Blogue Axel Evigiran

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La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à se perdre dans les labyrinthes de l'esprit dilettante ?


A la vérité, rien n’est plus savoureux que de muser parmi les sables du farniente, sans autre esprit que la propension au butinage, la légèreté sans objet prédéterminé.

Broutilles essentielles. Ratages propices aux heures languides...


27 mai 2015

Pierre Hadot :Qu'est-ce que la philosophie antique ? (notes de lectures)


Qu'est-ce que la philosophie antique ?


Pierre Hadot

                                       Folio essais
Notes de lecture
De petites fiches de lectures sans prétention ; mais utiles pour se remémorer les grandes lignes d’un ouvrage. Recopie de passages et synthèse tout à fait subjective.  

Lu une première fois en 2010. A l'époque je notais : Manifestement l’œuvre d’un ancien séminariste qui n’a pas renié entièrement ses anciennes génuflexions. La partie consacrée aux figures de Socrate et de Platon est d’une mauvaise foi si manifeste, que cela m’a presque donné envie d’en arrêter là. Et évidemment les sophistes présentés ici ne sont qu’une caricature. Heureusement la suite donne moins dans l’idéologie ; et se trouve d’intérêt.
C'est peut-être sévèrement jugé, mais ce fut mon ressenti d'alors. Je l'ai relu en 2014 dans le cadre d'un MOOC tout à fait captivant, intitulé Philosophie et modes de vie ; de Socrate à Pierre Hadot et Michel Foucault. A l'issu de cette nouvelle lecture j'avais écrit dans mon petit carnet : Relu dans le contexte du MOOC en philosophie, suivi depuis le 16 janvier. J’y ai pris beaucoup de plaisir et me rend compte que j’ai été fort injuste envers cet essai – la cause en incombe à mon anti-platonisme doublé d’un anti-christianisme assez radical ; traits assumés, mais qui me font passer à côté parfois de vraies richesses.
Une seconde session de ce cours est donné cet année. Ce qui m'a donné prétexte à ce recopié de passage choisis.


Pierre HADOT

Qu'est-ce que la philosophie antique ?

Avant-propos

Le discours philosophique prend son origine dans un choix de vie et une option existentielle et non l’inverse. (…) Il n’y a jamais ni philosophie ni philosophes en dehors d’un groupe, d’une communauté, en un mot d’une ‘école’(…)
La philosophie n’est qu’exercice préparatoire à la sagesse.

Il ne faudrait pas non plus opposer mode de vie et discours, comme s’ils correspondaient respectivement à la pratique et à la théorie. Le discours peut avoir un aspect pratique, dans la mesure où il tend à produire un effet sur l’auditeur ou le lecteur. Quant au mode de vie, il peut être pas théorique, évidemment, mai théorétique(1), c’est-à-dire contemplatif.

Par ailleurs, je me refuse à confondre langage et fonction cognitive (2).

Notion d’exercices spirituels : des pratiques destinées à opérer une modification et une transformation dans le sujet qui les pratiquait.
(…) Je crois mon article intitulé « Exercices spirituels et philosophie antique », apru en 1977, a exercé une influence sur l’idée que M. Foucault se faisait de la « culture de soi ».




Définition platonicienne du philosophe et ses antécédents

La philosophie avant la philosophie

L’historia des premiers penseurs de la Grèce

A Milet : Thalès, mathématicien et technicien, l’un des 7 sages, célèbre pour avoir prédit l’éclipse du soleil du 28 mai 585, puis Anaximandre et Anaximène. (…)
Tous ces penseurs proposent une explication rationnelle du monde (…) Ils proposent une théorie de l’origine du monde, de l’homme et de la cité.

Platon propose dans le Timée, ce qu’il appelle une fable vraisemblable.

La paideia

Le désir de former, d’éduquer. (…)
La vie démocratique engendre des luttes pour le pouvoir : il faut savoir persuader le peuple, lui faire prendre telle ou telle décision dans l’assemblée.

Les sophistes du Ve siècle

Les fameux sophistes sont souvent des étrangers (à Athènes). Protagoras et Prodicos viennent d’Ionie, Gorgias d’Italie du Sud. (…)
Ils insistent chacun à leur manière, sur le conflit qui oppose la nature (phusis) et les conventions humaines (nomoi) (…) Leur enseignement répond à un besoin. (…) Les sophistes inventent l’éducation en milieu artificiel, qui restera la caractéristique de notre civilisation. Ce sont des professionnels de l’enseignement, avant tout des pédagogues (…) Moyennant un salaire ils enseignent à leurs élèves les recettes qui leur permettront de persuader les auditeurs, de défendre avec autant d’habileté le pour et le contre (antilogie).

