Blogue Axel Evigiran

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La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à se perdre dans les labyrinthes de l'esprit dilettante ?


A la vérité, rien n’est plus savoureux que de muser parmi les sables du farniente, sans autre esprit que la propension au butinage, la légèreté sans objet prédéterminé.

Broutilles essentielles. Ratages propices aux heures languides...


23 févr. 2016

Bentham, le pensionnaire momifié de university college

Momie de Jérémie Bentham (photo par Axel)

Quoi de mieux, par un matin ensoleillé de février, qu’un détour par University Collège, en la meilleure compagnie qui puisse être, pour saluer la dépouille de l’un des pères de la philosophie utilitariste, créateur du panoptique qui fera tant fantasmer Foucault. 

Momie de Jérémie Bentham (photo par Axel)
Mort en juin 1832 Bentham a légué son corps à la science. Un corps qui, selon son souhait, sera disséqué dans le cadre d’une conférence publique avant d’être bourré de paille et exposée dans une armoire dénommée « Auto-icon », dispositif pouvant être assimilé à la volonté du philosophe « de vouloir rectifier sa propre image posthume : embaumé il peut affronter les grands hommes du passé. S’il ressuscite sous la forme de l’auto-icon, cela signifie qu’il mérite les louanges d’une humanité reconnaissante toujours prompte à saluer les génies » (1) - que ne ferait-on pas pour conjurer la mort ! 




Quant à sa tête, momifiée de désastreuse façon, elle prendra un tour si résolument macabre qu’elle sera remplacée bientôt par un substitut de cire. La tête véritable sera alors placée entre les pieds du philosophe. Mais c’était oblitérer l’esprit facétieux de certains étudiants qui trouvèrent ludique de placer la face figée du conséquentialiste dans le lit de leurs condisciples endormis. 







Aujourd’hui la vitrine aux allures d’ « auto-fiction » poussiéreuse, se trouve reléguée dans le fond d’un hall de l’aile sud de l’université. Et qui ne sait l’épouvantail placé là, passe son chemin sans même un regard pour l’étrange boite… Mais si d’aventure on s’approche, pour en ouvrir les ventaux, une petite lampe s’allume au-dessus de l’illustre chapeau…

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(1) Le corps violenté - du geste à la parole par Michel Porret

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