Blogue Axel Evigiran

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La dispersion est, dit-on, l'ennemi des choses bien faites. Et quoi ? Dans ce monde de la spécialisation extrême, de l'utilitaire et du mesurable à outrance y aurait-il quelque mal à se perdre dans les labyrinthes de l'esprit dilettante ?


A la vérité, rien n’est plus savoureux que de muser parmi les sables du farniente, sans autre esprit que la propension au butinage, la légèreté sans objet prédéterminé.

Broutilles essentielles. Ratages propices aux heures languides...


25 oct. 2014

Reste à dépenser… Du héron au « Penser entre les langues » ; Autour du Dictionnaire chic de Frédéric Schiffter...

le héron cendré et son miroir
Un héron cendré soucieux du tragique de l’existence m’ayant permis l’an passé de glaner quelques cartes cadeaux à durées limitées, bonheur improbable auquel s’ajouta hier la contrainte d’aller récolter une poignée de livres sterling dans une officine dévolue à ce genre de trafic, jouant sur les mots ai-je donc décidé de joindre le mercantile à un mercantilisme plus subtil (formule, j’en suis conscient, qui n’est pas sans faire songer à la distinction faite entre un bon et un mauvais chasseur, dans une saynète fameuse), commentant un détour par une enseigne obligée afin de solder mon compte…

A ma grande surprise, en tête de gondole, certes coincé entre une Méditation de la pleine conscience et des Paroles de paysans, mais en tête de gondole tout de même, ai-je eu le plaisir de croiser un Dictionnaire chic de philosophie – Et de dégainer aussitôt mon nouveau smartphone (parure d’importance de ma nouvelle peau) pour preuve de l’événement…



Après avoir mis dans ma poche le programme sur papier glacé de la mouture 2014 de l’incontournable CitéPhilo de novembre, carnet (futur-ex collector) disséminé un peu partout dans la ville, un autre éblouissement m’attendait au rayon philosophie, ou je me rendais donc pour faire mes emplettes. 
Jugez plutôt :



Remis de tant d’émotions il me fallut songer néanmoins à remplir ma besace. Et n’ayant pas trouvé le Schopenhauer que je voulais, me suis-je donc contenté de quatre ouvrages de factures et contenus forts différents – du moins à ce qu’il me semble a priori :

Des Fragments inédits attribués à Diogène le Cynique, malgré le préfacier. 
Croyances (Comment expliquer le monde ?) d’Henri Atlan (achat de circonstance, puisque l’auteur sera l’invité d’honneur de Citéphilo cette année).
La composition des mondes, livre d’entretiens avec l’anthropologue Philippe Descola.
Enfin, le Penser entre les langues d’Heinz Wismann (acheté au cas où… - comprenne qui pourra)

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Vue depuis du lit de ma retraite…
On pourra constater l’agencement littéraire digne d’un chevalier de l’ordre versatile, souscrivant aux piles de livres bien alignées ; butineur toujours pris d’hésitations quand vient le moment de choisir sur quoi s’endormir…

(Les boites à chaussures apparaissant en arrière plan n’appartiennent évidemment pas aux pieds de votre serviteur).



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Pour les amateurs de traditions



10 commentaires:

  1. Penser entre les langues m'est le seul connu et si la lecture peut se révéler fastidieuse (en tout cas pour moi), je l'ai trouvée des plus intéressante ! (au fait, c'est encore moi ;-))

    Concernant les chasseurs qui se reproduisent à mort en ce moment, ou plutôt qui se clonent, voilà ce qui est arrivé récemment par chez nous dans la campagne brumeuse... Des travailleurs de la terre occupés à récolter des herbes de toutes sortes ont entendu, par un matin lourd de brouillard, siffler entre leurs zoreilles. Une voix s'élève : "ça va pas oh !? Y'a des humains qui travaillent (oups le gros mot, mais...), (je recommence...) Y'a des humains qui oeuvrent par ici (mouais, bof, hein ?...) !" Et une autre voix qui répond, surgissant de nulle part : "oups désolé !". Puis l'instant d'après, un "jeune" qui passe en flèche, sur sa mobylette, avec un fusil dans le dos...

    Du coup, l'automne, c'est beau mais avec tous les chasseurs qui rôdent, on n'ose même plus aller flâner dans les bois...

    Passe un très bon week end !

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    1. J'ai juste feuilleté à dire vrai hier ce "Penser entre les langues", et les passages survolés m'ont convaincus du bien fondé à le posséder (j'ai un rapport assez charnel aux livres)...
      Peut-être le ferai-je dédicacer l'an prochain...

      Quant aux chasseurs : qu'ils s’entre-tuent tous !
      (Je vais bientôt devoir courir la campagne une clochette au cou pour ne pas finir en civet indigeste...)

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  2. Ah... Toujours un plaisir de revoir ce sketch ! ^^

    Qui soulève une question :

    "Mais au fond, quelle est la différence entre le bon et le mauvais photographe ?" ;-)

    Je ne résiste pas à un début de réponse :

    "- Bon ben, le mauvais photographe, c'est un gars, il a un appareil, il voit un truc, il déclenche.

