Blogue Axel Evigiran

Blogue Axel Evigiran
La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à se perdre dans les labyrinthes de l'esprit dilettante ?


A la vérité, rien n’est plus savoureux que de muser parmi les sables du farniente, sans autre esprit que la propension au butinage, la légèreté sans objet prédéterminé.

Broutilles essentielles. Ratages propices aux heures languides...


22 déc. 2023

Rencontre en baie de Somme

En baie de Somme ... (photo par Axel)

La baie de Somme et ses grands espaces …

Un lieu magique qui offre le privilège, pour peu que l’on s’y rende hors saison, de pouvoir savourer quelques lampées de solitude choisie ; d’être opportunément tenu éloigné des fauteurs de bruits pour qui tout n’est qu’environnement et défouloir …


Parcours ...

Ainsi ce jour de début décembre, jour de neige, où il me fut loisible de croiser sur la journée, lors d’une boucle de 21 km à un rythme de tortue, plus de 40 espèces d’oiseaux – et si peu de mes congénères. Et d’admirer ces paysages au vaste ciel contrasté ; un véritable bain de couleurs. Un parcours rituel qui s’ouvre sur 3 km entre pins, lande et massif dunaire, avant de rejoindre la plage et ses alignements de piquets à moule, visibles à marée basse. Et de là, plonger au sud vers la baie et dépasser le banc de l’Islette, empruntant un petit sentier qui serpente entre dunes et maquis, inondé et pris de glace, pour aller enfin lorgner du côté de l’observatoire du Marquenterre situé côté baie.

 

Sentier gelé (Photo par Axel)

Sentier gelé (Photo par Axel)

La plage (Photo par Axel)

Y rester plus d’une heure, tranquille, à contempler le bruissement de la nature. S’émouvoir de la venue d’un martin-pêcheur, prenant la pose dans un rayon de lumière, tandis que sur le plan d’eau et dans la roselière la vie s’ébroue … Parmi les espèces notables, deux visiteurs d’hiver, des anatidés : le garrot à-œil-d ’or et le harle piette – j’en compte trois (2 mâles et une femelle). Passe à deux reprises, d’un vol chaloupé, une femelle ou un immature de busard des roseau … La réserve est fermée, tout est calme, le temps suspendu à un vol de bruant des neiges …

Busard des roseaux (photo par Axel)

Harle piette (Photo par Axel)

Huitrier-pie (photo par Axel)

Martin-pêcheur (photo par Axel)

Mais en cette saison les jours se font courts, et dès le début de l’après-midi il faut songer à rebrousser. Cela tombe bien car c’est la marée haute ; un faible coefficient cependant et, pour se mêler aux limicoles, il faut prendre droit vers le large pour rejoindre le fil des vaguelettes, là où elles grignotent le sable …  Posés sur l’horizon des bancs de goélands où se mêlent quelques cormorans. Plus loin une nuée d’huitriers-pies vient au reposoir, accompagnés de trois ou quatre pluviers argentés. Sachant les pies de mer plutôt farouches je les contourne afin de ne pas les fatiguer, et cherche dans mes jumelles les petites boules nerveuses des bécasseaux. Ceux-là, pour peu que l’on y mette les formes, se laissent approcher parfois à quelques mètres de distances, poursuivant fébriles leur activités, indifférents au photographe accroupis à quelques pas.

Oie cendrée & phoque (photo par Axel)

C’est alors qu’au loin j’aperçois dans mes jumelles deux masses sombres qui se détachent sur le plat de la baie, à la limite des flots. Je dois être à 400 où 500 mètres de distance. Je dirige mes pas droit sur l’objet de l’intrigue, faisant des arrêts réguliers. Et d’élucider bientôt l’un des deux mystères :  une oie cendrée ! L’autre me semblant être un gros morceau de bois amené par la marée.

A mon approche l'oie se résout à s'éloigner en nageant. Sa présence, solitaire à cet endroit et son comportement me fait songer à un oiseau blessé, incapable de voler. Quant au bout de bois il me semble bouger légèrement. Un phoque !

Phoque (photo par Axel)

Soleil descendant sur la baie (photo par Axel)

Lumières de la baie (photo par Axel)

L'animal est de dos et je m’approche à une dizaine de mètres, signalant ma présence en faisant du bruit. Il tourne sa tête dans ma direction et avec maladresse se dirige sur moi. Surpris par ce comportement je songe à un individu en détresse. Il pousse parfois des petits cris me fixant de ses grands yeux tristes, basculant sur le flanc, puis vient pratiquement se blottir entre mes bottes. Que faire ? …  Faute de réseau, je le géolocalise et me convainc, au bout d’un bon quart d’heure de tergiversation, de partir avec l’idée de croiser quelqu'un pour lui exposer la situation – je me retourne à plusieurs reprises ; j’ai le sentiment de l’abandonner ... Autour de lui s’activent des bandes de bécasseaux Sanderling, auxquels je ne prête que peu d’attention, obnubilé que je suis par l’animal. Au bout d’un gros kilomètre, je fini par croiser deux jeunes femmes qui, motivées par mon récit, m'accompagnent jusqu'à l'animal, ayant réussi à appeler les pompiers. Ces derniers nous mettent alors en relation avec l'association locale qui gère ce genre de cas. Gros soulagement !



Mais le ciel commence déjà à se teinter de sombreur et je me décide à rentrer, afin d’arriver avant la nuit – la fatigue et le froid se font sentir ... Quant aux deux femmes, elles préfèrent rester encore un peu au chevet du phoque – désormais localisé et pris en charge. L’une d’elle me promet de me donner des nouvelles.

 

(photo par Axel)

De fait, je reçois en soirée un message où elle m’explique qu’elles ont été rappelées par la responsable de l’association locale de la protection de la nature, et qu’il s’agit, au vu des photographies, d’un bébé ayant été déjà signalé la veille. Que les naissances de phoques gris dans la baie de Somme étaient rares mais pas inhabituelles. Qu'il n'était pas anormal qu'il soit seul pour une durée de 1 à 3 jours, la mère étant occupée à chasser. Bref il n'avait pas besoin d'assistance et se trouvait en bonne santé, que bientôt il ferait ses 35 kg …

 

Une histoire banale et à la fois singulière. Touchante.

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