La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à se perdre dans les labyrinthes de l'esprit dilettante ?
A la vérité, rien n’est plus savoureux que de muser parmi les sables du farniente, sans autre esprit que la propension au butinage, la légèreté sans objet prédéterminé.
Broutilles essentielles. Ratages propices aux heures languides...
A Delphes, le paysage en cascade accroché à flanc de colline, abrite de
vestiges hallucinés. Là, dans les parages du mont Parnasse se trouverait le nombril
du monde, l’Omphalos. Voici ce qu’en dit Pausanias :
« Ce que les habitants de Delphes appellent omphalos est en fait une
pierre blanche et considérée comme se trouvant au centre de la terre, et
Pindare, dans une de ses Odes, confirme cette opinion. »
Dans le musée archéologique de Delphes -Sphinx des Naxiens(photo par Axel)
Parmi les ruines du sanctuaire rôdent les fumerolles de sentences
célèbres ; ainsi Gnothi seauton (en grec ancien Γνῶθι), signifiant « connais-toi
toi-même ». Maxime qui était gravée à l'entrée du temple d'Apollon et qui à
l’époque était une mise en garde contre l’hubris humaine … De ce temple
ne restent aujourd’hui que quelques colonnes – tout passe …
Temple d'Apollon (photo par Axel)
La Tholos, rotonde du IVe s. av. J. (photo par Axel)
J’emprunte le texte qui suit à Mélanie, dont je ne saurai trop
conseiller d’aller s’abonner à sa page :
« La divinisation est une pratique qui existe depuis
l’antiquité. Pour les grecs il y a une grande médium qu’il faut consulter c’est
la Pythie, une prêtresse qui était présente dans le sanctuaire de Delphes et
qui pouvait être occasionnellement consultée par les grands dirigeants grecs,
contre des offrandes. Selon les textes la Pythie entrerait en contact direct
avec Appolon, et pour se faire a besoin d’un peu d’aide. Selon les sources elle
était l’influence de vapeur de laurier – pour information le laurier c’est une
plante toxique quand on la fume. Tu m’étonnes qu’elle avait des visions. Malgré
cela la pythie était assez nébuleuse. Tant est si bien que des prêtres étaient
chargés d’interpréter la vision et devaient rédiger sous forme de vers la
prophétie avant de la donner aux commanditaires. »
En 2015, j'écrivais, en
première page de l'ouvrage, selon une manie qui m'est propre, « Lire
Paul Veynes, c'est comme boire une liqueur sous le soleil »..
Je venais d'ouvrir « L'empire gréco-romain ».
Mais il est des monuments
qui ne peuvent se lire qu'avec parcimonie – du moins chez moi.
Aussi ai-je ajouté en 2021 : « J'en reprends une
gorgée, dans le jardin (reprise page 209) ». Il faut
savoir que cet essai ne comporte pas moins de 1044 pages.
J'en reviens donc, en ce
samedi de canicule de septembre de reprendre le fil de cette lecture
à la page 640.
Et de me dire, sans que
ce cela soit ici d'aucune utilité, que finalement je n'aurai pas
réussi à finir ce livre avant la mort de son auteur (29 septembre
2022). Car je suis précisément arrivé à un passage où il est
question de trépas. Une problématique qui dépasse le strict cadre
de l'empire gréco-romain. J'en relève sur le fil quelques
fragments, et les abandonne à l'attention des quelques improbables
arpenteurs de chimères qui se perdront sur cette page :
« Les mythes
orphiques ou les initiations dionysiaques auxquels accédaient une
minorité de riches lettrés promettaient d'obtenir les faveurs des
dieux dans l'au-delà (…) Mais ce paradis souterrain ne comportait
pas d'enfer éternel (…) Le grand dilemme chrétien du salut ou de
la damnation éternels ne se posait pas » (p 641)
« Quant à
l'imagination populaire (…) Elle se représentait le séjour des
morts comme un lieu triste et ombreux où la vie était ralentie et
morne » (p 642)
« … le
scepticisme des classes lettrées ; César, grand pontife,
pouvait sans impiété ni scandale affirmer en plein Sénat qu'il n'y
avait rien après la mort » (p 644)
« … lorsque
nous-mêmes mettons des fleurs sur une tombe ou quand les anciens y
plaçaient de la nourriture, eux et nous ne pensons pas pour autant
que les morts viendront en humer le parfum... » (p 645)
« Les rites
funéraires (…), ne sont que des gestes consolateurs, des façon
d'honorer le défunt ou les métaphores du dévouement qu'inspire son
souvenir ». (p 646)
« … certaines
personnes vont 'visiter' (comme on dit) leurs défunts au cimetière
parce que, sans croire à la survie du mort, elles ne veulent pas
abandonner leur défunt, le laisser seul, le négliger ; elles
éprouvent de l'émotion devant la tombe ... » ( p 646/647)
« La sensibilité
est première lorsqu'un de nos contemporains dépose dans le cercueil
d'un de ses proches le livre ou le disque préféré du défunt ;
il ne croit pas pour autant que le disparu le lira ou l'écoutera :
il répond à sa sensibilité et non à une croyance qu'il n'a
pas » (p 649
Vue du mur de l'enceinte de la forteresse de Mycènes (Photo par Axel)
Les
vestiges des civilisations disparues s'étalent par grappes sur la
frise du temps. Ainsi l'âge d'or de la grecque antique s’arrime
grosso-modo de 500 à 300 avant l’ère du crucifié. A ces époques
les cités rivalisent de splendeur et de puissance : Athènes et
son Acropole, Sparte sa rivale, située au cœur du Péloponnèse, ou
encore Corinthe, sur son isthme, à cheval entre deux mondes.