Théâtre de Milet (Photo par Axel)

L’apparition de la notion de « philosopher »

Il est a peu près certain que les présocratiques du VIIe siècle av JC, Xénophane ou Parménide par exemple, et même probablement, malgré certains témoignages antiques mais très discutables, Pythagore et Héraclite, n’ont connus ni l’adjectif philosophos, ni le verbe philosophein, à plus forte raison le mot philosophia.
(…)
D’une manière générale, depuis Homère, les mots composés en philo seraient à désigner la disposition de quelqu’un qui trouve son intérêt, son plaisir, sa raison de vivre, à se consacrer à telle ou telle activité : philo-posia (Philosophia, sera donc l’intérêt que l’on prend à la sophia)

L’activité philosophique, fierté d’Athènes

Cette activité englobe tout ce qui se rapporte à la culture intellectuelle et générale : spéculations des présocratiques, sciences naissantes, théorie du langage, technique rhétorique, art de persuader.

La notion de sophia

On attribuait aux sept sages  des maximes, « des mots brefs et mémorables », dit Platon, prononcés par chacun d’eux, lorsque, s’étant réunis à Delphes, ils voulurent offrir à Apollon, dans son temple, les prémices de leur sagesse et qu’ils lui consacrèrent les inscriptions que tout le monde répète : « connais-toi toi-même », « Rien de trop ».
(…)
« Mon métier, disait l’épitaphe de Thrasymarque, c’est la sophia »

La figure se Socrate

Socrate a inspiré à la fois Antisthène, le fondateur de l’école cynique, (…) Aristippe, le fondateur de l’école de Cyrène, pour qui l’art de vivre consistait à tirer le meilleur parti possible de la situation qui se présentait concrètement, (…). Un seul de ses disciples à triomphé pour l’histoire…
Le rôle de l’interrogateur, n’est pas une invention de Platon, mais que ses fameux dialogues appartiennent à un genre, le dialogue ‘socratique’, qui était le véritable mode chez les disciples de Socrate.

Le non-savoir socratique

Le philosophe ne sait rien, mais il est conscient de son non savoir.
L’ironie socratique consiste à feindre de vouloir apprendre quelque chose de son interlocuteur, pour amener celui-ci à découvrir qu’il ne connait rien dans le domaine où il prétend être savant.
Pour Platon, toute connaissance est réminiscence. Chez Socrate, au contraire, les questions ne conduisent pas son interlocuteur à savoir quelque chose.(…) Le dialogue socratique aboutit au contraire à une aporie.

Le savoir socratique

Il semble que Socrate ait admis implicitement qu’il existait chez tous les hommes un désir inné du bien – paradoxe socratique : nul n’est méchant volontairement.
Le contenu du savoir socratique, c’est donc, pour l’essentiel, « la valeur absolue de l’intention morale (une valeur est absolue pour un homme lorsqu’il est prêt à mourir pour cette valeur).
‘Une vie qui ne se met pas elle-même à l’épreuve ne mérite pas d’être vécue’.

Le banquet de Platon

Eros, Socrate et le philosophe

Platon
La prêtresse Mantinée : Pénia, c’est-à-dire la pauvreté, « Privation », s’approcha pour mendier. Poros, c’est-à-dire « Moyen », « Richesse », « Expédient », était alors endormi, enivré de nectar, dans le jardin de Zeus. Pénia s’étendit près de lui, afin de remédier à sa propre pauvreté en ayant un enfant de lui. C’est ainsi qu’elle conçut l’Amour.
La description mythique de Diotime, s’applique à la fois à Eros, à Socrate et au philosophe.
(…)
Pour Alcibiade, Socrate est un véritable magicien, qui ensorcelle les âmes par ses paroles.
Pour Diotime, Eros est philo-sophe parce qu’il est à mi-chemin de la sophia et de l’ignorance.(…) Dans la tradition grecque, le savoir, ou sophia, est moins un savoir purement théorique qu’un savoir-faire, un savoir-vivre. (…). Il y a, dit Diotime, deux catégories d’êtres qui ne philosophent pas : les sages et les dieux, parce que précisément ils sont sages, et les insensés parce qu’ils croient être sages : « les ignorants ne philosophent pas et ne désirent pas devenir sages : car c’est cela le malheur de l’ignorance que de croire être beau, bon et sage, alors qu’on ne l’est pas ».
Le philosophe : intermédiaire entre l’insensé et le sage.

Dans les non-sages, Diotime introduit une division : il y a ceux inconscients de leur non-sagesse, les insensés, et ceux qui sont conscients de leur non-sagesse, les philosophes.

La philosophie, selon le Banquet, n’est pas la sagesse, mais un mode de vie et un discours déterminé par l’idée de sagesse. (…) Platon instaure ainsi une distance insurmontable entre le philosophe et la sagesse. (Pue importe, diront les stoïciens, que l’on se trouve à une coudée où à cinq cent brasses sous l’eau, on n’en est pas moins noyés)

Nietzche :
Sur le fondateur du christianisme, l’avantage de Socrate est le sourire qui nuance sa gravité et cette sagesse pleine d’espièglerie qui fait à l’homme le meilleur état d’âme.

