Blogue Axel Evigiran

Blogue Axel Evigiran
La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à se perdre dans les labyrinthes de l'esprit dilettante ?


A la vérité, rien n’est plus savoureux que de muser parmi les sables du farniente, sans autre esprit que la propension au butinage, la légèreté sans objet prédéterminé.

Broutilles essentielles. Ratages propices aux heures languides...


31 janv. 2015

Aurélien Barrau : De notre capacité à penser la tension entre finitude et infinité

Aurélien Barrau : De notre capacité à penser la tension entre finitude et infinité



J’aime que l’on puisse, dans un livre traitant de cosmologie, terminer un chapitre consacré à l’espace par ces mots :

 « Une croissance exponentielle de l’utilisation des ressources dans un monde fini ne peut pas durer indéfiniment. C’est un fait scientifique que même un économiste néolibéral ne peut – ou ne devrait pouvoir – ignorer. Il est aujourd’hui indéniable que les activités humaines entraineront d’ici une trentaine d’années une extinction faramineuse et sans équivalent dans sa célérité, d’environ 30% des espèces. Les effets climatiques induits par nos émissions de gaz à effet de serre sont tellement immenses que même en interrompant maintenant strictement toute activité, la température du globe continuerait d’augmenter pendant plus de deux cent ans. Un drame sans précédent dans notre histoire se joue en ce moment. Une crise totale à l’échelle planétaire. Une crise irréparable dans l’étendue de son saccage. Nous en sommes informés et convaincus mais nous n’en tenons pas compte. Cette indifférence sidérante à l’égard de notre descendance – et, au-delà – de l’ensemble des vivants –pose des questions immenses quant à notre capacité à penser la tension entre finitude et infinité, entre grandeur et déchéance, entre éternité rêvée et suicide commis » 

Aurélien Barrau, Des univers multiples. A l’aube d’une nouvelle cosmologie
(Pp 25 – 26)
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L’art essentiel de l’écart.


Une évidence d’évidence assez mal partagée. Ainsi telle personnalité médiatique, atteinte d’écophobia au dernier stade, ulcérée que l’on puisse primer un livre sur l’épreuve des limites (Une question de taille, Olivier Rey).

« L’idée qu’un développement illimitée est impossible parce que les ressources sont limitées est une idée absurde. Je pense que c’est une erreur totale ! »


30 janv. 2015

Skinny puppy : la musique détournée comme moyen de torture…


« Music is beautiful thing to inspire and heal. But one the last thing you would expect to be used for : is torture…” 

(Abby Martin) *

Skinny puppy (live 2014)
Qu’arrive-t-il lorsque vous découvrez avec effarement que vos morceaux ont été détournés à des fins de torture ?… Un comble lorsque vous défendez  l’écologie d’une manière générale, la cause animale en particulier, et que vous êtes horrifié de voir les activistes en ce domaine qualifiés par le gouvernement US de terroristes, que vous dénoncez encore les dérives de l’état sécuritaire, sa collusion avec les complexes militaro-industriels …

Bien sûr, au-delà de l’aspect juridique des choses, les ignares au lieu d’interroger cette pratique indigne d’une ‘démocratie’ auront l’amalgame facile : c’est connu le métal où les musiques dites electro-industrielle sont ferment de violences ; pourquoi se plaindre alors ? En outre Skinny puppy dans ses shows ne lésine avec les flots d’hémoglobine ou le déviant – le chanteur s’en explique d’ailleurs dans l’entretien…  



Mais revenons aux faits et écoutons Nivek Ogre : 

 "I was told that people were forced to listen to music at an intolerable level," said Key. "This one particular interrogator would put one of our songs on repeat for 6-10 hours at a time. After six hours [the prisoners] was belittled, kicked, punched and so on. I just can't imagine music being used that way."

Dans ces conditions comment ne pas comprendre que n’importe qu’elle musique fait l’affaire, requiem de Mozart compris. 

D’ailleurs comme le rappelle le chanteur de Skinny puppy, d’autres artistes ont été également détournées à cette fin (ainsi Britney spears) : 
« 72 hours of anything being blast at high volume in a cold room when you are shackle at the ankle… when you are prostrate  with people pouring cold water inside you…” 

Pour qui a vu l’excellente série Homeland auront une petite idée du procédé – encore qu’il doit s’agir d’une version édulcorée.


Une version ici détournée, avec un autre genre de musique… Chez moi c’est pire !...


Alors que faire ?

Ne nous y trompons pas. Le chiffre est symbolique et ils n’escomptent pas le paiement. Mais au moins l’affaire se trouve ainsi portée sur la place publique : 

…. the band chose a "random evil figure" of $666,000 as compensation for the unauthorized use of "original music for U.S. interrogation purposes," they don't expect the government to provide a timely response to their demands.  "We're not looking to get monetarily reimbursed," Key said. "If we received anything from the government we'd probably donate it back to survivors of PTSD [post traumatic stress disorder]."

Enfin, puisqu’il est question au cours de l’entretien du morceau “Killing game” décrit comme une « anti war balade » :



Et, passant, ce mot de Nivek, au cours de l’interview :

« Whistle blowers are wonderful… In think it’s the bravest thing in the world especially with such a huge (machine clamping down on them, demonising them, finding very little thing…. »

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Worlock (Live in Waregem 2010)
Filmé par votre serviteur



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* Abby Martin features an exclusive interview with Nivek Ogre, lead singer of the industrial music group Skinny Puppy, discussing the band's reaction to their music being used to torture Guantanamo detainees, as well as their motivation to be politically confrontational, their passion for animal rights, and the need to speak out in time of universal deceit.