Sur
la côté occidentale de l'Asie mineure (Turquie actuelle) les
agglomérations ne sont pas en reste. Que l'on songe donc à Éphèse
ou à Milet...
Pour
l'amateur dilatante, ces ruines vénérables sont des perles
égrainées sur la poussière des époques révolues. Et de se
prendre de vertige lorsqu’on songe aux années écoulées pour
arriver à nos jours (deux millénaires et demi) – et mesurer toute
la fugacité d'une existence humaine.
Porte des lions (photo par Axel)
Sur les flancs de la forteresse de Mycènes (photo par Axel)
Tombes circulaires (photo par Axel)
Mais
dans les rides du temps d'autres civilisations les précèdent. En
va-t-il ainsi de Mycènes dont l'apogée se situe entre 1400 et 1200
av JC. C'est d'ailleurs des Mycéniens qui prendront le contrôle
d'une autre civilisation plus ancienne que la leur : la
civilisation minoenne qui régna sur la Crète (2700 – 1200 av JC).
Mycènes s’effondrera et laissera la place à des « âges
obscurs », avant le renouveau grec.
Aujourd’hui
visiter Mycènes c'est passer sous la porte des lions, l’entrée
principale de la forteresse antique, accrochée à un mur cyclopéen.
C'est se projeter à l'âge du bronze, et dépasser les tombes
circulaire pour grimper jusqu'aux vestiges du palais royal situé sur
le point le plus élevé de la citadelle. C'est songer aussi à la
fondation mythique de la cité par Persée... C’est enfin une fois
redescendu de l'escarpement aller prendre le frais sous l'ombre
gigantesque des tombes à coupole – et peut-être évoquer la
figure d'Agamemnon, roi de Mycènes, héro homérique qui provoquera
la colère d'Achille. Mais c'est une autre histoire.
« La douceur de l’ombre », est un essai de l’historien
Alain Corbin. Délicatesse de l’érudition en pointillée ; invite aux
songeries sous le couvert d’un bosquet ou à l’abri des branches hautes d’un
arbre séculaire. Le sous-titre, « L’arbre source d’émotions de l’Antiquité
à nos jours », résume bien cet ouvrage inclassable, placé sous le
signe de la conversation, et que l’on prend plaisir à savourer avec une jouissive
lenteur …
Ondulations ... (Photo par Axel)
L’un des chapitres s’intitule « L’âme des arbres ». On
y apprend qu’avant « que Platon ne traite le sujet, Anaxagore, Démocrite,
Empédocle accordaient aux plantes – donc aux arbres – la sensation (…et que) les
présocratiques nommaient homicides les coups portés aux arbres »
Platon justement, « considère les végétaux comme des animaux
immobilisés ». Aristote s’en distingue, faisant preuve quant à lui « d’une
vue réductrice de la vie végétale. Il prive les plantes de perception, de sensation
de réflexion ». Plus tard, les pères de l’Eglise partageront les vues
du Stagirite. « Ainsi Saint-Augustin ridiculise ceux qui parlent de la
souffrance des plantes ».