La philosophie comme mode de vie

Platon et l’académie

Exercices spirituels

La plus célèbre pratique est l’exercice de la mort, auquel Platon fait allusion dans le Phédon (…) La philosophie n’est rien d’autre qu’un exercice de la mort, puisque la mort est séparation de l’âme et du corps et que la philosophie s’emploie à détacher son âme de son corps (…)
L’éthique du dialogue, est chez Platon l’exercice spirituel par excellence (…) Les dialogues peuvent être considérés comme des ouvrages de propagande, parés de tous les prestiges de l’art littéraire, mais destinés à convertir à la philosophie. (…)
La philosophie de Platon ne consiste pas à construire un système théorique de la réalité et en « informer » ensuite ses lecteurs, mais elle consiste à « former », c’est-à-dire à transformer les individus…
Dialogue parlé et vivant : il porte sur l’existence d’objets immuables, c’est-à-dire des formes non sensibles, garantes de la rectitude du discours et de l’action…

Aristote et son école

La forme de vie « Théorétique »

Comme dans l’Académie, il y a deux sortes de membres, les anciens, qui participent à l’enseignement, et les jeunes…
Platon considère qu’il suffit d’être philosophe pour pouvoir diriger la cité ; au contraire, l’école d’Aristote ne forme qu’à la vie philosophique. (…)
La vie selon l’esprit apporte aussi l’absence de troubles. En pratiquant les vertus morales, on se trouve impliqué dans la lutte contre les passions, mais aussi dans beaucoup de soucis matériels : pour agir dans la cité, il faut se mêler aux luttes politiques ; pour aider les autres, il faut avoir de l’argent, pour pratiquer le courage, il faut aller à la guerre. Au contraire la vie philosophique ne peut se vivre que dans le loisir, dans le détachement des soucis matériels. (…)
Pour Aristote, la philosophie consiste dans un mode de vie « théorétique » (…) Théorétique ne s’oppose pas à « pratique », autrement dit théorétique peut s’appliquer à une philosophie pratiquée…

Les différents niveaux de la vie « théorétique »

L’école d’Aristote se livre à une immense chasse à l’information dans tous les domaines. (…)
Le chercheur aristotélicien n’est pas un simple collectionneur de faits. Ceux-ci ne sont rassemblés que pour permettre des comparaisons et des analogies, instaurer une classification des phénomènes, en faire entrevoir les causes… Pour Aristote il faut se fier plus à l’observation des faits qu’aux raisonnements et aux raisonnements seulement dans la mesure où ils s’accordent avec les faits observés.(…)
Dans la perspective aristotélicienne, ce désintéressement correspond au détachement de soi, par lequel l’individu se hausse au niveau de l’esprit, de l’intellect… 

Les limites du discours philosophique

 Ce sont les successeurs d’Aristote, et surtout ses commentateurs, qui ont opéré ces regroupements (des œuvres d’Aristote)
Aristote attend de ses auditeurs une discussion, une réaction, un jugement, une critique (…)Il faut d’abord, pour comprendre le discours, que l’auditeur ait déjà une certaine expérience de ce dont parle le discours, une certaine familiarité avec son objet… un habitus :
« Ceux qui ont commencé à apprendre enchainent les formules, mais n’en savent pas encore le sens ; car il faut qu’elles soient parties intégrantes de notre nature [mot à mot : qu’elles croissent avec nous]. Or c’est là une chose qui demande du temps ».
Il y a deux catégories d’auditeurs. Les premiers ont déjà des prédispositions naturelles à la vertu ou ont reçu une bonne éducation. A ceux-là, les discours moraux peuvent être utiles : ils les aideront à transformer leurs vertus naturelles, ou acquises par l’habitude, en vertus conscientes et accompagnées de prudence. Dans ce cas, on peut dire, en un certain sens, que l’on ne prêche que des convertis. Les seconds sont esclaves de leurs passions, et dans ce cas le discours moral n’aura aucune influence sur eux (…) A ce genre d’auditeurs, il faudra donc autre chose que des discours pour les former à la vertu (…) Ce travail d’éducation, Aristote considère que c’est à la cité de l’effectuer par la contrainte de ses lois et parla coercition…

Les écoles hellénistiques

La période hellénistique

Le mot « hellénistique » désigne traditionnellement la période de l’histoire grecque qui s’étend d’Alexandre le grand (356 – 323), jusque la domination romaine, à la fin du 1er siècle av. J-C. (…) On s’accorde à considérer comme fin de la période hellénistique le suicide de Cléopâtre, reine d’Egypte, en l’an 30 av. J-C.