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Skinny Puppy – Illisit

(morceau d'une actualité brûlante ; attendant un 'patriot act' version française)



A police state invents you
Give me your name
Your birth reconnects you
To a number and age
To see throught the mountain
Master and serf
A failed-state connects us

This is a criminal age [5x]

The threat aside us
Blow-back reblame
So we are the suspect
Again and again
A terrorist is suspect
A terrorist is blamed
We're the receivers
Living in a game

This is a criminal age [5x]

28 janv. 2015

Ru Ta Ngậm Ngùi - Trịnh Công Sơn - Khánh Ly

A une amie...




Confronté à une altérite radicale de la langue, il n’est jamais aisé de naviguer.
Mais par-delà l'étrangeté de la voix, clapotis flûté dans un ciel immense ; là, parmi ces jardins abandonnés où fleurissent nos regrets en herbes folles.
Ce timbre universel du vague à l'âme...   


Perdu sur la toile à la quête, sinon d'un sens, du moins d'une empreinte ; 
D'un effleurement plutôt...
De ce que mon entendement a pu saisir : 

Trịnh Công Sơn est l'auteur du texte ; il l'un des plus grands compositeurs de chanson vietnamien.
Khánh Ly est la chanteuse.
Ru Ta Ngậm Ngùi est le titre de cette chanson aux accents mélancoliques: mélodie appartenant à la mouvance dite jaune,  par opposition à la chanson rouge, révolutionnaire. 


Pour la beauté des signes :


Môi nào hãy còn thơm, cho ta phơi cuộc tình. 

Tóc nào hãy còn xanh, cho ta chút hồn nhiên 
Tim nào có bình yên, ta rêu rao đời mình 
Xin người hãy gọi tên. 

Khi tình đã vội quên, tim lăn trên đường mòn 
Trên giọt máu cuồng điên, con chim đứng lặng câm 
Khi về trong mùa đông, tay rong rêu muộn màng. 
Thôi chờ những rạng đông.. 

Xin chờ những rạng đông 
Đời sao im vắng 
Như đồng lúa gặt xong 
Như rừng núi bỏ hoang 
Người về soi bóng mình. 
Giữa tường trắng lặng câm. 

Có đường phố nào vui, cho ta qua một ngày 
Có sợi tóc nào bay, trong trí nhớ nhỏ nhoi 
Không còn, không còn ai, ta trôi trong cuộc đời 
Không chờ, không chờ aị 

Em về, hãy về đi, ta phiêu du một đờị 
Hương trầm có còn đây, ta thắp nốt chiều nay 
Xin ngủ trong vòng nôi, ta ru ta ngậm ngùi, 
Xin ngủ dưới vòm cây ...
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Et ne pouvant me fier qu'à une traduction automatique, pas même redessinée (j'en suis bien incapable)  :



Environnement mais toujours parfumé, pour répandre l'amour.

Pourtant, les cheveux encore verts, nous donne petit innocent
Tim ne avoir la paix, nous réclamer sa vie
Se il vous plaît appeler noms de personnes.

Lorsque la situation a été vite oublié, cœur roulant sur la piste
Sur la rage de sang, se tenait oiseaux silencieux
Lorsque l'hiver, la main de mousse tard.
Eh bien attendre l'aube ..

Se il vous plaît attendre l'aube
La vie si tranquille
Comme la récolte de paddy est terminée
Comme jungle déserté
La réfléchi sur elle.
Entre le mur blanc silencieux.

Avoir rue amusant, nous donner un jour
Il ya vol de cheveux petite mémoire
Non, pas une, nous sommes allés dans la vie
Pas d'attente, pas une

Je suis sur, rentrons à la maison, faire un double aventures
Encens encore ici, je allumai cet après-midi notes
Se il vous plaît dormir dans la crèche, nous nous endormir avec pitié,
Se il vous plaît de dormir sous la canopée ...

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Une autre chanteuse,

Giang Trang

Une autre chanson :



Puis la même que celle interprétée plus haut par Trịnh Công Sơn

21 janv. 2015

A propos de la "valeur travail" : Avons-nous toujours autant travaillé ? - Le tripalium et le farniente

Billet initial du 23 aôut 2010
(Supprimé d'Overblog pour cause d'infection publicitaire)

Billet augmenté, comme l'on dit.
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A propos de la "valeur travail" : Avons-nous toujours autant travaillé ? - Le tripalium et le farniente