Avec Descartes, le végétal « se trouve réduit ‘’ à de simples
forces mécaniques agies par la puissance ouvrière de Dieu’’ ». Comment
s’en étonner ? Il faudra attendre les libertins érudits, inspirés par la
philosophie de la nature de Campanella pour opérer à une « réévaluation
positive de la situation des plantes dans l’échelle des êtres ».
D’autres exemples et considérations fourmillent dans cette promenade à
pas feutrés au pays des arbres. Ainsi, « Novalis évoque l’âme des
arbres » et selon « Châteaubriand et Hugo, la nature entière
participe d’une même vie ». Mais a contrario pour Hegel « l’arbre
n’est qu’un agrégat d’individus. Chacune de ses parties est abandonnée à
elle-même ».
Pour l’anecdote enfin, « selon la Mothe le Vayer, un olivier
mourut pour avoir été planté par une femme de mauvaise vie ».
« … C’est un petit val qui mousse de rayons » dit le
vers d’un poème célèbre. Ainsi du site archéologique de Sanxay… Là aussi il est
question de trépassé ; mais ici il s’agit d’époque ensevelies, de
civilisations disparues. Et s’il n’y a pas de « frais cresson bleu »,
on peut y rencontrer l’orchidée – plus précisément l’orchis pyramidal.
S’y promener un jour de semaine, en mai et se retrouver sans autres
visiteurs que l’ombre de nos pas dans les herbes folles. Une légende raconte
que les lieux étaient maudits et qu’un trésor était gardé par un loup-garou, la
Galipote[1].
Cet animal mythique et maléfique, dit-on parcourait nuitamment les campagnes
semant la terreur. Et l’expression « courir la galipotte »,
signifie « aller au sabat sur un manche à balai ; être ensorcelé ».
Le temple octogonal ( Photo par Axel)
Chardons (photo par Axel)
Vue d'ensemble du sanctuaire thermal (photo par Axel)
Mais revenons au site antique de Sanxay. Son nom viendrait du latin sanciacum
« qui rappelle qu’il y eut à l’emplacement du village, sans doute
au Bas-Empire, le domaine d’un dénomé Sanctius ou Sanctio ». Pour
situer géographiquement les lieux, disons simplement que le site se trouve dans
le département de la Vienne, à mi-chemin entre Niort et Poitiers, non loin de
Ménigoute, où se tient chaque année un fameux festival ornithologique.
Les vestiges principaux sont le théâtre, implanté sur la rive droite de
la Vonne, le sanctuaire des eaux curatives et le temple octogonal, construit
sous l’empereur Claude (41-54). Ce temple fut sans doute « consacré au
culte de l’eau, sous le patronage d’Apollon et peut-être de Mercure ».
L’agglomération de Sanxay fut un lieu de cure thermale et « a
pu jouir de la conjoncture favorable résultant de la collaboration des Pictons
avec Rome ». Sa Prospérité a culminé au IIe siècle, et sa fin assez brutale
peut être mise en relation avec les progrès du christianisme. Bref, rien de neuf
sous le soleil !
Il est toujours singulier de fouler les allées tortueuses des
cimetières de pierres. Là où la nature recouvre la vanité des hommes. Et c’est
encore mieux lorsque la foule dédaigne d’y faire le détour. On respire à plein
poumon la tranquillité des prairies, tandis que chantent les oiseaux, songeant à
l’insignifiance de notre condition, mais éprouvant aussi une espèce de
béatitude corporelle et immanente – une sorte de spiritualité laïque …
Sanxay enfin, offre un kaléidoscope de sensations. Motif à évasion et à
réflexions. Et puis le village actuel, tout proche mérite qu’on s’y arrête. En
particulier du côté du pont des bergers.
Vue du village de Sanxay (photo par Axel)
[1] Toutes
les informations et citations sont tirés de l’excellent petit opuscule intitulé
« Sanxay antique », (guides archéologiques de la France) , paru
aux éditions du patrimoine (Pierre Aupert - Jean Hiernard - Myriam Fincker).
J’aime à déambuler
dans les ruines des civilisations passées ; particulièrement celles
boudées des cohortes de touristes pressés.
Ainsi Gortyne ou
Priène. Ce sont là des lieux de méditation exceptionnels.
Alors qu’il
assiégeait Milet, Alexandre le Grand s’aménagea un petit pied-à-terre à Priène
non loin du temple de Déméter. Aujourd’hui encore, en empruntant la rue pentue
d’où le pavé pointe sous la mousse, on en devine la trace.