Platon a en quelque sorte formulé définitivement, pour tous les philosophes de l’Antiquité, l’attitude que doit avoir le philosophe dans une cité corrompue :
« Il reste donc un bien petit nombre de gens qui sont dignes d'épouser la philosophie (…) Or celui qui fait partie de ce petit nombre et qui a goûté la douceur et la félicité d’un tel bien, quand il s’est rendu compte que la multitude est folle, qu’il n’y a pour ainsi dire rien de sensé dans la conduite d’aucun homme politique (…) quand il a fait réflexion sur tout cela, il se tient au repos et ne s’occupe que de ses propres affaires ». 

Notre vision de l’histoire de la philosophie est irrémédiablement faussée par les contingences historiques. Nous en aurions peut-être une représentation toute différente, si les œuvres de Platon et d’Aristote étaient disparues, et si celles des stoïciens Zénon et Chrysippe avaient été conservées.

Influences orientales ?

On sait que l’expédition d’Alexandre a rendu possibles des rencontres entre sages grecs et sages hindous. Notamment un philosophe de l’école d’Abdère, Anaxarque, et l’élève de celui-ci, Pyrrhon d’Elis, avaient accompagné le conquérant jusqu’en Inde. (…) Dans ces contacts, il ne semble pas y avoir eu véritablement des échanges d’idées (…) Mais les grecs furent impressionnés par le mode de vie de ceux qu’ils appelèrent « gymnosophistes », les « sages nus ». (…)
Démocrite (le fondateur de l’école d’Abdère), le maître d’Anaxarque avait lui-même prôné cette tranquillité de l’âme. (…)
L’expédition d’Alexandre (…) a pu jouer un certain rôle dans le développement de la notion de cosmopolitisme, c’est-à-dire de l’idée de l’homme comme citoyen du monde.

Les écoles philosophiques

L’étudiant moderne ne fait de la philosophie que parce qu’elle est au programme de terminale. Il peut arriver tout au plus qu’étant intéressé par un premier contact avec cette discipline, il désire passer des examens dans cette matière. En tout cas, c’est le hasard qui décidera s’il rencontre un professeur appartenant à « l’école » phénoménologique ou existentialiste ou déconstructionniste ou structuraliste ou marxiste. Peut-être un jour adhéra-t-il intellectuellement à l’un de ces imses. Quoi qu’il en soit, il s’agira d’une adhésion intellectuelle, qui n’engagera pas sa manière de vivre, sauf peut-être dans le cas du marxisme. Pour nous autres modernes, la notion d’école philosophique évoque uniquement l’idée d’une tendance doctrinale, d’une position théorique. Il en va tout autrement dans l’Antiquité.

Vers la fin du IVe siècle, presque toute l’activité philosophique se concentre à Athènes, dans les quatre écoles fondées respectivement par Platon (l’Académie, par Aristote (le Lycée), par Epicure (le Jardin) et par Zénon (la Stoa). Pendant près de trois siècles, ces institutions resteront vivantes. (…) Il faut y ajouter deux autres courants, le scepticisme, ou plutôt le pyrrhonisme et le cynisme. Ce sont deux modes de vie, le premier proposé par Pyrrhon, le second par Diogène le Cynique. Comme l’écrira un « sceptique » d’époque tardive, Sextus Emipiricus :
« On dit qu’une école (hairesis) est une adhésion à des dogmes nombreux ayant une cohérence les uns par rapport aux autres (…) nous dirons que le sceptique n’a pas d’école. En revanche si on dit qu’est une école (hairesis) un mode de vie qui suit un certain principe rationnel (…) nous disons qu’il a une école ». (…)
Les ressources pécuniaires sont personnelles ou proviennent de bienfaiteurs.
Athènes - Photo par Mélanie

Identités et différences : priorité du choix de mode de vie

Chaque école se définit et se caractérise par un choix de vie, par une certaine option existentielle. (…)
Sagesse : toutes les écoles hellénistiques paraissent la définir comme un état de parfaite tranquillité de l’âme. Dans cette perspective, la philosophie apparait comme une thérapeutique des soucis, des angoisses et de la misère humaine, misère provoquée par les conventions et les contraintes sociales pour les cyniques, par la recherche des faux plaisirs, pour les épicuriens, par la recherche de l’intérêt égoïste, selon les stoïciens, et par les fausses opinions, selon les sceptiques. Qu’elles revendiquent ou non l’héritage socratique, toutes les philosophies hellénistiques admettent avec Socrate que les hommes sont plongés dans la misère, l’angoisse et le mal, parce qu’ils sont dans l’ignorance : le mal n’est pas dans les choses, mais dans les jugements de valeur que les hommes portent sur les choses. (…)
Il faut distinguer entre les écoles dogmatiques, pour qui la thérapeutique consiste à transformer les jugements de valeur, et les sceptiques, pour qui il s’agit seulement de les suspendre (…)
Parmi les écoles dogmatiques : Epicurisme : recherche du plaisir / Le platonisme, l’aristotélisme, le stoïcisme, pour qui, selon la tradition socratique, l’amour du bien.