Lorsque l’on sait avec quel cynisme (au sens le plus vulgaire du terme) certains camelots ont cherchés à vendre au bon peuple la rance tripaille de la « valeur travail », il n’est pas inutile de faire un peu d’histoire. Sur l’étymologie du mot : travail provient du latin « Tripalium », un instrument de torture qui consistait en un assemblage trois pieux, utilisé par les romains pour punir les esclaves rebelles. Ceci en dit long sur la manière dont le labeur était considéré dans l’antiquité. D’ailleurs, chez les grecs, pour faire court, la valeur travail n’existait pas et le labeur était à la charge des esclaves ; l’idéal du citoyen se trouvant plutôt dans le loisir, l'Otium (entretien du corps et de l’esprit) et la participation aux affaires de la Cité. Les siècles passant on ne s’y trompât point davantage, et le Tripalium restera, «  c’est attesté au début du moyen-âge un instrument de supplice, dont dérive le terme " travail " désignant l’outil de contention familier aux éleveurs. Le dictionnaire nous rappelle pertinemment l'historique et le croisement étymologique avec " trabicula ", petite travée, poutre, désignant un chevalet de torture : (trabiculare signifie " torturer " et " travailler ", au sens, de " faire souffrir "). Et c’est bien dans cette acception que s’utilise en ancien français le terme " travailler " et cela jusqu’au 12e et 13e siècle, et s’applique non seulement aux suppliciés, ou aux femmes en proies aux douleurs de l’enfantement, mais aussi aux agonisants. »[1]. 
Les choses ne vont véritablement changer qu’au courant du XIXe siècle (au XVIIe siècle, avec Adam Smith, le travail est considéré comme créateur de richesse, mais n’est pas connoté positivement). Ainsi c’est avec les temps modernes, qu’on constatera ce paradoxal renversement des valeurs, avec le travail, qui  progressivement passera d’un statut de fardeau nécessaire à celui d’une activité « noble », riche de moult facteurs d’épanouissement ;  « liberté créatrice ». Etc.

Aujourd’hui, au-delà du tout débat idéologique, alors qu’en occident nous croulons littéralement sous les marchandises et les gadgets les plus inutiles, tandis que nombreux sont ceux qui ne parviennent même plus à se mettre sous le joug d’un employeur, sans doute parce que d’autres, incités à être beaucoup trop productifs, crèvent à la tâche, ne serait-il pas judicieux de relever le nez du guidon et de déjà se demander si nous avons toujours autant travaillé ?  

Qu'en était-il par exemple au Moyen-Age ?


 Si la journée de travail au Moyen-Age suivait les cycles du jour, et variait donc de sept à huit heures en hiver jusqu’à environ quatorze heures en été, la somme de travail annuelle était néanmoins beaucoup plus faible qu’aux époques modernes.
Le motif en est simple : « il ne suffit pas d’apprécier la durée de la journée de travail, mais il faut tenir compte du nombre de jours de chômage consacrés au repos ou à la célébration des fêtes. » (2)

Ainsi :
« Chômage complet 
Le travail est entièrement suspendu à certains jours consacrés au repos et à la célébration de cérémonies religieuses. Il en est ainsi :
1° Tous les dimanches de l’année. L’interdiction du travail se retrouve dans tous les registres des métiers et est sanctionnée par de sévères pénalités. On lit notamment dans les Registres du Châtelet, à la date du 17 mars 1401 : « Condémpnons Jehan le Mareschal esguilletier en 10 sols tournois d’amende pour ce que dimanche passé il exposa esguillettes en vente ».
2° Les jours de fêtes religieuses. Ces fêtes étaient alors très nombreuses, et le statut des talemeliers les énumère. La liste en est longue :
Les fêtes de l’Ascension et des Apôtres, le lundi de Pâques et la Pentecôte, Noël et les deux jours qui suivent Noël
1° Janvier. - Sainte Geneviève et l’Epiphanie
2° Février. - La Purification de la Sainte Vierge
3° Mars. - L’Annonciation
4° Mai. - Saint Jacques le Mineur et saint Philippe ; l’Invention de la Sainte Croix
5° Juin. - La Nativité de Saint Baptiste
6° Juillet. - Sainte Marie Madeleine ; Saint Jacques le Majeur et Saint Christophe
7° Août. - Saint Pierre ès-Liens ; Saint Laurent ; l’Assomption ; Saint Barthélemy
8° Septembre. - La Nativité de la Sainte Vierge ; l’Exaltation de la Sainte Croix
9° Octobre. - Saint Denis
10° Novembre. - La Toussaint et les Morts ; la Saint Martin
11° Décembre. - Saint Nicolas

Au total 27 fêtes auxquelles il faut en ajouter sans doute encore, si l’on veut tenir compte des chômages collectifs ou individuels, une demi-douzaine d’autres : la fête du saint patron de la confrérie, celle des saints patrons de la paroisse, de chaque maître en particulier, de sa femme, etc. En somme le travail était complètement suspendu chaque année pendant environ 80 à 85 jours. »



Pieter Bruegel - The Kermess - the Peasant Dance 1568

 Trêve de circonvolution oisives, allons derechef sur la grève déboucher cette missive que la mer nous amène : 

« Il convient de rappeler un fait que les laudateurs du progrès social oublient volontiers : rarement les hommes (et surtout les femmes) n’ont autant travaillé qu’à notre époque. Au Moyen Age, entre les fêtes religieuses, celles de son quartier, de sa corporation et les foires, un artisan parisien bénéficiait d’au minimum 150 jours fériés par an. La journée de travail d’un paysan n’était pas mesurable parce que constamment interrompue, et à la fin de chaque été, la fête de la moisson venait célébrer la fin annuelle du labeur. Si un Méphisto était venu proposer aux gueux de l’époque le marché suivant : je vous offre le chauffage central, la machine à laver et la sécurité sociale, mais c’est à condition que vous doubliez votre temps de travail et renonciez aux jouissances communautaires, il est peu probable qu’ils l’eussent accepté. (…)Aujourd’hui encore, les touristes occidentaux ne peuvent réfréner leur nostalgie à la vue de peuplades qui, tout en vivant dans un dénuement extrême, « se donnent le temps de vivre ». Ce temps, les formidables gains de productivité de la société industrielle ne nous l’ont pas restitué. Ceci ne signifie évidemment pas que la pauvreté à l’ancienne provoque la joie de vivre, mais bien que le travail moderne la tue ».

