Blogue Axel Evigiran

Blogue Axel Evigiran
La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à se perdre dans les labyrinthes de l'esprit dilettante ?


A la vérité, rien n’est plus savoureux que de muser parmi les sables du farniente, sans autre esprit que la propension au butinage, la légèreté sans objet prédéterminé.

Broutilles essentielles. Ratages propices aux heures languides...


Affichage des articles dont le libellé est Réel. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Réel. Afficher tous les articles

8 oct. 2017

En bonne compagnie... Avec Clément Rosset

Lire Clément Rosset, accompagné d'un verre de vin....

Dehors le soir tombe. Je regarde les feuilles déjà rougies du Sumac de Virginie, habité d’un sentiment de plénitude. Magie d’un bon feu de bois qui crépite et m’enveloppe de sa chaleur. Un fond musical tourne sur mon iPod – en aléatoire. Je me suis concocté une tequila surine, que je savoure à lampées minuscules. 

Tantôt je lisais un extrait du de l’esquisse biographique de Clément Rosset. Le philosophe au camembert y évoquait le pur bonheur d’exister et la joie, cette joie comme « dégustation de l’existence », sentiment « inséparable de la connaissance et l’acceptation absolue de tout le tragique de l’existence ». C’est tout à fait cela : une dégustation de l’existence ; volupté du plaisir à être tout simplement !

Le livre est tombé entre mes mains un peu par hasard. Car je m’en allais, c’est devenu si rare, jeudi midi chercher le dernier Frédéric Schiffer... Mais hélas à la librairie point encore de hamac... Mais j’eus par contre la joie de découvrir, sous une jolie couverture blanche encre marine, ce petit recueil d’entretiens avec Santiago Espinosa dans le rôle de l’interviewer...

Depuis lors je déambule dans le livre sans hâte, à pas minuscules, ravi.  Raffolant de ces anecdotes qui tapissent l’existence de leur singularité ; ces « je ne sais quoi et presque rien », si essentiels, mais qui au fond n’expliquent rien – et c’est tant mieux ! 
Une phrase soulignée ici, un paragraphe entouré là, car les livres se vivent… Ainsi à propos des Matinées savantes
« On y ajouté le Discours sur l’écrithure (avec un « h » comme pastiche de la façon dont Derrida écrit différence et différance). Derrida n’a jamais pu l’avaler. » Un travers que Rosset reconnais d’ailleurs avoir eu dans ses premiers écrits : 
« Il y a eu cette époque, et j’en suis un peu désolé, où je pensais que, pour faire de la philosophie, il fallait écrire des choses qui paraissent un peu énigmatiques, des chose qui n’ont pas grand sens mais vont dans le goût du jour ». 
Mais pour lui, très vite, « qui disait réflexion philosophique, disait clarté, aucune complication, aucune ambiguïté, et pour cela il faut bien écrire, c’est-à-dire simplement… »

Autre passage :
Dans la joie, la musique y a sa part. Et le philosophe de penser en particulier à « ce thème récurrent chez Nietzsche qui fait de la musique une expérience cruciale et la condition sine qua non de l’apparition de la joie : ‘Sans musique la vie serait une erreur’ ».

Quant à l’éternel retour (du même) : 
Santiago Espinosa : « … imaginez que Ségolène Royal va revenir toute l’éternité ? »
Clément Rosset : « C’est un scénario digne d’un film d’épouvante ! »

Et ainsi de suite. Bref, un livre indispensable…

31 janv. 2015

Aurélien Barrau : De notre capacité à penser la tension entre finitude et infinité


J’aime que l’on puisse, dans un livre traitant de cosmologie, terminer un chapitre consacré à l’espace par ces mots :

 « Une croissance exponentielle de l’utilisation des ressources dans un monde fini ne peut pas durer indéfiniment. C’est un fait scientifique que même un économiste néolibéral ne peut – ou ne devrait pouvoir – ignorer. Il est aujourd’hui indéniable que les activités humaines entraineront d’ici une trentaine d’années une extinction faramineuse et sans équivalent dans sa célérité, d’environ 30% des espèces. Les effets climatiques induits par nos émissions de gaz à effet de serre sont tellement immenses que même en interrompant maintenant strictement toute activité, la température du globe continuerait d’augmenter pendant plus de deux cent ans. Un drame sans précédent dans notre histoire se joue en ce moment. Une crise totale à l’échelle planétaire. Une crise irréparable dans l’étendue de son saccage. Nous en sommes informés et convaincus mais nous n’en tenons pas compte. Cette indifférence sidérante à l’égard de notre descendance – et, au-delà – de l’ensemble des vivants –pose des questions immenses quant à notre capacité à penser la tension entre finitude et infinité, entre grandeur et déchéance, entre éternité rêvée et suicide commis » 

Aurélien Barrau, Des univers multiples. A l’aube d’une nouvelle cosmologie
(Pp 25 – 26)
 _____________________

L’art essentiel de l’écart.

