Blogue Axel Evigiran

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La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à se perdre dans les labyrinthes de l'esprit dilettante ?


A la vérité, rien n’est plus savoureux que de muser parmi les sables du farniente, sans autre esprit que la propension au butinage, la légèreté sans objet prédéterminé.

Broutilles essentielles. Ratages propices aux heures languides...


14 sept. 2016

Du bon sens… Montaigne, Descartes et Régis Debray


« …. Qui a jamais cuidé avoir faute de sens ? Ce serait une proposition qui impliquerait en soi une contradiction : c’est une maladie, qui n’est jamais où elle se voit : elle est bien tenace et forte, mais laquelle pourtant, le premier rayon de la vue du patient, perce et dissipe : comme le regard du soleil un brouillard opaque. »[1]

Ce qui fera sans doute dire à Descartes que la chose la mieux partagée au monde est le bon sens. Je serai incapable de me déterminer de savoir s’il faut prendre la saillie au sens littéral, ou si une pointe d’humour - ou de lucidité – flotte entre les mots. Mais il est vrai que le délire, l’extrême crédulité, l’acte le plus insensé, ont chacun leur logique – la rationalité de la folie, dirons-nous…

D’où reprendre avec Montaigne : « Je pense avoir les opinions bonnes et saines, mais qui n’en croit autant des siennes ? » Le doute est ici salutaire. De sorte que le plus grand péril est de se retrouver face à un véridique convaincu, un croyant dur et ferme, un engagé sûr de sa cause, un faiseur de système… Le remède est ici à chercher encore du côté du périgourdin :

« Les contradictions donc des jugements, ne m’offensent, ni m’altèrent : elles m’éveillent seulement et m’exercent. Nous fuyons la correction, il s’y faudrait présenter et produire notamment quand elle vient par forme de conférence, non de régence. A chaque opposition, on ne regarde pas si elle est juste ; mais, à tort, ou à droit, comment on s’en défera. Au lieu d’y tendre les bras, nous y tendons les griffes (…) »[2] Et d’en enfoncer le clou : « Quand on me contrarie, on éveille mon attention, non pas ma colère : je m’avance vers celui qui me contredit, qui m’instruit. La cause de la vérité, devrait être la cause commune à l’un et à l’autre ».

Quoi qu’il en soit, Régis Debray prendra la phrase au sérieux, pour mieux la tordre et constater que la chose au monde la mieux partagée, ce n’est pas le bon sens, mais l’ethnocentrisme… On ne peut pas tout à fait lui donner tort.







[1] Essais, Livre II, chapitre XVII
[2] Essais, Livre III, chapitre VIII

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