Guillaume Paoli – Eloge de la démotivation (P113 – 115)

Pieter Bruegel - The Corn Harvest
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19 janv. 2015

La poétique des ruines - Abbaye de Vauclair

Billet original du 29 avril 2013
(Supprimé de la plateforme Overblog pour cause de publicité intempestive)
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Abbaye de Vauclair (photo par Axel)

« Un fragment détaché tout à coup de la voûte de la Bibliothèque a roulé à mes pieds, comme je passais : un peu de poussière s'est élevée, quelques plantes ont été déchirées et entraînées dans sa chute. Les plantes renaîtront demain ; le bruit et la poussière se sont dissipées à l'instant : voilà ce nouveau débris couché pour des siècles auprès de ceux qui paraissaient l'attendre. Les empires se plongent de la sorte dans l'éternité où ils gisent silencieux. »

Chateaubriand, Voyage en Italie

Parmi les ruines de Vauclair (photo par Axel)


« Sous les piliers, les arceaux, 
Et les marbres. 
C'est l'histoire des oiseaux 
Dans les arbres. »

Dernière strophe du poème Dans les ruines d’une abbaye

Rideau végétal et arcades (photo par Axel)

« L’effet de ses compositions bonnes ou mauvaises, c’est de vous laisser dans une douce mélancolie. Nous attachons nos regards sur les débris d’un arc de triomphe, d’un portique, d’une pyramide, d’un temple, d’un palais; et nous revenons sur nous-mêmes; nous anticipons sur les ravages du temps; et notre imagination disperse sur la terre les édifices mêmes que nous habitons. À l’instant la solitude et le silence règnent autour de nous. Nous restons seuls de toute une nation qui n’est plus. Et voilà la première ligne de la poétique des ruines. »

DIDEROT, Ruines et Paysages, Salons de 1767

Vue partielle de l'abbaye de Vauclair (photo par axel)

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Site de l'abbaye de Vauclair
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Commentaires sur le billet d'origine




Si la musique n'exprime qu'elle-même..... Oh...oh...oh...

Ainsi en va-t-il de ces instants de grâce,
Suspendus entre deux flocons de neige...
Dans un ciel sous réverbère.

Ainsi s'essore la nuit,
Évaporée sous l'azur de tes prunelles...
Malgré la froideur du monde.


Et si les lendemain se cristallisent,
Nous les ferons voler en éclats ;
Mille paillettes d'or sur nos lèvres.

Et si la mélodie se fend dans la bourrasque,
Nous soufflerons les notes sublimes ;
Brasier incandescents de nos cœurs.

De ce chant unique
Et éternel...
----
De ce chant unique
Et éternel...


Si la musique n'exprime qu'elle-même..... 
Oh...oh...oh... 

15 janv. 2015

Victor Hugo, l’éducation et la religion - Enjeu de la laïcité

Billet initial du 08 mai 2014
(Billet initial supprimé de la plateforme overblog, infestée désormais de publicité)


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 Les corbeaux


Il y a quelques jours, vaquant à de profanes activités j’écoutais d’une oreille une émission du Grain à moudre intitulée : « L'anticléricalisme est-il une idée morte ? ».

Le chapeau d’introduction débutait en ces termes : 
« Ce n’est pourtant pas l’actualité qui manquait en ce dernier week-end d’avril, mais les chaînes d’information avaient choisi de jeter leur dévolu sur un événement qualifié d’‘’historique’’, qualificatif permettant de justifier une couverture non stop, forcément en direct, de la canonisation de deux anciens Papes, Jean XXIII et Jean-Paul II.
A chacun d’apprécier l’importance d’un tel événement. Mais on peut s’étonner, dans un pays censé avoir inventé, et la laïcité, et l’anticléricalisme, qu’une telle couverture médiatique n’ait pas suscité davantage de débat. Comme n’en suscita pas non plus (ou alors à peine plus) la décision du premier ministre français d’assister à cette cérémonie religieuse, au nom de la France ».  



Et reprenant hier soir le début des « pathologies de la démocratie » de Cynthia Fleury, mû par ces espèces de hasards guidés par l’intuition d’une sourde nécessité, je redécouvrais un extrait oublié de l’admirable discours du 15 janvier 1850 de Victor Hugo prononcé contre le projet de loi Falloux sur l’enseignement.  
Il n’est pas inutile ici de rappeler que Cynthia Fleury à tiré elle-même cet extrait de l’essai d’Henri Pena-Ruiz, « La laïcité ». 