Une évidence d’évidence assez mal partagée. Ainsi telle personnalité médiatique, atteinte d’écophobia au dernier stade, ulcérée que l’on puisse primer un livre sur l’épreuve des limites (Une question de taille, Olivier Rey).

« L’idée qu’un développement illimitée est impossible parce que les ressources sont limitées est une idée absurde. Je pense que c’est une erreur totale ! »


24 oct. 2014

De Revenge à Just one fix - Le réel musical face à la nostalgie des voûtes... Ministry sous mon crâne...

Soirée New Wave , sous les voûtes d’un fort en déshérence…
Soirée nostalgie, à la dérive des ans…
Entre Robert Smith et Visage ; Joy division ou Bauhaus.

The cure (live 1985)

Mais il arrive parfois, qu’un esprit bascule…
Des musiques sautillantes au métal décapant.
Avec ce leitmotiv rossetien : « La musique n’exprime rien d’autre qu’elle-même… »
C’est un peu Cioran avec ce constat qu’en « elle-même toute idée est neutre ou devrait l’être » ; mais en vérité le réel bifurque car, ajoute le roumain, « l’homme y projette les flammes de ses démences »
Est-ce encore le réel ou bien son double ?

Qu’importe au fond.
________________

L'un des premiers morceaux de Ministry
1983




________________

Puis la tuerie musicale
Live en 1996



________________

Allons ne soyons pas si sérieux !
Le tragique n’attend pas…

Charles Baudelaire
La Fontaine de Sang


Il me semble parfois que mon sang coule à flots,
Ainsi qu'une fontaine aux rythmiques sanglots.
Je l'entends bien qui coule avec un long murmure,
Mais je me tâte en vain pour trouver la blessure.

A travers la cité, comme dans un champ clos,
Il s'en va, transformant les pavés en îlots,
Désaltérant la soif de chaque créature,
Et partout colorant en rouge la nature.

J'ai demandé souvent à des vins captieux
D'endormir pour un jour la terreur qui me mine ;
Le vin rend l'oeil plus clair et l'oreille plus fine !

J'ai cherché dans l'amour un sommeil oublieux ;
Mais l'amour n'est pour moi qu'un matelas d'aiguilles

Fait pour donner à boire à ces cruelles filles !

11 oct. 2014

Clément Rosset : L'invisible - Expressivité musicale & Goya - Que vien el Coco


(Cliquer ci-dessus pour lien au billet d'origine ainsi qu'aux commentaires associés)

_________________________________________________




Dans la Force majeure, Clément Rosset écrivait qu’une des manières de s’accommoder de la réalité était de consister à la nier « ou, plus exactement, à en considérer les composantes malheureuses non comme inéluctables mais comme provisoires et sujette à élimination progressive » (1). Et pour faire bonne mesure, après avoir mis aux orties la « force douteuse de l’espérance », vice, défaut véritable de force ou faiblesse, selon, il ajoutait peu après, mine de rien, qu’au lieu d’avoir « le goût de la vie que l’on vit », l’homme de l’espoir, avec cet «attrait d’une vie autre et améliorée », est à la vérité « un homme à bout de ressources et d’arguments ».

Mais ces facultés « anti-perceptives » sont doubles nous explique Clément Rosset. Car à la «faculté de ne pas percevoir ce qu’on a sous les yeux » s’ajoute celle de « percevoir ce qui n’existe pas (…) (ou de penser ce qu’on ne pense pas)» (2).

C’est cette « faculté de capter des objets inexistants » dont traite dans son dernier opus,L'invisible, tout juste sorti aux éditions de Minuit, le philosophe.