Identités et différences : la méthode d’enseignement

L’épicurisme et le stoïcisme s’adressent à tous les hommes, riches ou pauvres, hommes ou femmes, libres ou esclaves. Quiconque adopte le mode de vie épicurien ou stoïcien, quiconque le met en pratique, sera considéré comme un philosophe, même s’il ne développe pas, par écrit ou par oral, un discours philosophique.

Le cynisme

On discute pour savoir si Antisthène, disciple de Socrate, a été le fondateur du mouvement cynique. (…)
Le mode de vie cynique s’oppose d’une manière spectaculaire non seulement à celui des non-philosophes, mais même à celui des autres philosophes (…) Ils forment néanmoins une école, dans la mesure où l’on peut reconnaitre entre les différents cyniques un rapport de maître à disciple. (…) Le cynique considère que l’état de nature (phusis), tel qu’on peut le reconnaitre dans le comportement de l’animal ou de l’enfant, est supérieur aux conventions de la civilisation (nomos) (…)
Leur philosophie est totalement exercice (askesis) et effort.

Pyrrhon

Son comportement est totalement imprévisible. Parfois il se retire dans la complète solitude, ou encore il part en voyage sans prévenir personne, prenant alors comme compagnons de route et de conversation, les gens qu’il rencontre par hasard. ( …) Pyrrhon vit dans une parfaite indifférence à l’égard de toutes choses.

L’épicurisme

Pour Epicure, le choix socratique et platonicien en faveur de l’amour du bien est une illusion : en réalité l’individu n’est mû que par la recherche de son plaisir et de son interêt (…) Plaisir : recherche du seul plaisir véritable, le pur plaisir d’exister.

L’éthique

Il faut distinguer des plaisirs mobiles le plaisir stable (…) Le plaisir, comme suppression de la souffrance, est un bien absolu. (…) L’ascèse des désirs se fondera sur la distinction entre les désirs naturels et nécessaires, les désirs naturels et non nécessaires.

La physique et la canonique

Il s’agit de supprimer la crainte des dieux et de la mort ; « la mort n’est rien pour nous ». (…) Tant que nous sommes là nous-mêmes, la mort n’y est pas et, quand la mort est là, nous n’y sommes plus.
La notion de déviation des atomes a une double finalité : expliquer la formation des corps, qui ne pourraient pas se constituer si les atomes se contentaient de tomber en ligne droite à une vitesse égale. D’autre part, en introduisant le ’hasard’ dans la ‘nécessité’, donner un fondement à la liberté humaine. (…) Inutile d’ajouter que, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, cette déviation sans cause, cet abandon du déterminisme, a toujours fait scandale chez les historiens de la philosophie.
Tetrapharmakos :
                Les dieux ne sont pas à craindre
                La mort n’est pas à redouter
                Le bien facile à acquérir
Le mal facile à supporter

L’amitié est, dans l’école épicurienne, le moyen, le chemin privilégié, pour parvenir à la transformation de soi-même. (…)

Plaisir d’une vie en commun qui ne dédaigne pas d’ailleurs d’y faire participer les esclaves et les femmes. Véritable révolution, qui dénote un changement complet d’atmosphère, par rapport à l’homosexualité sublimée de l’école de Platon.

Le stoïcisme

Le choix fondamental

Il n’y a de mal que le mal moral et qu’il n’y de bien que le bien moral (…) Le choix stoïcien est diamétralement opposé au choix épicurien : le bonheur ne consiste pas dans le plaisir ou l’intérêt individuel, mais dans l’exigence du bien, dictée par la raison et transcendant l’individu. Le choix stoïcien s’oppose également au choix platonicien, dans la mesure où il veut que le bonheur, c’est-à-dire le bien moral, soit accessible à tous ici-bas.
L’expérience stoïcienne consiste dans une prise de conscience aigüe de la situation tragique de l’homme conditionné par le destin (…)
Une seule chose dépend de nous, c’est la volonté de faire le bien, la volonté d’agir conformément à la raison. Il y aura donc une opposition radicale entre ce qui dépend de nous, ce qui peut être bon ou mauvais, parce qu’il est l’objet de notre décision, et ce qui ne dépend pas de nous. (…)
Zénon définissait ainsi le choix de vie stoïcien : « vivre de manière cohérente, c’est-à-dire selon une règle de vie une et harmonieuse, car ceux qui vivent dans l’incohérence sont malheureux ». (…)
Pour les stoïciens, le monde est un tout organique, et tout arrive par nécessité rationnelle. (…) La raison cosmique correspond à une nécessité rigoureuse, d’autant plus que les stoïciens se la représentent sur le modèle héraclitéen d’une force, le Feu, souffle et chaleur vitale qui, (…) engendre tous les êtres, comme une semence…
Les choses arrivent donc nécessairement comme elles arrivent (…)
Comment la liberté de choix est-elle possible ? La raison propre à l’homme est une raison discursive qui, dans les jugements, dans les discours qu’elle énonce sur la réalité, a le pouvoir de donner un sens aux événements que le destin lui impose et aux actions qu’elle produit.