 L'en seignement de la liberté


« Je considère comme une dérision de faire surveiller, au nom de l'État, par le clergé l'enseignement du clergé. En un mot, je veux, je le répète, ce que voulaient nos pères, l'Église chez elle et l'État chez lui. (…) 

Nous connaissons le parti clérical. C'est un vieux parti qui a des états de services. C'est lui qui monte la garde à la porte de l'orthodoxie.  C'est lui qui a trouvé pour la vérité ces deux étais merveilleux, 1'ignorance et l'erreur. C'est lui qui fait défense à la science et au génie d'aller au-delà du missel et qui veut cloîtrer la pensée dans le dogme. Tous les pas qu'a faits l'intelligence de l'Europe, elle les a faits malgré lui. Son histoire est écrite dans l'histoire du progrès humain, mais elle est écrite au verso. Il s'est opposé à tout. 

C'est lui qui a fait battre de verges Prinelli pour avoir dit que les étoiles ne tomberaient pas. C'est lui qui a appliqué Campanella sept fois à la question pour avoir affirmé que le nombre des mondes était infini et entrevu le secret de la création. C'est lui qui a persécuté Harvey pour avoir prouvé que le sang circulait. De par Josué, il a enfermé Galilée ; de par saint Paul, il a emprisonné Christophe Colomb. Découvrir la loi du ciel, c'était une impiété ; trouver un monde, c'était une hérésie. C'est lui qui a anathématisé Pascal au nom de la religion, Montaigne au nom de la morale, Molière au nom de la morale et de la religion. Oh ! oui certes, qui que vous soyez, qui vous appelez le parti catholique et qui êtes le parti clérical, nous vous connaissons. Voilà longtemps déjà que la conscience humaine se révolte contre vous et vous demande : qu'est-ce que vous me, voulez ? Voilà longtemps déjà que vous essayez de mettre un bâillon à l'esprit humain ! (…)

Et tout ce qui a été écrit, trouvé, rêvé, déduit, illuminé, imaginé, inventé par les génies, le trésor de la civilisation, l'héritage séculaire des générations, le patrimoine commun des intelligences, vous le rejetez ! Si le cerveau de l'humanité était là devant vos yeux à votre discrétion, ouvert comme la page d'un livre, vous y feriez des ratures… »

Victor Hugo

 Le grelot

Dans le prolongement, Cynthia Fleury écrit quelques pages plus loin, faisant appel à Michel Foucault  (p 69) :

« L’enseignant et l’école ont la charge de permettre à l’esprit critique d’émerger, en lui offrant la possibilité d’une mise à distance de l’idéologie du milieu dont il est issu. L’enseignement est toujours une ‘critique du milieu familial, non pas simplement dans ses effets éducatifs mais (…) par l’ensemble des valeurs qu’il transmet et impose’ c’est-à-dire une ‘critique de ce que nous appellerions dans notre vocabulaire l’idéologie familiale’ »

Cynthia FleuryLes pathologie de la démocratie
(avec une citation de Michel Foucault, L’herméneutique du sujet. Cours au Collège de France)

En ce sens les écoles confessionnelles relèvent de l’aberration; une hérésie (pour reprendre un terme connoté) renforçant la servitude, et attisant les braises du préjugé identitaire – fossoyeur de l’esprit critique.



Billet fort intéressant d'où j'ai tiré les deux images ci-dessus :

Within temptation summertime sadness, sur scène...

Juste pour la beauté du geste...
Parce que j'en ai envie.

Inutile de raconter l'époque.





.

Ce titre, Summertime sadness est tiré du dernier album en date de Within Temptation, Hydra, sorti l'an passé. 
Lors de leur passage à Lille, fin avril, j'y avais emmené mon fils, pour son premier concert ; ma fille était évidemment aussi de la fête... 

Je me rappelle ses regards...
Il était extasié. Littéralement. 
Nous étions dans l'axe, invisibles dans la quatrième ou cinquième rangée.
Un de ces moments que l'on n'oublies pas... 

Voilà le seul genre de manifestation collective qui n'a pas a priori l'art de me déplaire.
Tout le contraire.

 Hydra tour - Within Temptation, Lille april 28th 2014
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WITHIN TEMPTATION LYRICS

"Summertime Sadness"
(originally by Lana Del Rey)
Kiss me hard before you go
Summertime sadness
I just wanted you to know
That baby, you the best

I got my red dress on tonight
Dancin' in the dark in the pale moonlight
Done my hair up real big, beauty queen style
High heels off, I'm feelin' alive

Oh my God, I feel it in the air
Telephone wires above
Are sizzlin' like a snare
Honey I'm on fire, I feel it everywhere
Nothin' scares me anymore
(1, 2, 3, 4)

Kiss me hard before you go
Summertime sadness
I just wanted you to know
That baby, you the best

I got that summertime, summertime sadness
Su-su-summertime, summertime sadness
Got that summertime, summertime sadness

I'm feelin' electric tonight
Cruisin' down the coast, goin' about 99
Got my bad baby by my heavenly side
I know if I go, I'll die happy tonight

Oh my God, I feel it in the air
Telephone wires above
Are sizzlin' like a snare
Honey I'm on fire, I feel it everywhere
Nothin' scares me anymore
(1, 2, 3, 4)

Kiss me hard before you go
Summertime sadness
I just wanted you to know
That baby, you the best

I got that summertime, summertime sadness
Su-su-summertime, summertime sadness
Got that summertime, summertime sadness

Think I'll miss you forever
Like the stars miss the sun in the morning sky
Later's better than never
Even if you're gone I'm gonna drive

I got that summertime, summertime sadness
Su-su-summertime, summertime sadness
Got that summertime, summertime sadness

Kiss me hard before you go
Summertime sadness
I just wanted you to know
That baby, you the best

I got that summertime, summertime sadness
Su-su-summertime, summertime sadness
Got that summertime, summertime sadness

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Version Acoustique




Session à la radio...