Dans le premier chapitre « L’invisible tel que l’on voit », il sera question, en autres choses bien tangibles, de cette esquisse de visage envisagée par Wittgenstein dans son Cahier brun, un visage composé de cinq traits de crayon et qui, selon les variations et inflexions du dessin suggère des mines, des moues, des airs où « l’un verra l’esquisse d’un certain M. X, l’autre l’esquisse d’une certaine Mme Y, sans cependant pouvoir trouver, ou plutôt « retrouver », une identité précise et satisfaisante derrière la personne ainsi suggérée » (3). Ce visage, indique Rosset constitue en propre « l’hallucination d’un double », ce que Wittgenstein lui-même confirme à sa façon : « Nous sommes apparemment abusés par une illusion d’optique qui, par un effet de réflexion nous ferait apercevoir deux objets, alors qu’il n’en existe qu’un » (4).

Ce processus de perception, nous assure le philosophe de l’immanence, prenant l’exemple de la musique, nous pousse  invinciblement « à rechercher, en deçà de ce que quelqu’un dit, ou écrit, une intention de signifier » (5). C’est là une illusion ; « une illusion (...) qui consiste à s’imaginer qu’il y a un sens, aussi profond que caché, derrière le langage musical ». Et Rosset d’enfoncer le clou, parlant à ce propos d’« inexpressivité musicale » : « La musique n’en dit jamais plus que ce qu’elle dit », sauf, bien évidement, à invoquer des « rêveries personnelles et purement extra-musicales ». Car pour l’auteur du Réel et son double, l’émotion musicale est un motif purement autonome, « ne devant rien aux circonstances extérieures ni à l’humeur passagère de l’auditeur » (6).




Dans le second chapitre, « Le portrait enchanté », Clément Rosset nous entretient de cette impression singulière causée par la toute première rencontre avec une personne que, jusque là, nous ne connaissions que par la voix, voire dont nous ne savions juste le nom. Chacun l’aura expérimenté, en ces circonstances c’est en général un sentiment de décalage qui domine, d’incongruité, de déception même parfois. C’est que, au fond, « un visage est nécessairement une sorte de trahison par rapport à une personne dont on ne connait que la voix » (7). Et cette rencontre avec la réalité d’un visage « est souvent (...) l’occasion d’une mauvaise surprise née de l’idée que la chose (ou la personne) rencontrée est loin de valoir ce qu’on escomptait d’elle » (8). Ainsi l’anecdote rapportée par Jean Paulhan où « on montrait à une dame un portrait de Briand. « Il n’est pas ‘ressemblant’, dit-elle. Or cette dame n’avait jamais vu Briand ». Pour justification de cet étrange posture, cette femme ne cesse de répéter « qu’elle imaginait Briand autrement ». Mais à la vérité, conclut Rosset, ce n’est pas qu’elle l’imaginait autre mais qu’« elle n’imaginait rien ».
Cependant, dans cet océan d’allergies au réel, et c’est là à mon sens toute la saveur de la philosophie rossétienne, réside malgré tout une possibilité d’émerveillement. C’est ce qu’explique d’ailleurs, et avec force un commentateur lorsqu’il dit que l’immanence de Rosset est une immanence qui ménage la possibilité de merveilleux ; que c’en est même la condition. « Car il arrive, affirme avec bonhommie Rosset, que certains se satisfassent du fruit qu’ils mangent, lui découvrent parfois davantage du goût que celui auquel ils s’attendaient » (9).

Goya - Que vien el Coco
Je passerai sur le chapitre suivant, « Ce que parler veut dire » (10), pour m’arrêter sur celui consacré aux « Spectres et fantômes ».
Rosset nous y présente la figure (façon de parler pour un épouvantail dont la particularité est d’être sans véritable représentation ou description) du Coco : « Le Coco est une variété espagnole (vite devenue hispanique) de la légion des croque-mitaines et autres créatures fantomatiques dont on effraie les enfants pour essayer de les faire obéir... » (11).

« Si le peu visible inquiète, l’invisible peut inquiéter davantage », indique C.Rosset. Goya tenta néanmoins de représenter cet indicible dans une estampe intitulée Que viene el Coco.  Mais, précise aussitôt Rosset, dans cette représentation « il est très significatif que Goya ait songé à ne pas laisser voir le moindre fragment du corps du Coco. Puisque celui-ci n’a pas de corps » (12). En outre le monstre est figuré de manière à ce que les spectateurs ne puissent pas voir son visage (si visage il y a). Il n’arrive pas, mais se trouve déjà là, mangeant une bonne moitié du tableau.


« La fusion du tragique et du comique s’accompagne chez Goya d’une autre fusion : celle entre le réel et l’imaginaire». Car l’essentiel, précise Rosset, « est ici que le spectateur voit effectivement le Coco tel que Goya l’a dessiné, alors que les protagonistes du drame ne voient manifestement rien, puisque le Coco n’existe que dans leur imagination (et encore ?)» (13).


