupe ses loisirs à taper, taper, retaper ».

« Le bruit c’est la vie, proclament les frivoles. Baliverne : le bruit est un échec, une tare ». D’ailleurs le livre s’adosse sur du vécu… Un vécu largement partagé ; entre les gosses d’à côté, petits singes hurleurs à qui on ferait bien manger de la terre pour les faire taire, et dont les parents confondent absence de règles et épanouissement (« confusion déplorable »); le roi bricolage encore, adepte de la perceuse, de la chignole ou forcené du marteau ; sans oublier l’aficionado de la tronçonneuse et du taille-haie – et ces handicapés de la tondeuse, lamentables doryphores incapables de venir à bout de leur gazon en moins de trois heures…

Pourtant « reconnaitre la nuisance, c’est déjà l’amoindrir », car « de tous, le plus mal vécu est le bruit évitable, celui que rien ne justifie »… Et de prendre un exemple pour illustrer la chose :

« J’en veux aux ouvriers, leurs travaux nous tourneboulent et leurs horaires commandent aux nôtres. Leurs tâches sont ingrates, mon animosité à leur égard m’embarrasse, mais ils figurent – force est de l’admettre – aux avant-postes des bruyants. Qu’y peuvent-ils ? Il faut bien que les travaux se réalisent. Oui. Néanmoins, pour atténuer le dommage, il suffirait d’un zeste de politesse. D’un protocole de courtoisie : prévenir les résidents et riverains, s’excuser du désordre, s’arranger pour les horaires, fixer une durée. Prendre en considération l’intérêt de tous. Une sorte de contrat moral entre gens civilisés. Ne pas imposer sa loi. Ne pas décider unilatéralement du début et de la fin du chambard, de ses  interruptions, de ses reprises. »

Mais peut-être se vengent-ils ainsi de la médiocrité de leur condition. A moins qu’il ne s’agisse que d’une question de productivité, d’insouciance mêlée à un handicap de l’empathie : « ces personnes qui, si vous vous plaignez du bruit, ont l’impression que vous gémissez pour rien, à cause d’un mal fantomatique (..) Elles vous trouvent douillet. Elles ne pensent pas que ce mal qui vous tourmente est effectif (…)Pour elles il n’y a jamais de bruit ».


Et pour finir, l’expérience d’un bruit grotesque, qui n’en est pas moins odieux, sinon atroce… Et qui justifia le troisième déménagement de l’auteur : le sifflotement du voisin d’en face !

« Je répétais à mes proches, à mes amis : ‘cette ritournelle suraiguë me vrille les nerfs. Représentez-vous le crissement incessant d’une pointe de compas sur du verre’. Se fiant, comme toujours, à leur inexpérience plutôt qu’aux faits, ils en plaisantaient : ‘Te mettre dans un état pareil pour un type qui sifflote !’. Je leur répliquais : ‘Colletez-vous cette bizarrerie ne serait-ce qu’une matinée, vous commenterez ensuite.’. Ils souriaient. Faisaient l’expérience. ET, sidérés, me plaignaient de tout cœur. »
Pour ma part je ne serais pas enclin à sourire, ayant eu à subir dans mon entourage professionnel immédiat, les trilles intermittentes d’un rossignol du japon, dont les mélodies, répétées en boucles jusqu’à nausée, me donnaient des envies de meurtre…


Mais comme il en va toujours ce genre de fâcheux, pourrissant sans vergogne la vie d’autrui - y mettant même parfois une pincée de vice -, sont souvent eux-mêmes des pourfendeurs des bruits d’autrui. A l’instar de ces voisins, laissant hurler toute l’année leur progénitures contre ma haie, mais n’hésitant pas à faire appel à la police pour faire cesser les nuisances causées par une fête tout à fait exceptionnelle au gîte d’en face. De cette espèce était le mélomane buccal, tortionnaire de notre auteur :

« Caractériel : le terme était juste. Que des enfants jouent dans les parages, que des gammes de piano s’échappent d’une habitation proche, le siffloteur se ruait dehors. Il ordonnait aux enfants d’aller jouer plus loin, au pianiste de mettre immédiatement fin à ses gammes. Il ne tolérait aucun bruit. Seuls les siens avaient droit de cité. Il coupait à la scie électrique une branche dans son jardin, tronçonnait la branche, rabotait les tronçons, clouait des morceaux de contreplaqué, martelait de la tôle, faisait longuement vrombir le moteur de sa voiture, et sans fin, dans son jardin comme dans sa villa, il sifflotait à tue-tête. »