Adossé sous la dent
du mont Mycale, si le conquérant avait alors pris conscience de ses vaines
agitations, de l’arrogance de ses desseins, il est probable que, posant là son
bagage, il ne se serait jamais lancé dans sa fatale expédition en Asie.
Désormais, de cette
nature rendue à elle-même, proliférante, penchée avec indifférence sur ces
ruines, suinte une paix indicible.
Tout passe.
Priène, les colonnes du temple de Déméter (photo par Axel)
Vue du forum, depuis le musée Capilontin ( Photo par Axel)
Par un mardi de début avril, jour
de grand bleu, se rendre tôt sur les traces des romains de l’antiquité. Et
contempler les restes d’une civilisation qui se pensa éternelle, croyance fort
répandue mais toujours détrompée. Qu’on se le tienne pour dit !
Entrons, dans l’aire circonscrite
par les nécessités modernes[1],
du côté de l’arc de Titus, situé pas très loin du colisée et érigé par Domitien
(81 après JC) pour célébrer les victoires de son frère à Jérusalem – et la
destruction du temple de ladite ville … De quoi faire le pendant avec l’arc
Constantin, cet empereur qui lui se convertira sur son lit de mort, en 337, à
la religion du crucifié.
Arc de titus (photo par Axel)
Arc de Titus ( Photo par Axel)
A déambuler parmi ces ruines il
faut fournir un effort pour s’imaginer les bâtiments tels qu’ils furent au
temps de leur splendeur. A cela s’ajoute une autre difficulté. Ce que nous
contemplons désormais ce sont les restes de constructions étalées sur plus de
quatre siècles. Ce que voyait Jules César (-100/-44), n’est pas ce voyait
Hadrien (76/138), Marc-Aurèle (121/180) ou Dioclétien (244/311). Que cela ne
nous empêche pas de laisser filer le fil de nos rêveries …
Mais poursuivons notre chemin.
Une fois passé l’arc de Titus, descendons vers la voie sacrée pour longer la
basilique de Maxence et se planter devant le temple d’Antonin et Faustine
(construit vers 141) et qui sera transformé en église au Moyen-Age – tout se
recycle, il n’est qu’à voir le destin de Sainte-Sophie à Istanbul[2].
Ce même Antonin qui fera ériger une muraille célèbre dans ce qu’on appelait
alors la Bretagne.
Vue sur le temple d'Antonin et faustine (photo par Axel)
De là aller visiter la maison des
vestales, ces vierges choisies dans les plus grandes familles patriciennes et
chargées de veiller à l’entretien du feu sacré de Vesta, la déesse du foyer et
de la famille. Il ne reste aujourd’hui que quelques murs adossés au mont
Palatin, de ce qui fut autrefois un complexe qui comprenait à la fois le temple
de Vesta et les habitations des servantes du culte, logement organisé autour
d’un atrium central. Jadis alignées sous le portique entourant la cour, se
tiennent encore debout quelques statues des Grandes vestales, certaines décapitées…
« Mais pourquoi est-ce que ces figures de vestales nous plaisent
toujours »[3],
s’interroge Diderot. A chacun sa réponse …
Maison des vestales (photo par Axel)
Statue de vestale (Photo par Axel)
S’ouvre ensuite à la visite le
temple d’Auguste, jouxtant l’église Santa Maria Antiqua, construite au Ve
siècle et décorée de fresques de style byzantin, et dont s’apprécie la
fraicheur à l’heure du zénith. Il sera dès lors loisible de secouer la
poussière de nos semelles en direction de la place du forum et d’y poser un peu.
De tourner notre regard vers le temple de César, inauguré par Auguste en 29 av
JC, puis admirer les colonnes et une partie de l’entablement du temple de
saturne, de loin le plus ancien du forum romain (construit vers 498 av JC). De
la basilique Julienne il ne reste pas grand-chose et l’on peine à concevoir que
ce fut là le lieu des réunions, des procès et quelques autres activités
civiques …
Dans le forum, en excellente compagnie (photo par Axel)
Mais partons en direction de la
curie, le bâtiment où se réunissait le Sénat romain. Et d’imaginer quelques
figures célèbres y déambuler alentour, en toge. Marc-Antoine, Cicéron, Tacite
ou encore Brutus, tristement célèbre pour avoir participé à l’assassinat de César…
Cicerón denuncia a Catilina, por Cesare Maccari
Une fois contournée la curie on passera
dans un dédale souterrain, filant sous la voie contemporaine qui coupe en deux
la zone archéologique, la via dei Fori Imperiali inaugurée par Mussolini,
pour arriver au pied de la colonne Trajane, située dans le forum du « meilleur
des empereurs romains ». Ce forum, proche de celui d’Auguste et celui
de César, sera d’ailleurs le dernier construit à Rome (entre 106 et 113).