Eglon van der Neer - Gyges (1675-80)
Raymond Roussel

Dans la « Poétique de l’invisible », il sera question, entre autres choses, de Mallarmé, deRaymond Roussel (1877 - 1933) et de leur ressemblance, ressemblance qui se limite évidemment, indique Rosset en fin de chapitre, à « l’exclusion du réel », et « en somme faire quelque chose de rien ».
Un mot encore de Raymond Roussel qui, - et je ne pouvais manquer de relever cette anecdote avienne - dans Impression d’Afrique, évoquera l’épisode où « une pie apprivoisée a été dressée à se poser sur un perchoir attenant au buste (de Kant), qui sert d’allumeur et d’extincteur à une machine électrique. Lorsque la pie se pose sur le perchoir, la machine s’allume, illuminant l’intérieur de la tête de Kant et permettant de rendre visibles au public les pensées géniales qui s’y agitent » (14).







____________________________________


Clément Rosset sur France Culture







NOTES
(1) Clément Rosset, La Force majeure, p 27.
(2) Clément Rosset, L’invisible, pp 10-11.
(3) op cité p 14.
(4) op cité.
(5) op cité p 21.
(6) op cité p 33.
(7) op cité p 42.
(8) op cité p 43.
(9) op cité pp 45-46.
(10) Je précise que cet escamotage ne provient pas d’un manque de grain à moudre dans ce chapitre. A la vérité, et plus prosaïquement, reprendre chacun des chapitres de ce livre, m’amènerait bien au-delà du dessein poursuivit dans ce modeste billet, dont le but se résume à vouloir susciter une envie de lecture.
(11) op cité p 61.
(12 et 13) op cité p 70.
(14) op cité p 87.

27 déc. 2012

Waterhouse John William

« Viens, Ulysse fameux, gloire éternelle de la Grèce, arrêtes ton navire afin d’écouter notre voix ! Jamais aucun navire n’est passé par là sans écouter de notre bouches de doux chants. Puis on repart, charmé, lourd d’un plus lourd trésor de science. Nous savons en effet tout ce qu’en la plaine de Troie les grecs et les troyens ont soufferts par ordre des dieux. Nous savons tout ce qui advient sur la terre féconde… » 

 Homère, L’Odyssée
Chant XII 
(Traduction de Philippe Jaccotet)

________________________________________________________________

Waterhouse John William - Ulysses and the sirens - 1891
________________________________________________________________

« On the borderland between this and the foregoing category are a group of works to which we are now about to refer. It is evident that in his 'Ulysses and the Sirens' (Royal Academy), Mr. J. W. Waterhouse has put forth all his powers as an executant, and that it has been to him a labour of love. In a narrow rock-bound cleft of the sapphire-blue Mediterranean is depicted the ship of Odysseus, painted with strange archaic devices; the central figure is that of the Wanderer himself, bound with strong bonds to the mast, while his companions, with ears carefully guarded against the fatal sweetness of the Siren song, are busily plying their oars. Close round the vessel, and even on its very edge, have gathered the Sirens, revealing the heads and the unbound tresses of beautiful women, with the bodies of strong birds of prey. This new realisation of the Odyssean legend is a quaint and curious one, wrought out with an abundance of exquisite detail, especially in the heads of the Sirens, to whom Mr. Waterhouse has, however, too uniformly given the beautiful type of English womanhood. Yet with all this the impression asserts itself that the backbone of the subject is lacking. The temptation, the involuntary effort of Odysseus to follow the ravishing sounds is hardly suggested, while his companions remain stolid and little moved; the clashing elements of struggle, mental and physical, which constitute the drama are therefore absent. And then these strange birds with human heads are rather Harpies than Sirens, and we feel too much that if the piercing sweetness of their song should not prevail, they may too easily rend with those cruel eagle-claws of theirs the coveted victims. Infinitely more beautiful is the Homeric version, in which the sea-nymphs accursed of the gods recline on the shore of their fatal island, and thither seek to lure with their heart-searching music the unwary mariner ». 