La théorie de la connaissance

Il n’y a pas d’autre mal que le mal moral. L’erreur, mais aussi la liberté, se situent dans les jugements de valeur que je porte sur les événements.

La théorie morale

Sera moral, c’est-à-dire bon ou mauvais, ce qui dépend de nous, sera indifférent ce qui ne dépend pas de nous. (…)
Ce qui compte n’est pas le résultat, toujours incertain, ce n’est pas l’efficacité, mais c’est l’intention de bien faire. Le stoïcien agit toujours ‘sous réserve’, en se disant : Je vais faire ceci, si le destin permet…

Les exercices

« Cette pourpre (impériale), c’est du poil de brebis mouillé du sang d’un coquillage. L’union des sexes, c’est le frottement de ventre avec éjaculation dans un spasme d’un liquide gluant » (Marc Aurèle)

L’aristotélisme

Les aristotéliciens de l’époque hellénistique sont surtout des savants (…)
Aristarque de Samos (IIIe siècle av. J-C) émit l’hypothèse que le soleil et les étoiles étaient immobiles et que les planètes et la terre tournaient autour du soleil, tout en tournant chacune sur leur axe.

Le scepticisme

La philosophie sceptique, c’est-à-dire le mode de vie, le choix de vie des sceptiques, est celui de la paix, de la tranquillité de l’âme.
L’epokhé, c’est-à-dire la suspension de l’adhésion aux discours philosophiques dogmatiques…


Les écoles philosophiques à l’époque impériale

Caractéristiques générales

Les nouvelles écoles

Marc Aurèle
Le néoplatonisme est, en un certain sens, une fusion de l’aristotélisme et du platonisme (…)
On assiste à la fonctionnarisation de l’enseignement de la philosophie. (…) La cité donnait vraisemblablement une rétribution à ses philosophes (…)
Mar Aurèle fonde en 176 ap. J-C quatre chaires impériales, rétribuées par le Trésor Impérial, où seront enseignées les quatre doctrines traditionnelles : platonisme, aristotélisme, épicurisme, stoïcisme (…)
A côté de ces fonctionnaires il y aura toujours des professeurs de philosophie privés, qui ouvriront une école, parfois sans successeur (…) Il faut bien se représenter que l’école platonicienne d’Athènes, celle de Plutarque d’Athènes, de Syrianus et de Proclus, du Ive au Vie siècle, est une institution privée, soutenue par les subsides de riches païens et qui n’a rien à voir avec la chaire impériale de platonisme fondée par Marc Aurèle.

L’ère du commentaire

Le changement radical qui s’opère aux environs du 1er siècle av. J-C consiste dans le fait que, désormais, c’est l’enseignement même de la philosophie qui, pour l’essentiel, prend la forme d’un commentaire de texte. (…)
A la question : ‘le monde est-il éternel ?’ se substitue la question exégétique ‘Peut-on admettre que Platon considère le monde comme éternel. (…) Le discours philosophique, à partir du premier siècle av. J-C, commence à devenir une scolastique et que la scolastique du Moyen Age en sera l’héritière. (…)
On essaie toujours de remonter aux origines de la tradition, de Platon à Pythagore, de Pythagore à Orphée (…) Les oracles Chaldaïques (semblent avoir été écrits comme une révélation au IIe siècle ap. J-C) : les néoplatoniciens les considéreront comme une écriture sacrée. Plus une doctrine philosophique ou religieuse est ancienne et plus elle est proche de l’état primitif de l’humanité, dans lequel la Raison était encore présente en sa pureté, plus elle est vraie et vénérable.

Le choix de vie

Chaque commentaire est considéré comme un exercice spirituel, non seulement parce que la recherche du sens d’un texte exige en fait des qualités morales de modestie et d’amour de la vérité, mais aussi parce que la lecture de chaque ouvrage philosophique doit produire une transformation dans l’auditeur ou le lecteur du commentaire. (…)
La communauté de vie est un élément les plus importants de la formation. Le professeur ne se contente pas d’enseigner, il joue le rôle d’un véritable directeur de conscience, qui prend souci des problèmes spirituels de ses élèves. Dans ce contexte, il faut signaler la renaissance à cette époque de la tradition pythagoricienne. (…) Le genre de vie de ces pythagoriciens semble bien avoir consisté à pratiquer les akusmata, c’est-à-dire, un ensemble de maximes qui mélangeaient interdits alimentaires, tabous, conseils moraux, définitions théoriques et prescriptions rituelles. (…)
A partir des environs de l’ère chrétienne, sont composés les fameux Vers d’or.