Mais ce périple tranquille est
loin d’être achevé, car de là rebroussons chemin en direction de la basilique Emilienne,
à la rencontre de quelques corneilles mantelées venues inspecter les lieux. Le
mot de basilique pose d’ailleurs question aux oreilles modernes, car nous y
entendons d’ordinaire un édifice religieux. Dans la Rome antique il n’en est
rien et le bâtiment, en général de forme rectangulaire, fait à la fois office
de tribunal, de bourse de commerce et même de lieu de promenade.
Corneille mantelée, dans le forum (photo par Axel)
Reprenons ensuite la voie sacrée
et remontons vers le Palatin, l’une des sept collines de Rome, passant sous les
ombrages des jardin Farnèse, créés au XVIe siècle sur l’emplacement des ruines
du palais de l’empereur Tibère. Et de découvrir des espaces considérables qui
mèneront le flâneur du temple de la Magna Mater à la Domus Augustana et
son immense stadium.
Stadium (photo par Axel)
Enfin revenir admirer une
dernière fois, en surplomb depuis la terrasse des jardins, le forum antique et
s’y perdre en rêveries avant de se tourner vers le colisée. Et résolument s’y
engager.
Vue du forum depuis le Palatin (photo par Axel)
Vue du forum depuis le Palatin (photo par Axel)
Sur ce colisée on a tant écrit ;
nous n’allons pas ici en rajouter une louche. Y mettre les pieds est en
revanche une expérience singulière. L’ampleur de cet amphithéâtre certes
impressionne, mais l’on peut difficilement ne pas être aussi un peu déçu. Bien
sûr il y a beaucoup trop de visiteurs pour pouvoir pleinement savourer les
lieux. Mais c’est aussi je crois le lot de tous les endroits trop célèbres. Le
réel ne peut y être à la hauteur des attentes. Ceci dit, il faut tenter d’imaginer
ce que pouvaient être les spectacles donnés à l’époque impériale dans cette
arène qui pouvait accueillir plus de 50.000 spectateurs. On pense évidemment
aux spectacles de gladiateurs, mais pas seulement. Passant on pourra lire avec
profit l’excellent ouvrage d’Éric Teyssier, « La mort en face, le
dossier gladiateur » - l’auteur était venu sur les ondes de France
Culture en 2010 dans l’émission Le salon noir. On trouvera sur cet espace une transcription partielle de l’entretien.
Le colisée (photo par Axel)
Quoi qu’il en soit on prendra
plaisir à découvrir les machineries qui étaient alors situées sous l’arène pour
permettre la mise en place des décors, l’arrivée aussi des combattants et des
animaux.
Avant de refluer, lorsque le
soleil s’affaisse sur le forum, des arches du colisée on posera enfin les yeux sur
le temple de Venus, dont la construction remonte au règne d’Hadrien. La vue
donne sur la terrasse et les colonnes du péristyle. Puis il faudra bien se
résoudre à s’éloigner, non sans savourer le calme du parc del Colle Oppio e
delle terme di Traiano, d’y rencontrer des bandes de serins cini et de se
dire que l’on reviendra !
[1]
Il y a bien sûr l’aspect mercantile de l’affaire mais pas que … Imaginons qu’il
soit possible de laisser se déverser dans le cœur du forum antique, la foule
considérable des badauds, ces vénérables vigies d’une histoire trépassée,
vieilles de deux millénaires, seraient anéanties en quelques années. Et puis,
il y a déjà bien assez de monde comme cela !
[2] Voir le
billet : A Constantinople, sous les voutes de Sainte Sophie : Dandolo et
la quatrième croisade.
Il existe moult publications plus
ou moins savantes sur la Villa Adriana. Il n’est pas question ici d’ajouter du
texte aux textes facilement trouvables sur la toile.