Art Journal, June 1891
Critique du tableau Ulysses and the sirens,  adressé  par J.W. Waterhouse à l'Académie Royale et aux Galeries des Expositions de 1891 
________________________________________________________________

John William Waterhouse

1849 - 1917
________________________________________________________________

Waterhouse John William - Ariadne - 1898
Waterhouse John William - Boreas - 1903
Waterhouse John William - Circe invidiosa - 1892
Waterhouse John William - Cleopatra - 1888
Waterhouse John William - Dante and Beatrice
Waterhouse John William - Destiny - 1900
Waterhouse John William - Diogene - 1882
Waterhouse John William - Echo and Narcissus - 1903
Waterhouse John William - Flower sketch for enchanted garden - 1916
Waterhouse John William - Gone but not forgotten - 1873
Waterhouse John William - Hylas and the nymphs - 1896
Waterhouse John William - I am half sick of shadows said the lady of Shalott - 1915
Waterhouse John William - Magic circle - 1886
Waterhouse John William - Miranda the tempest - 1916
Waterhouse John William - Ophelia - 1889
Waterhouse John William - Orpheus
Waterhouse John William - Pandora - 1898
Waterhouse John William - Penelope and the suitors
Waterhouse John William - saint Cecilia - 1895
Waterhouse John William - Saint Eulalia - 1885
Waterhouse John William - The lady of shalott - 1894
Waterhouse John William - The mystic wood
Waterhouse John William - The naiad - 1893
Waterhouse John William - The slave - 1872
Waterhouse John William - Undine - 1872
Waterhouse John William - Woman picking flowers 
Waterhouse John William - A mermaid - 1905
Waterhouse John William - The cristal ball - 1902
Waterhouse John William - The danaides - 1906
Waterhouse John William - Thisbe - 1909
________________________________________________________________


La reine :
Un malheur vient sur les talons de l’autre 
Tant ils se suivent de près. Votre sœur est noyée, Laërte.
Laërte : 
Noyée ? Où s’est-elle noyée?
La reine :
Au-dessus du ruisseau penche un saule, il reflète
dans la vitre des eaux ses feuilles d’argent
Et elle les tressait en d’étranges guirlandes
Avec l’ortie, avec le bouton d’or,
Avec la marguerite et la longue fleur pourpre
Que les hardis bergers nomment d’un nom obscène
Mais que la chaste vierge appelle doigt des morts.
Oh, voulut-elle alors aux branches qui pendaient
Grimper pour attacher sa couronne florale ?
Un des rameaux, perfide, se rompit
Et elle et ses trophées agrestes sont tombés
Dans le ruisseau en pleurs. Sa robe s’étendit
Et telle une sirène un moment la soutint,
Tandis qu’elle chantait des bribes de vieux airs,
Comme insensible à sa détresse
Ou comme un être fait pour cette vie de l’eau.
Mais que pouvait durer ce moment ? Alourdis
Par ce qu’ils avaient bu, ses vêtements
Prirent au chant mélodieux l’infortunée,
Ils l’ont donnée à sa fangeuse mort.
Laërte : 
Hélas, elle est noyée?
La reine :
Noyée, noyée.

W. Shakespeare
 Hamlet, IV, 7

Waterhouse John William - The lady of shalott - 1888

« La mort d’une belle femme est incontestablement le plus poétique sujet du monde »

Edgar Allan Poe
________________________________________________________________

Waterhouse et Ophelia
Curator Peter Trippi looks at key works of Waterhouse
La tribune de l'Art, autour de Waterhouse
________________________________________________________________


Waterhouse John William - The beatiful lady without pity -  1893
________________________________________________________________


The Lady of Shalott (1842) 

By Alfred, Lord Tennyson


Part I
On either side the river lie
Long fields of barley and of rye,
That clothe the wold and meet the sky;
And thro' the field the road runs by
       To many-tower'd Camelot;
And up and down the people go,
Gazing where the lilies blow
Round an island there below,
       The island of Shalott.

Willows whiten, aspens quiver,
Little breezes dusk and shiver
Thro' the wave that runs for ever
By the island in the river
       Flowing down to Camelot.
Four gray walls, and four gray towers,
Overlook a space of flowers,
And the silent isle imbowers
       The Lady of Shalott.

By the margin, willow veil'd,
Slide the heavy barges trail'd
By slow horses; and unhail'd
The shallop flitteth silken-sail'd
       Skimming down to Camelot:
But who hath seen her wave her hand?
Or at the casement seen her stand?
Or is she known in all the land,
       The Lady of Shalott?

Only reapers, reaping early
In among the bearded barley,
Hear a song that echoes cheerly
From the river winding clearly,
       Down to tower'd Camelot:
And by the moon the reaper weary,
Piling sheaves in uplands airy,
Listening, whispers " 'Tis the fairy
       Lady of Shalott."

