Blogue Axel Evigiran

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La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à se perdre dans les labyrinthes de l'esprit dilettante ?


A la vérité, rien n’est plus savoureux que de muser parmi les sables du farniente, sans autre esprit que la propension au butinage, la légèreté sans objet prédéterminé.

Broutilles essentielles. Ratages propices aux heures languides...


10 juin 2016

Sauf dans les chansons


Cela fait un peu plus d'une année que je conserve ce recueil de Jérôme Leroy toujours à portée de bras.


« Quitter Nice », Brest, Roubaix, Paris ou Porto…
Errance entre les lignes. Au détour du pavé y découvrir son propre reflet… A boire le temps qui passe.
J’en goûte quelques pages, puis laisse le livre décanter. Un poème, dix poèmes et quelques semaines avant de le retrouver sous une pile, entre Paul Veynes et Marc-Aurèle.


C’est une poésie très personnelle ; hermétique parfois, mais touchant droit au but – légèreté de la profondeur.
Et lorsque le singulier se fait universel cela peut conduire à l’essentiel :

« Il regarde son billet et il pleure » (P 142)



Délice qu’il y a à se perdre en ces « Tombeaux » sous des cieux en grisaille. Eternellement nostalgiques. Celui pour C Jérôme me touche peut-être plus que les autres…
Mais il y a aussi le bleu limpide de l’ailleurs. Ces journées de juillet et les rues de Lille…


Car précisément nos appétences musicales diffèrent radicalement. Mais le hasard a voulu que nous soyons de la même année. Ce qui explique peut-être que je sois pareillement affecté du « Syndrome de l’archipel : maladie qui consiste à vouloir habiter, pas seulement voir, mais habiter toute la beauté du monde. L’âge semble en être l’origine. Sentir qu’on n’aura pas le temps ». (P 158)


Une acuité des détails. Et c’est délice à se perdre dans le « Matin profond ».
Comprendre le motif qu’il y a à se vouer corps et âme au grand art de l’inutile – manière de survivre :

« Je connais une jeune femme
En mai deux mille quatorze
Qui traduit Proust en grec ancien
Dans une salle de cours
C’est aussi émouvant
Au bout du compte je trouve
Dans son genre de beauté
Qu’un passage à niveau
Sur une départementale » (P 145)



Et me voici aujourd’hui à refermer ce compagnon de la table ronde. Au jardin, sous la voûte cotonneuse. Car ici le bleu se fait rarement céruléen.
Une Hypolaïs Ictérine joue à cache-cache dans le tapis de feuilles. Gazouillis interminable…
La solitude parfois, douce-amère. Et rêver éveillé :

« Partir
Avec Homère et de l’eau fraîche
Lire se baigner lire se baigner oublier dormir à l’ombre d’un tamaris lire se baigner une dernière fois » (P 162)


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