Mais juste partager une émotion. L’émotion
suscitée par ces ruines hors du temps ; par le gigantisme échevelé de ce
complexe architectural qui, à son heure de gloire, pouvait abriter de l’ordre
de 3000 personnes. De cette splendeur il ne reste aujourd’hui que quelques
vestiges ; colonnades, vigies statufiées, carcasses de bâtiments, pans de
murs, dédales et arches branlantes. Des restes de mosaïques encore, picorés par
la végétation … Et la beauté fulgurante des bassins aux eaux glauques. S’y
reflètent, paisibles des divinités déchues, sinon oubliées…
Villa Adriana ( Photo par Axel)
La Villa Adriana est située à
environ 30 km de Rome, sur le territoire de Tivoli. Pour s’y rendre, si l’on
n’a pas de voiture, le moyen le plus direct est le train (départ gare Termini à
Rome). Arrivé à la gare de Tivoli, il faut alors de rejoindre la place centrale
de la vieille ville, à quelques encablures de la Villa d’Este, et ses jardins
magiques, qu’il convient aussi de visiter. De là un bus conduit à l’entrée de
la Villa Adriana (un trajet d’environ 5 km).
Villa Adriana (Photo par Axel)
Un peu à l’écart des gros
circuits touristique romains, avec un peu de chance il est possible de jouir d’une
tranquillité abyssale, loin des foules – le complexe est aussi très vaste et
les visiteurs s’y diluent … Et de rêvasser aux époques révolues, idéalisées à l’envie.
Lorsqu’on songe à l’empereur Hadrien,
le nom de Margueritte Yourcenar vient parfois en tête. Sa première rencontre
avec lui date de 1922 « C’est la villa Adriana [la somptueuse demeure de
l’empereur à Tivoli] qui a été le point de départ, l’étincelle, quand je l’ai
visitée à l’âge de 20 ans ». A déambuler sans but parmi ces vieilles
pierres chargées d’histoires et de mystères, l’envie de lire ou relire les « Mémoires
d’Hadrien » s’esquisse. D’ailleurs, pour l’anecdote, lors d’une de ses
visites sur le site, la romancière de déplorer : « La villa
d'Hadrien, beau lieu aujourd'hui désacralisé par des restaurations indiscrètes
ou par de vagues statues de jardin ... sans parler d'une buvette et d'un
parking ». Cela n’a pas changé, mais la situation n’a pas empiré - au
regard de tous ces hauts-lieux défigurés, la villa Adriana s’en tire plutôt
honorablement.
Villa Adriana (photo par Axel)
Villa Adriana (photo par Axel)
Un autre visiteur célèbre de la Villa
fut Piranèse. Et qui laissa de l’endroit quelques œuvres, teintées d’un romantisme
un peu désuet - enjolivement du réel … Mais ne boudons point notre plaisir.
Piranèse - Ruines de la villa Adriana
Enfin s’il faut évoquer quelques
lieux magiques : le canope, ce plan d’eau bordé de colonnades et de
cariatides de reflétant dans le vert de l’onde… Le théâtre maritime et le serapeum,
la salle des philosophes ou encore les grands termes … Sans oublier la statue
du temple de Venus.
Livie (Livia Drusilla –
née 58 Av J.C) fut la troisième épouse de l’empereur Auguste. Dans sa villa
Suburbaine, qui était alors située près du quartier de la Prima Porta, existait
une pièce semi-souterraine, de taille assez modeste, couverte de peintures
bucoliques. S’y donnait probablement des banquets.
Les murs sont des jardins. A l’arrière-plan
de hautes collines cernent le paysage. Dans la frondaison, parmi les fleurs et
les fruits, les oiseaux y sont représentés à foison. Il pourrait être tentant pour
le miroiseur de chercher à en identifier les espèces. La tâche serait sans doute vaine, sinon inutile
...
Et puis laissons le mystère infuser
– Le pur plaisir du regard.
Villa di Livia (Photo par Axel)
Villa di Livia (Photo par Axel)
« Les peintures, datées
des années 30-20 avant J.-C., présentent une grande variété de plantes et
d’oiseaux, dont pins, chênes, grenades, myrtes, lauriers roses, dattiers,
arbousiers, lauriers, buis, cyprès, lierre et de nombreuses fleurs :
coquelicots, chrysanthèmes, camomille, etc. »
Villa di Livia (Photo par Axel)
Cette salle est reconstituée
aujourd’hui à Rome, dans le musée du Palazzo Massimo. Il est bon de s’y reposer.