Blogue Axel Evigiran

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La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à se perdre dans les labyrinthes de l'esprit dilettante ?


A la vérité, rien n’est plus savoureux que de muser parmi les sables du farniente, sans autre esprit que la propension au butinage, la légèreté sans objet prédéterminé.

Broutilles essentielles. Ratages propices aux heures languides...


12 mai 2016

El Zócalo : les fresques de Diego Rivera au Palacio National

Par une après-midi déjà bien entamée, direction El Zócalo, fameuse place située au cœur du centre historique de Mexico, là où fut décapitée la civilisation aztèque par un certain Hernán Cortés et sa clique. Il faut dire que la Plaza de la Constitución dans sa démesure a oblitéré l’ancienne place du marché (tiangui) qui jouxtait la cité des dieux (teocalli) de l’ancienne ville de Tenochtitlan qui compta au temps de sa prospérité, dit-on, plus de 200.000 têtes. Il ne reste aujourd’hui de ces splendeurs passées que les décombres du Templo Mayor, la pyramide principale haute de 45 mètres qui dominait alors le centre cérémoniel de la défunte capitale. De son ventre furent exhumées moult merveilles, pour la plupart exposées désormais au Musée national d’anthropologie où se trouve également une reconstitution du sanctuaire. 

Mais ce n’est point le sujet sur lequel je voulait m’étendre ici.

Dans le musée anthropologique de Mexico... (photo par Axel)
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Entrons donc sous le portique de sécurité du Palacio National, tandis que dans la rue un vendeur à la sauvette soudoie un policier pour s’assurer de sa tranquillité, chose banale, nous confirme consterné notre guide, Horacio.

Fresque de Diego Rivera au Palacio National
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Une fois dans la place, ayant volté sur notre gauche, dos à la fontaine trônant au centre du monumental patio cerné d’arcades baroques, nous voici donc face à l’escalier central pour y admirer les monumentales fresques murales de Diego Rivera, dont je n’avais jusqu’alors, comble de mon inculture, jamais entendu parler. Ni de lui, ni de Frida Kahlo (n’étant point aficionado forcené du grand écran - un film sorti en 2002, « Frida », relate son existence).
Ainsi, vierge de tout préjugé, mon sentiment face à la première composition de celui qui se liera d’amitié avec Modigliani lors de son passage à Paris, la plus monumentale d’entre toutes et qui représente l’histoire du Mexique de 1521 à 1930, fut celle d’un énorme ensemble un peu kitch, entre art naïf et réalisme, aux couleurs flashy, mêlant messages gros comme des autobus au fracas des armes. Jugement mitigé donc, que corrigea la vue des autres fresques de l’étage, bien plus dans mon goût, avec ces oiseaux, ces parures, ces scènes chatoyantes et tribales, moins marquées semble-t-il par l’idéologie, où de manière plus subtile. Fourmillement de détails et d’histoires composées en plans successifs, ne laissant pas un seul espace blanc, dont paradoxalement il se dégage une espèce de sérénité paisible. Motifs qui finirent par me plaire tout à fait - et même un peu plus que cela - et dont aujourd’hui, je regrette de ne pas en avoir tiré davantage de clichés, ni accordé l’attention que méritait tel chef d’œuvre - ce que n’aurait pu manquer tout homme de véritable culture.


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A la vérité et pour conclure sur mes impressions d’alors, ce dont mon ignorance m’a préservé fut aussi la source de mon inconséquence. Mais c’est là fatalité. Et il m’aura fallu, de retour de voyage, tomber sur une émission sur le Mexique des années 30 pour apprendre les relations du peintre et de sa compagne avec le surréalisme, sa tête de pont ayant été transplantée en 1938 au Mexique, missionné par le Ministère des Affaires Etrangères, sans doute davantage pour satisfaire son goût d’exotisme que par soucis prosélyte.


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Diego Rivera (1886 - 1957), anticlérical et athée déclaré, clairement engagé à gauche appartiendra au sérail des peintres officiels du gouvernement postrévolutionnaire mexicain. Et c’est lorsque revenu d’Europe en 1921 qu’il tentera, avec le succès que l’on connait, de faire renaitre une peinture typiquement mexicaine : « Pour cela, il va cherchant son inspiration dans le monde qui l'entoure, son monde, sa vie quotidienne, l'histoire de son pays, ses coutumes comme ce goût prononcé
pour le morbide et la mort... Il reprend la technique, chère aux précolombiens, de la fresque (et de préférence monumentale), faite à la détrempe. Tout de suite, son style est remarqué. En 1922, il réalise la fresque de l'amphithéâtre « Bolivar » de l'Ecole Nationale Préparatoire, puis l'Ecole d'Agriculture de Chapingo, puis des ministères : Santé, Education et finalement le Palais Présidentiel ( « Histoire du Mexique : de la Conquête à 1930 », 1929-35 et 1945). » (1)


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Un mot enfin de Frida Kahlo (juillet 1907 - juillet 1954) tempétueuse descendante de Mathilde Calderón, au sang indien et d’un photographe d’origine allemande.
Jeune militante, inscrite au Parti Communiste Mexicain en 1928, elle rencontrera alors Diego Rivera avec lequel elle se mariera l’année suivante. Relations tumultueuses autant que passionnées qui se solderont par un divorce en 1939. Entre temps elle aura eu une liaison avec Léon Trotski, hébergé chez Frida à Coyoacán et à qui elle offrira pour son anniversaire une toile intitulée « Autoportrait dédié à Léon Trotski ». Quant à son époux, volage invétéré, il l’avait déjà trompé en 1934 avec, entre autres, sa propre sœur, Cristina. Episode qui laissera à « la boiteuse » une profonde blessure, traduite dans le tableau « Quelques Piqûres » (« Unos Cuantos Piquetitos ») qui évoque un meurtre perpétré par jalousie sur une femme.

« Frida l’estropiée », célèbre pour ses autoportraits au front barré de sourcils noirs, sera aussi qui refusera de se faire enrôler dans le mouvement surréaliste : « On me prenait pour une surréaliste. Ce n’est pas juste. Je n’ai jamais peint de rêves. Ce que j’ai représenté était ma réalité. » (2)


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Pour finir sur une balade fort bien documentée autour des fameuses fresques du Palais National de Mexico, je renvoie - et incite chacun à y jeter un œil, voire les deux - au très beau billet intitulé « Diego Rivera, murales del Palacio Nacional » sur le blog à plusieurs voix « La part manquante », dont la philosophie, selon leurs propres dires, s’énonce de la manière suivante : « Se donner la possibilité d’être au monde par un regard débarrassé des préjugés, grâce à une oreille résistante à la mélodie obsédante des médias “mainstream”, un esprit affranchi de nos servitudes modernes que sont la publicité et la religion de la consommation. »




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(1) voir l’excellent site viva mexico - http://www.vivamexico.info/Index1/DiegoRivera.html

(2) Le journal de Frida Kahlo, préfacé par Carlos Fuentes, éditions du Chêne, 1995

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