Plotin et Porphyre

La philosophie de Plotin révèle l’esprit du platonisme, c’est-à-dire l’indissoluble unité du savoir et de la vertu : il n’y a de savoir que dans et par la progression existentielle dans la direction du bien.
L’âme raisonnable ne se confond pas avec l’âme irrationnelle, chargée d’animer le corps. (…)
« Retranche e examine-toi, enlève ce qui est superflu […] ne cesse pas de sculpter ta propre statue » (Plotin, Ennéades)
Comme l’avait dit Aristote, et comme le redisait Porphyre, le but de la vie, c’est cette ‘vie selon l’esprit’, cette ‘vie selon l’Intellect’.

Le néoplatonisme postplotinien et théurgie

Le néoplatonisme postérieur à Plotin : le platonisme s’y identifie au pythagorisme ; par ailleurs l’aristotélisme s’y trouve réconcilié avec le platonisme (…) On cherche également à accorder entre elles la tradition philosophique et ces traditions révélées par les dieux qui sont les écrits orphiques et les oracles chaldaïques.
Jamblique et la pratique ‘théurgique’ : désigne des rites capables de purifier l’âme et son ‘véhicule immédiat’, le corps astral…


Philosophie et discours philosophique

Les stoïciens distinguaient la philosophie, c’est-à-dire la pratique vécue des vertus qu’étaient pour eux la logique, la physique et l’éthique, et le ‘discours selon la philosophie’, c’est-à-dire l’enseignement théorique de la philosophie (…)
Toutes les écoles ont dénoncé le danger que court le philosophe, s’il s’imagine que son discours philosophique peut se suffire à lui-même sans être en accord avec la vie philosophique.
1)       Le discours justifie le choix de vie et en développe toutes les implications…
2)       Pour pouvoir vivre philosophiquement, il faut exercer une action sur soi-même et sur les autres, et le discours philosophique est, dans cette perspective, un moyen indispensable. (…) S’il est l’expression d’une option existentielle de celui qui le tient (le discours), il a toujours, une fonction formatrice, éducatrice, thérapeutique…
3)       Le discours philosophique est une des formes mêmes de l’exercice du mode de vie philosophique…

Les exercices spirituels

Tout d’abord, les pythagoriciens, du temps de Pythagore et après lui, ont exercés une influence politique sur plusieurs cités du sud de l’Italie, fournissant ainsi un modèle à l’idée platonicienne d’une cité organisée par des philosophes. (…)
Parmi les sophistes, Antiphon présente l’intérêt tout particulier d’avoir proposé une thérapeutique qui consistait à soigner les chagrins et les peines par la parole.

Le rapport à soi et la concentration du moi

L’ascèse


Ascèse (le mot grec askesis signifie précisément exercice). Il y a l’ascèse platonicienne (renoncer aux plaisir des sens) ; il y a l’ascèse cynique (fait supporter la faim, le froid, les injures, supprimer tout luxe, tout confort) ; il y a l’ascèse pyrrhonienne (considérer toute chose comme indifférente) ; il y a l’ascèse épicurienne (limiter les désirs, pour accéder au plaisir pur ; il y a celle des stoïciens (redressent leurs jugements sur les objets, en reconnaissant qu’il ne faut pas s’attacher aux choses indifférentes).

Le moi, le présent et la mort

Les exercices spirituels correspondent presque toujours à ce mouvement par lequel le moi se concentre en lui-même. (…)
Le passé ne me concerne plus, le futur ne me concerne pas encore (Marc Aurèle) (…) Les stoïciens distinguaient deux manières de définir le présent : 1) le présent se réduit à un instant infinitésimal. 2) défini par rapport à la conscience humaine : il représentait alors une certaine épaisseur, une certaine durée, correspondant à l’attention de la conscience vécue. (…)
Dans l’épicurisme, il y a aussi une concentration sur soi ; cette ascèse consiste à limiter ses désirs aux désirs naturels et nécessaires.
Wittgenstein : « La mort n’est pas un événement de la vie. On n’éprouve pas la mort. Si l’on entend par éternité non pas une durée temporelle indéfinie, mais l’intemporalité, alors celui-là vit éternellement qui vit dans le présent ».