14 janv. 2015

Naomi Klein - La stratégie du choc

Billet initial du 25 février 2011
(Billet initial supprimé de la plateforme overblog, infestée désormais de publicité)

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Voici un livre qui n’était pas dans mes projets de lecture. Encore aujourd’hui je ne saurai en cerner véritablement le motif. Pour tenter de comprendre cette indifférence, voire cette méfiance envers « La stratégie du choc » je dois tout d’abord reconnaître que, peu porté sur les grands médias, je ne connaissais alors pas mieux que le nom de cette nouvelle « icône » de l’altermondialisme, auteur disait-on d’un best-seller de la littérature alternative, « no-logo », sur lequel je n’ai aucun avis pour ne point l’avoir lu. Cependant le titre même de cet essai, daté de 2000, me paraissait symptomatique de ce type d’ouvrages opportunistes destinés à capter les deniers d’un lectorat conquis d’avance. Bref, rien qui ne doive donner véritable matière à réflexion, mais plutôt susciter l’adhésion de principe. D’autant qu’au sujet des marques j’avais en tête une subtile analyse de Guillaume Paoli qui, pour ceux s’interrogeant sur leur pratiques de consommation, a la vertu du poil à gratter. A savoir que si « … vous pouvez commander une paire de chaussures « no-logo » en cuir végétarien fabriquées par des travailleurs syndiqués, pour 95 dollars seulement ! » Il n’en est pas moins « …aisé de remarquer que cette annonce est elle-même une publicité qui s’est simplement emparée d’un autre support, en l’occurrence un site Internet anti-publicitaire. Elle atteindra ainsi un segment d’acheteurs potentiels qui n’auraient sans doute pas pu être touchés autrement ». Conséquence de quoi,  «… tout autant que les Nike, les chaussures no-logo sont des icônes symbolisant une valeur immatérielle : l’appartenance à une communauté politiquement correcte et socialement consciente ». 

Mais revenons sur cette « montée d’un capitalisme du désastre ». Quelques renseignements pris, et sachant la dame journaliste, je concède n’avoir pressenti alors dans ce nouvel opus qu’une espèce de grosse machine commerciale à la mode anglo-saxonne, surfant à bon compte sur la vague de constats bien réel, mais sans rien n’apporter de neuf au débat. A ce sentiment  mitigé, trop de publicité sans doute, une trop manifeste débauche de moyens aussi. Sans compter cet unanimisme du côté d’une certaine gauche radicale, compensée par une haie de haussements d’épaules condescendants dans le camp adverse.
Passant chemin, je n’aurai donc pas eu idée de m’intéresser à ce pavé de près de 800 pages sans cette fatale émission du « Grain à moudre » de mars 2010 intitulée « Le néo-libéralisme fait-il son lit des catastrophes ? ». Selon un principe bien rodé en ce direct de débat s’opposent deux partis autour d’une thèse, en l’occurrence ici, pour paraphraser Julie Clarini dans son chapeau de présentation « le cœur de la démonstration stimulante » de Naomi Klein. Les noms des débatteurs importent peu ici. Mais ce qui m’avait alors stupéfait ce fut d’une part l’agressivité affichée des deux opposants aux thèses proposées par la Canadienne, hargne doublée d’un mépris de mauvais aloi ; et d’autre part de l’utilisation de toutes les ficelles connues destinées à occulter le débat sur les questions qui dérangent.

Petit florilège :

 « Ce livre est énorme, il y a des tas d’éléments précis, et donc cela à toutes les apparences de l’enquête scientifique. Et c’est ça qui est trompeur. En réalité elle ne choisit que ce qui l’intéresse, elle procède par des glissements sémantiques, dont certains sont totalement insultants… »

Technique n°3 : Indignation
Rejeter le sujet de façon indignée
Technique n°6 : Messager
Décrédibiliser le porteur du message.

« Il faudrait des heures pour réfuter la thèse de Naomi Klein, car comme elle est extrêmement foisonnante, et elle procède par des choix qui sont tout sauf scientifiques, qui sont tous téléologiques, on ne peut pas tout réfuter… Les liens de causalité sont toujours, ou presque artificiels, ou intentionnellement insultants… »

Technique n°7 : Biais
Exacerber tous les faits qui pourraient donner à penser que l’opposant opère en dissimulant ses véritables intentions ou est sujet à tout autre forme de biais.