    - Et le bon photographe ?

    - Le bon photographe, lui, c'est un gars, il a un appareil, il voit un truc, il déclenche.... mais c'est un bon photographe..."

    ;-)

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    1. Que dire Cédric ?
      Oui, oui vous avez au fond raison - Après il y a les photographies qui restent et celles qu'on jette ; Une perdrix criblée de plombs, par contre reste une perdrix criblée de plomb - c'est-à-dire immangeable...

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    2. Tiens, une autre question soulevée par votre réponse :

      Le photographe tue-t-il l'instant pour en faire un trophée ?

      ( je précise que mon premier commentaire ne se voulait qu'amusant, et que je ne mettais évidemment pas sur le même pied "photographe" et "chasseur", je me posais simplement la question de la différence entre un "bon" et un "mauvais" chasseur ou photographe ou quoi que ce soit... )

      Et plus généralement, les souvenirs sont-ils les trophées de chasse de nos sens ?

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    3. Ne vous inquiétez pas Cédric, j'avais bien saisi cette pointe d'humour...
      Et à savoir si le photographe tue l'instant, ma foi c'est possible. En tous cas il cristallise l'évanescent, et en fait objet de mémoire ; une sorte de fétiche aux allures d'altérité... Peut-être pense-t-on aussi survivre au travers ces grains de sable épar^pillés et échappent toujours...

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  3. heureusement que l'œil ne se pose pas toutes ces questions...
    la vie en deviendrait une cataracte....

    saisissante cette photo du héron...
    merci!

    ici, les promenades se réduisent aux heures laissées par les chasseurs (dont je fus) et il est saisissant de constater à quel point nos amis ont su programmé les dates - à peu près régulières - arrêtées par la préfecture... passées les vapeurs d'alcool qui emplissent l'atmosphère, le perdreau est virevoltant!

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    1. Je n’ose avouer, qu’âgé alors de 17 ans, j’ai failli passer le permis de chasse… C’était alors pour accompagner mon copain d’enfance sur les voies d’eaux de la Grande Brière…
      Nous voguions alors sur nos meilleures années ; voile tendue sur l’étang. Ce fut l’époque d’une coche insolite : héron crabier – qui me valut une semi-noyade dans la vase…

      Merci de votre passage, cher Itinérant : )

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  4. Cher Axel,

    Je lis en ce moment la trilogie de Pagnol : La Gloire de mon père , Le Château de ma mère , Le Temps des secrets. Il y est question de grandes vacances passées en famille dans les collines de Provence quand le narrateur était enfant. Pagnol relate les scènes de chasse de son père et de son oncle, partant tous deux avant le lever du soleil pour tirer sur quantité d'oiseaux — et sur quelques lièvres. À ces scènes, s'ajoutent aussi celles de la chasse aux pièges pratiquée par le jeune héros — Pagnol lui-même — et son ami Lili. Ce qui me frappe dans ces histoires, c'est l'indifférence totale des adultes comme des enfants à l'égard des vies qu'ils détruisent, indifférence qui contraste avec leur connaissance passionnée des oiseaux — de leurs espèces, de leurs comportements, de leurs chants, etc. Rien n'est plus normal pour eux de voir ces perdrix, ces merles, ces perdreaux, que sais-je, passer de leur milieu naturel à leur assiette. Tuer pour le plaisir ce que l'on aime et ce que l'on connaît sans éprouver le moindre remords. Tout l'humain est là.

    Je suis ravi de voir que mon Dictionnaire migre vers le Nord et se pose du côté de chez vous.

    À vous,

    Frédéric


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    1. Cher Frédéric,

      La nécessité de faire un gros tri m’a fait justement mettre la main il y a peu sur mon vieil exemplaire du Château de ma mère… Je l’avais lu en classe de troisième. Pris de nostalgie je me suis alors promis de le relire bientôt – promesse que je pensais peut-être ne pas tenir ; l’idée de ce possible cependant me réconfortait…
      Mais ce que vous en dites aujourd’hui va certainement me pousser vers les pages de cette trilogie dont il ne me reste plus qu’un vague parfum de soleil…
      C’est que parmi mes occupations il y a celle de compiler, au fil de mes lectures, les références faites aux oiseaux ; que ce soit dans la littérature, la philosophie, les livres de peinture… Collectant aussi au passage quelques anecdotes sur mes amis emplumés ; comme l’histoire des pinsons de Darwin. Etc.

      « Tuer pour le plaisir ce que l'on aime et ce que l'on connaît sans éprouver le moindre remords. Tout l'humain est là. » Cette belle phrase, par son tragique même, qu’elle soit prise en son sens premier, ou symboliquement, va m’accompagner je crois sur les sentiers tortueux du délitement.
      En attendant le phénix…

      Vous souhaitant des cieux cléments et une belle semaine.
      Bien amicalement

      Axel

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