Part II
There she weaves by night and day
A magic web with colours gay.
She has heard a whisper say,
A curse is on her if she stay
       To look down to Camelot.
She knows not what the curse may be,
And so she weaveth steadily,
And little other care hath she,
       The Lady of Shalott.

And moving thro' a mirror clear
That hangs before her all the year,
Shadows of the world appear.
There she sees the highway near
       Winding down to Camelot:
There the river eddy whirls,
And there the surly village-churls,
And the red cloaks of market girls,
       Pass onward from Shalott.

Sometimes a troop of damsels glad,
An abbot on an ambling pad,
Sometimes a curly shepherd-lad,
Or long-hair'd page in crimson clad,
       Goes by to tower'd Camelot;
And sometimes thro' the mirror blue
The knights come riding two and two:
She hath no loyal knight and true,
       The Lady of Shalott.

But in her web she still delights
To weave the mirror's magic sights,
For often thro' the silent nights
A funeral, with plumes and lights
       And music, went to Camelot:
Or when the moon was overhead,
Came two young lovers lately wed:
"I am half sick of shadows," said
       The Lady of Shalott.

Part III
A bow-shot from her bower-eaves,
He rode between the barley-sheaves,
The sun came dazzling thro' the leaves,
And flamed upon the brazen greaves
       Of bold Sir Lancelot.
A red-cross knight for ever kneel'd
To a lady in his shield,
That sparkled on the yellow field,
       Beside remote Shalott.

The gemmy bridle glitter'd free,
Like to some branch of stars we see
Hung in the golden Galaxy.
The bridle bells rang merrily
       As he rode down to Camelot:
And from his blazon'd baldric slung
A mighty silver bugle hung,
And as he rode his armour rung,
       Beside remote Shalott.

All in the blue unclouded weather
Thick-jewell'd shone the saddle-leather,
The helmet and the helmet-feather
Burn'd like one burning flame together,
       As he rode down to Camelot.
As often thro' the purple night,
Below the starry clusters bright,
Some bearded meteor, trailing light,
       Moves over still Shalott.

His broad clear brow in sunlight glow'd;
On burnish'd hooves his war-horse trode;
From underneath his helmet flow'd
His coal-black curls as on he rode,
       As he rode down to Camelot.
From the bank and from the river
He flash'd into the crystal mirror,
"Tirra lirra," by the river
       Sang Sir Lancelot.

She left the web, she left the loom,
She made three paces thro' the room,
She saw the water-lily bloom,
She saw the helmet and the plume,
       She look'd down to Camelot.
Out flew the web and floated wide;
The mirror crack'd from side to side;
"The curse is come upon me," cried
       The Lady of Shalott.

Part IV
In the stormy east-wind straining,
The pale yellow woods were waning,
The broad stream in his banks complaining,
Heavily the low sky raining
       Over tower'd Camelot;
Down she came and found a boat
Beneath a willow left afloat,
And round about the prow she wrote
       The Lady of Shalott.

And down the river's dim expanse
Like some bold seër in a trance,
Seeing all his own mischance—
With a glassy countenance
       Did she look to Camelot.
And at the closing of the day
She loosed the chain, and down she lay;
The broad stream bore her far away,
       The Lady of Shalott.

Lying, robed in snowy white
That loosely flew to left and right—
The leaves upon her falling light—
Thro' the noises of the night
       She floated down to Camelot:
And as the boat-head wound along
The willowy hills and fields among,
They heard her singing her last song,
       The Lady of Shalott.

Heard a carol, mournful, holy,
Chanted loudly, chanted lowly,
Till her blood was frozen slowly,
And her eyes were darken'd wholly,
       Turn'd to tower'd Camelot.
For ere she reach'd upon the tide
The first house by the water-side,
Singing in her song she died,
       The Lady of Shalott.

Under tower and balcony,
By garden-wall and gallery,
A gleaming shape she floated by,
Dead-pale between the houses high,
       Silent into Camelot.
Out upon the wharfs they came,
Knight and burgher, lord and dame,
And round the prow they read her name,
       The Lady of Shalott.

Who is this? and what is here?
And in the lighted palace near
Died the sound of royal cheer;
And they cross'd themselves for fear,
       All the knights at Camelot:
But Lancelot mused a little space;
He said, "She has a lovely face;
God in his mercy lend her grace,
       The Lady of Shalott."