Concentration sur soi et examen de conscience

Sénèque : « Il jouit du présent sans dépendre de ce qui n’est pas encore (…) Il est sans espérance et sans désir, il ne s’élance pas vers un but incertain, car il est satisfait de ce qu’il possède. Et il n’est pas satisfait de peu de choses, car ce qu’il possède c’est l’univers… »

Le rapport à autrui

La cité grecque se préoccupait tout spécialement de la formation éthique des citoyens. Chaque école philosophique a voulu représenter à sa manière cette mission éducatrice, soit, comme chez les platoniciens et les aristotéliciens, en agissant sur les législateurs et les gouvernés, soit, comme chez les épicuriens, les stoïciens où les cyniques, en essayant de convertir les individus (…)
La direction spirituelle se présente donc comme une méthode d’éducation individuelle. Il s’agit tout d’abord de permettre au disciple de prendre conscience de lui-même, ses défauts, ses progrès… Il s’agit ensuite d’aider le disciple à faire les choix particuliers raisonnables, dans la vie de tous les jours. (…)
On n’agit efficacement sur les autres que lorsqu’on ne cherche pas à agir sur eux.

Le sage

Xénocrate avait une fois fait cours sur la thèse : « Seul le sage est bon général ». Eudaminas, un roi de Sparte, était venu ce jour-là à l’Académie écouter Xénocrate. Le spartiate, avec beaucoup de bon sens, dit après la leçon : « Le discours est admirable, mais le discoureur peu crédible, car il n’a jamais entendu le son des trompettes », mettant ainsi le doigt sur le danger de ces exercices dans lesquels on discute abstraitement de théories sur la sagesse sans la pratiquer effectivement.


Rupture et continuité. Le Moyen Age et les temps modernes

Le christianisme se définissant comme philosophie

Scolastique
Si la spiritualité chrétienne a emprunté à la philosophie antique certains exercices spirituels, (…) toute la vie monastique suppose toujours le secours de la grâce de Dieu (et se) manifeste souvent dans les attitudes corporelles qui marquent la soumission et la culpabilité, comme la prostration (…) l’obéissance absolue aux ordres du supérieur (…)
Par ailleurs, les ‘philosophes chrétiens’ ont cherchés à christianiser l’emploi qu’ils faisaient de thèmes philosophiques profanes (…)Les allusions à des textes bibliques ne se fondent souvent que sur une interprétation allégorique, qui consiste finalement à donner aux textes le sens que l’on désire leur donner, sans tenir compte de l’intention de l’auteur…

Différence entre le christianisme et la philosophie platonicienne ? Pour Augustin, elle consiste dans le fait que le platonisme n’a pu convertir les masses et les détourner des choses terrestres pour les orienter vers les choses spirituelles. (…) Nietzsche aurait pu s’appuyer sur Augustin pour justifier sa formule : « Le christianisme est un platonisme pour le peuple ».

Disparitions et réapparitions de la conception antique de la philosophie

Comment se fait-il qu’aujourd’hui, dans l’enseignement habituel de l’histoire de la philosophie, la philosophie soit présentée avant tout comme un discours ?
La raison de cette transformation est avant tout d’ordre historique. Elle est due à l’essor du christianisme.  Au Moyen Age il y eut un divorce entre le mode de vie et le discours philosophique(…) S’il est vrai que, jusqu’à un certain point, le mode de vie monastique s’est appelé ‘philosophie’ au Moyen Age, il n’en reste pas moins que ce mode de vie, bien qu’intégrant des exercices spirituels propres aux philosophies antiques, s’est trouvé séparé du discours philosophique (…) La ‘philosophie’ mise au service de la théologie, n’était plus désormais qu’un discours théorique. (…)
Pour Suarez, une philosophie ‘chrétienne’ est celle qui ne contredit pas les dogmes du christianisme et qui est chrétienne dans la mesure où elle peut être utilisée dans les élucidations des problèmes théologiques. (…)
Le néoplatonisme, en tant que synthèse philosophique de l’aristotélisme et du platonisme, va être utilisé par les pères de l’église pour développer leur théologie. De ce point de vue, la philosophie sera donc, dès l’antiquité chrétienne, la servante de la théologie (…) Dans la trinité, le père revêtira bien des traits du premier Dieu néoplatonicien, le Fils sera conçu sur le modèle du second dieu de Numénius ou de l’Intellect plotinien. (…)
On appelle cette philosophie (et aussi cette théologie) de professeur et de commentateur la « scolastique ».

La domination de l’idéalisme sur toute la philosophie universitaire, depuis Hegel jusqu’à l’avènement de l’existentialisme, ensuite la vogue du structuralisme, ont contribué largement à répandre l’idée selon laquelle il n’a de vraie philosophie que théorique et systématique…




[1] Contemplation de l’intellect.
[2] « En fait, l’on peut parfaitement penser et connaitre sans langage et peut-être, à certains égards, connaitre mieux. La pensée se reconnaît à la capacité de définir une conduite raisonnable, à la faculté de représentation mentale et d’abstraction (…) L’étude clinique démontre qu’il n’y a pas de corrélation entre le développement du langage et celui de l’intelligence… » (J Ruffié, De la biologie à la culture, cité par Pierre Hadot)

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