Il y aurait beaucoup à dire encore de ces « déjection sonores » qui nous pourrissent la vie ; le sujet est inépuisable. Mais finissons sur une anecdote : « En Gironde, en novembre 1999, une femme de 56 ans abattit au fusil de chasse ses voisins, un couple de sexagénaires dont les 6 chiens aboyaient jour et nuit depuis 15ans ». D’où l’importance sans doute, de suggérer à l’école, dans le cadre des leçons d’instruction civique, une lecture approfondie de ce petit livre. Le monde ne s’en portera que mieux !


En attendant, il est loisible aussi d’écouter à feu doux l’émission Répliques du 17 septembre 2016, en présence de l’auteur et de l’historien Alain Corbin. 


6 mars 2017

Mythe du vampire & musique...

Les vampires distillent leur noirceur trouble dans les mélodies de bons nombres de formations et de styles musicaux.
C'est particulièrement manifeste chez certains groupes s’inscrivant dans la mouvance gothique, où l’imagerie  du vampire, le plus souvent dans sa version romantique, suinte par tous les interstices, et constitue une espèce de colonne vertébrale autour de laquelle se dessine, en quelque sorte, l’élan vital de l’œuvre comprise en son entièreté.

Le monde du vampire, construction somme toute récente au regarde de l’histoire, et dont le mot même remonte au siècle des Lumières - paradoxe éclairant -  implique un certain état d’esprit, des codes et valeurs, tout un décorum qui peuvent sembler ridicule, mais qui, à y regarder de plus près, en disent bien plus long sur notre imaginaire et notre besoin de ténèbres que ne voudraient le faire accroire les songes mercantiles et aseptisés de nos époques vouées à la démesure prométhéenne.

Ce n’est pas un hasard d'ailleurs si le Dracula de Stocker voit le jour, si je puis m’exprimer ainsi, en pleine époque victorienne.

Mais assez de discours.
Laissons place à la musique, et en particulier au groupe d’origine norvégienne, Gothminister, qui illustre on ne pourrait mieux, mon propos.

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(Films, livres, jeux, etc...)
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DARK SIDE


I see you stuck in here
And you will fall apart
The maggots eat your hopes, if any
Can you feel the sadness come
Beyond a fear unknown
Is love as strong as death?

I'm gonna take you away
Out from this world
Into the darkside
Where we live
I'm gonna take you away
Out from this world
Into the darkside
For a while
But in the end we will burn

Sign your name
I'll tell my dreams in return
Some day we're gone
Filled up with ghosts

We're hunted by the past
Dark prodigies of gloom
We're never meant to last, forever
If I could save our minds
Wake up those mirror eyes
Would I accept our fates?

We were creeping like reptiles
As our birds crossed worlds
You say death is your dark love
And you will die too
In this world
From this world
We will die
We will burn
We will die
In the end we'll burn

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FREAK


L’imagerie du clip fait ici irrésistiblement songer à entretien avec un vampire d’Anne Rice.



Once enchanted by your gloomy presence
Did that belong to a different world
All broken down by your feigned contrition
Could never drown, but will become
A witch that burns

You're such a freak
So I fall apart

I caught you shining on the first encounter
But now I know it was the perfect crime;
To gain a heart, and twist it into pieces
And in return, leave the words that never die;

You're such a freak
You turn back the time
You stopped pretending
That the dream wasn't meant to die
It's just a wicked world, and
I ain't gonna need another way to lead this life again, choose another end
It's just a blackened world, so
I don't wanna live without you by my side, in your spiritistic ways

You're such a freak
So I fall apart
In times of faith
You turn back the tide
You stopped pretending
That the dream wasn't meant to die

26 févr. 2017

Joal-Fadiouth, parmi les coquillages…

Cimetière de Joal-Fadiouth (Photo par Mélanie)
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A l’heure du retour des fanatismes religieux de tous poils et des replis identitaires, il n’est pas mauvais de faire un détour par Joal-Fadiouth… Une balade parmi les coquillages, le soleil, les palétuviers et les baobabs ; sans oublier son cimetière fameux avec ses croix plantés sur les ondulations du paysage. Un lieu hors du temps ; colline paisible enroulée autour de son axe, un calvaire signant la particularité de l’endroit. Car la commune est une enclave catholique plantée au cœur des terres musulmanes.