 « Ce sont des billevesées. C’est du Goubli-boulga. Littéralement cela n’a aucun sens ! Elle mélange tout… Et ce qui est troublant, elle parle du libéralisme, de l’avenir du libéralisme, des limites du libéralisme. Ça c’est un sujet. Mais quand on veut le comprendre il faut regarder les choses telles qu’elles sont. C’est-à-dire qu’associer la dictature et le marché comme elle le fait, ça n’a rigoureusement aucune vérité historique (…) La théorie du complot c’est idiot ! S’en prendre à Milton Friedman est totalement déplacé… C’est la société qui a demandé le libéralisme…»

(Entre autre) Technique n°6 : Messager
Décrédibiliser le porteur du message. Par extension, associer les opposants à des dénominations impopulaires telles que « excentrique », « extrême-droite », « gauchiste », « terroriste », « conspirationniste »,

Technique n°5 : Homme de paille
Présenter la position de son adversaire de façon volontairement erronée.

Julie Clarini, reprenant alors parole pour tempérer l’ardeur belliqueuse du chroniqueur de « La Tribune » : « Ce qui est intéressant dans le livre c’est le passage par l’école de Chicago. Voir que les idées naissent quelque part et qu’elles s’ordonnent quelque part avant d’être diffusées ». Rien n’y fait… Contrée dans la foulée par son coéquipier mal inspiré : « Pour Milton Friedman il faut savoir que la liberté économique ne pouvais exister durablement sans liberté politique. C’est pour ça qu’à la fin de sa vie, d’ailleurs, il a donné une interview au ‘ financial times’ dans lequel il disait qu’il était beaucoup plus confiant dans l’avenir économique de l’Inde, parce qu’elle était libérale, que dans celui de la Chine. Et il disait que la Chine va vers un clash parce que la liberté économique et collectivisme politique ne sont pas compatible… (…) Si Friedman a conseillé des régimes dictatoriaux, il l’a fait justement parce qu’il ne croyait pas à la politique du pire qui aurait consisté à laisser ces régimes tomber du poids de leurs propres échecs (…) Loin d’être un artisan de la thérapie de choc Friedman était au contraire quelqu’un qui cherchait le moindre mal… ». Reconnaissons là d’un bel exercice de sophistique doublé d’une mauvaise foi exemplaire. Ce qui permet à l’un des détracteurs de NK de surenchérir sans trop d’encombre : « On caricature Friedman en en faisant un séide des puissances de l’argent. Ce n’était pas du tout son ambition ». Et, du haut de sa magnanimité, de regretter néanmoins le séjour du maître dans le Chili de Pinochet. Mais son acolyte trouve la concession malvenue : « Je ne crois pas que ce soit factuel. Il est allé une fois au Chili pour 6 jours à l’invitation d’une fondation privée… »

Technique n°10 : Innocence
Faire l’innocent. Quelle que soit la solidité des arguments de l’opposant, éviter la discussion en leur contestant toute crédibilité, toute existence de preuves, toute logique ou tout sens. Mélanger le tout pour un maximum d’efficacité.


Bref, reléguant aussitôt après écoute cette émission dans les limbes des mauvais débats, ce ne fut seulement lors de la sortie de la version poche de l’ouvrage, à l’automne dernier, que me revint en tête l’aigreur et la vindicte de ces gens adeptes de l’esquive, si policés d’ordinaire ; trouble qui m’a incité à franchir le pas et acheter « La stratégie du choc » afin de m’en faire ma propre idée…
Sur le cas Friedman, voyons succinctement quelques arguments pris du livre et les faits avancés à ce sujet :

« Peu de temps après l’élection d’Allende, (…) l’université catholique, fief des Chicago

boys,  devint l’épicentre de ce que la CIA appela la « création d’un mouvement propice à un coup d’Etat » (…) Saenz, président de l’Association nationale des manufacturiers recruta quelques Chicago boys, à qui il confia la tâche de concevoir les programmes de rechange et d’ouvrir un nouveau bureau près du palais présidentiel de Santiago. Le groupe, dirigé par Sergio de Castro, diplômé de Chicago commença à tenir des réunion secrètes hebdomadaires au cours desquelles ses membres élaboraient des projets radicaux de transformation de leur pays dans le plus pur esprit du néolibéralisme. Selon l’enquête menée ultérieurement par le Sénat américain, « plus de 75% » du financement du « groupe de recherche de l’opposition » venait directement de la CIA. (…)
Au moment où la solution violente semblait l’emporter, par les truchements de Roberto Kelly, homme d’affaire financé par la CIA, les Chicago boys transmirent à l’amiral responsable un résumé de leurs idées, qui tenait en 500 pages. (…)
Au Chili, leur bible de 500 pages – programme économique détaillé dont s’inspira la junte dès les premiers jours – fut surnommée « la brique » (…)
Le 12 septembre 1973, un exemplaire de « la brique » ornait le bureau de chacun des généraux à qui allaient incomber des fonctions gouvernementales. Les propositions contenues dans le document ressemblaient à s’y méprendre à celles que formule Friedman dans Capitalisme et liberté : privatisations, déréglementation et réduction des dépenses sociales. (…)
Pinochet fit aussitôt de quelques diplômés de Chicago – notamment Sergio de Castro, principal auteur de « la brique » - ses proches conseillers économiques. (…) Pinochet avait beau tout ignorer de l’inflation et des taux d’intérêts, les technos parlaient un langage qu’il comprenait. Pour eux, l’économie était l’équivalent de forces naturelles redoutables auxquelles il fallait obéir : « Aller à l’encontre de la nature est improductif. A ce jeu on se dupe soi-même » (…) Pendant les 18 premiers mois, Pinochet suivit fidèlement les prescriptions de l’école de Chicago (…). En 1974, l’inflation atteignit 375% et le prix de denrées essentielles telles le pain explosa. En même temps, de nombreux chiliens perdaient leur emploi (…) Fidèles au dogme, Sergio de Castro et les autres Chicago boys soutenaient que leur théorie n’était pas en cause. Le problème venait plutôt du fait que leurs prescriptions n’étaient pas appliquées avec assez de rigueur. (…) Leur programme gravement compromis, les Chicago boys décidèrent que le moment était venu de prendre les grands moyens. En mars 1975, dans l’espoir de sauver l’expérience, Milton Friedman et Arnold Harberger s’envolèrent pour Santiago à l’invitation d’une grande banque chilienne. Friedman fut accueilli par la presse, inféodée à la junte, comme une star, le gourou d’un ordre nouveau. Ses déclarations faisaient la une ; ses conférences universitaires étaient diffusées à la télévision nationale. Il eut droit à l’audience la plus importante qui fut : un entretien privé avec le général Pinochet.
Tout au long de son séjour, Friedman rabâcha le même thème : la junte était sur la bonne voie, mais elle devait adhérer aux préceptes du néolibéralisme avec encore plus de discipline. Dans ses discours et ses interviews, il utilisa une expression qui n’avait jamais encore été brandie dans le cadre d’une crise économique réelle : « traitement de choc ». (…)
Pinochet fut converti. Dans sa réponse, le chef suprême du Chili disait avoir pour Friedman « les plus grands et les plus respectueux égards » ; il assura ce dernier que « le plan est appliqué à la lettre en ce moment même ». Immédiatement après la visite de Friedman, Pinochet congédia son ministre de l’Economie et le remplaça par Sergio Castro, qu’il hissa par la suite au poste du ministre des Finances. Castro truffa le gouvernement de Chicago boys et nomma l'un d’entre eux à la tête de la banque centrale (...) ». La cause paraît entendue.



"La stratégie du choc", sauf à être, au sens le plus vulgaire, d'un cynisme accompli, est un livre dont on ne sort pas indemne.
S’y trouve certes quelques biais et faiblesses qui ont étés d’ailleurs pointés dans la plupart des critiques argumentées, mais dans l’ensemble il s’agit d’un ouvrage, n’en déplaise à certains, d’une grande cohérence intellectuelle et fort bien documenté. Les faits sont les faits et lorsque « à son retour du Chili, en 1981, Hayek, Saint patron de l’école de Chicago, si impressionné par Pinochet et les Chicago boys écrivit sur le champ une lettre à son amie Margaret Thatcher alors premier ministre de Grande Bretagne pour la prier instamment de s’inspirer de ce pays sud-américain pour transformer l’économie de son pays » et que cette dernière répondit « en toute franchise dans une lettre privée adressée à son gourou intellectuel : «  Vous conviendrez, j’en suis sure, que certaines des mesures prises au Chili seraient inacceptables en Grande-Bretagne, où il existe des institutions démocratiques qui nécessitent un degré élevé de consensus social. Notre réforme devra respecter nos traditions et notre Constitution. Par moment les progrès peuvent paraître cruellement lents », il n’y a rien à ajouter.
Lorsque encore Milton Friedman, à peine trois mois après Katrina se fend d’un article dans le Wall street journal ou il dit : « La plupart des écoles de la Nouvelle-Orléans sont en ruine, au même titre que les maisons des élèves qui les fréquentaient. Ces enfants sont aujourd’hui éparpillés aux quatre coins du pays. C’est une tragédie (on est humain quand même). C’est aussi une occasion de transformer de façon radicale le système d’éducation ». Et Naomi Klein d’expliquer que l’idée radicale de Friedman est qu’au lieu « d’affecter à la remise en état et au renforcement du réseau des écoles publiques de la Nouvelle-Orléans une partie  des milliards de dollars prévus pour la reconstruction de la ville, le gouvernement devrait accorder aux familles des bons d’étude donnant accès à des écoles privées subventionnées par l’état ». Sinistre farce qui sera mise en œuvre et « 19 mois après les inondations, alors que la plupart des pauvres de la ville étaient encore en exil, presque toutes les écoles publiques de la Nouvelle-Orléans avaient été remplacées par des écoles à charte exploitées par le secteur privé. Avant Katrina, le conseil scolaire comptait 123 écoles ; il n’en restait plus que 4. Il y avait alors 7 écoles à chartes ; elles étaient désormais 31 (…) et les quelques 4700 membres du syndicat des instituteurs étaient licenciés. » D’ailleurs, du côté de l’American Enterprise Insitute, officine inféodée aux doctrine de Friedman, on y mit moins les formes  « Katrina à accomplit en un jour (…) ce que les réformateurs du système d’éducation ont été impuissants à faire malgré des années de travail ».
  
Les faits toujours. Et c’est ainsi tout au long de l’ouvrage, jusqu’à nausée : que ce soit sur l’Irak, la Chine, le tsunami de 2004, etc., etc. On comprend les adeptes les plus fanatiques du néolibéralisme et de la main invisible du Marché gênés aux entournures.

On l’aura compris, « La stratégie du choc » est à lire absolument, ne serait-ce pour s’en faire une idée qui ne soit point sous tutelle d’autrui. 

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