Fadiouth (Photo par Axel)
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Allant à la messe.... (photo par Axel)
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A y déambuler, sur le pont à marée basse, au-dessus des crabes violonistes, courant la mangrove on se prend à savourer le silence ; cette paix que procure la bannissement des véhicules à moteurs – relégués loin de là, sur terre ferme. Passe une aigrette des récifs ; des enfants qui jouent pieds dans l’eau, sans se préoccuper des porcs cherchant pitance dans la vase. Une pirogue s’étire et baille dans la lagune… Et dans les allées étroites du village, croiser une pénitente pressées ou cette autre altières dans le vêtures colorées. Beauté que rehausse l’or de son poignet… Car se profile tout près de là une singulière procession ; colonne du matin au pas cadencé, regroupée à la
Crabe violoniste (photo par Axel)
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file indienne derrière son crucifix. Les femmes au-devant, moniales parée de blanc immaculé. Suivent les prêtres et leurs étoles, suspendues à leur cou comme le joug d’un bétail de labour, d’un vert couleur de saison… Car c’est l’heure de la messe à l’église Saint-François-Xavier
Ce lieu de culte reconstruit à la fois par des mains chrétiennes et musulmanes, après sa mise à bas par l’ouragan Cindy à l’orée du nouveau millénaire. Eglise symbole donc, insigne de la tolérance religieuse locale résidant entre les deux communautés monothéistes… « Chrétiens comme musulmans, nous sommes allés chercher du sable. Chrétiens comme musulmans nous avons fait de l'église une affaire qui est la nôtre, donc l'affaire de tout Fadiouth… », confessera l’heureux abbé de la paroisse.


Pressée... (Photo par Axel)
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Procession.... (Photo par Axel)
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Saint François Xavier.... (Photo par Axel)
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Pont vers le cimetière (photo par Axel)
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Planté face à l’océan, au mitan du Sénégal, à l’extrémité de la Petite-Côte, Joal-Fadiouth est ainsi l’association de deux villages : Joal, bâti sur une mince langue terre ferme, et Fadiouth, située dans l’œil de l’estuaire, sur une île artificielle constituée d’un amoncellement de coquillages, reliée au pays par un pont piétonniers de 800 m de long. De là, une seconde passerelle conduit au cimetière. Ce lieu de villégiature des morts, sis au milieu des mangroves, et ou il fait bon se promener parmi les tombes… Y cohabitent les trépassés du Christ avec une poignée de fidèles de Muhammad. A la saison des pluies les coquillages se tapissent de vert… Les crabes pullulent et la vie s’ébroue.

Cimetière de Joal-Fadiouth (photo par Axel)
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Vue de Fadiouth depuis le cimetière (photo par Axel)
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Vers la mangrove... (photo par Axel)
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Joal est aussi le lieu de naissance du père de la négritude, LéopoldSédar-Senghor.  
Qui abandonnera au vent ce poème…


Je me rappelle.

Je me rappelle les signares à l'ombre verte des vérandas
Les signares aux yeux surréels comme un clair de lune sur la grève.

Je me rappelle les fastes du Couchant
Où Koumba N´Dofène voulait faire tailler son manteau royal.

Je me rappelle les festins funèbres fumant du sang des troupeaux égorgés
Du bruit des querelles, des rhapsodies des griots.

Je me rappelle les voix païennes rythmant le Tantum Ergo
Et les processions et les palmes et les arcs de triomphe.
Je me rappelle la danse des filles nubiles
Les choeurs de lutte - oh ! la danse finale des jeunes hommes, buste
Penché élancé, et le pur cri d'amour des femmes - Kor Siga !

Je me rappelle, je me rappelle...
Ma tête rythmant
Quelle marche lasse le long des jours d´Europe où parfois
Apparaît un jazz orphelin qui sanglote sanglote sanglote.


(Léopold Sédar Senghor, Chants d’ombre, 1945)

Jouer dans l'eau... (photo par Axel)
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